L’innovation est un appareil intelligent d’aide à la marche Homy, de la jeune entreprise Ora Médical, qui facilitera la réadaptation des enfants en ajustant le support qu’il leur procure selon leurs capacités, leurs progrès et leur degré de fatigue.

Publié le 27 déc. 2021
Marc Tison
Marc Tison La Presse

Qui

Sarah Lambert faisait un stage dans le cadre de son baccalauréat en physiothérapie quand elle a pris conscience que les déambulateurs pour enfants en réadaptation ne répondaient pas pleinement à leurs besoins.

Pour se donner les moyens de trouver des réponses innovantes à ce genre de problème, elle a entrepris des études en génie mécanique à Polytechnique Montréal. Dans le cadre d’un projet d’études, Sarah Lambert et son confrère Louis St-Pierre ont jeté les bases d’un déambulateur qui compensait en partie le poids de l’enfant.

Ensemble, ils ont fondé l’entreprise Ora Médical, incorporée en juillet 2020 et incubée par le Centech.

On n’aime pas dire le mot marchette, parce qu’on est plus que ça. C’est vraiment un outil d’aide à la marche intelligent, qui va aider le patient à progresser davantage que les outils conventionnels.

Sarah Lambert, présidente et cofondatrice d’Ora Médical

Le problème

Les enfants atteints de paralysie cérébrale et de problèmes similaires doivent maintenir un programme d’exercice régulier et intense pour éviter le déconditionnement à la marche.

Sur un déambulateur standard, les enfants en réadaptation ont le réflexe de réduire leur charge en se soutenant avec les mains, amenuisant d’autant le travail de leurs jambes.

La solution

Le déambulateur Homy reproduit le travail du physiothérapeute, qui se place derrière le patient pour le soutenir.

Parce que sa structure n’offre pas de points d’appui pour les mains, il favorise l’usage optimal des jambes.

PHOTO FOURNIE PAR ORA MÉDICAL

En novembre dernier, l’appareil d’aide à la marche Homy, d’Ora Médical, a été testé en laboratoire par la petite Nayla, 7 ans.

L’enfant est retenu aux hanches par un harnais, lequel s’accroche à un mât fixé à l’arrière du déambulateur.

Un ressort à force constante supporte en partie le poids de l’enfant en exerçant une force verticale vers le haut – « comme si mes mains étaient là », explique Sarah Lambert.

Le soutien partiel du poids s’ajuste pour favoriser la progression des patients à leur propre rythme.

Capteurs et intelligence artificielle

Lorsque l’enfant commence à se fatiguer, il se soutient moins avec ses jambes et s’abaisse en posture de « triple flexion ».

Ce changement postural et le ralentissement de la vitesse de marche sont mesurés par les capteurs du déambulateur. Grâce à l’application attachée au système, la compensation de poids sera ajustée en conséquence. « Ça permet d’avoir un entraînement hyper personnalisé et reproductible pour l’enfant », commente Sarah Lambert.

Pour l’instant, cette compensation est assurée mécaniquement par le ressort, mais une version motorisée est en cours de développement.

Le spécialiste en IA d’Ora Médical met au point un modèle d’intelligence artificielle qui pourra faire des recommandations en fonction du degré de progression de l’enfant, « comme si le professionnel de la santé était présent ». « Notre but est d’améliorer les soins à distance. »

Design

La version préliminaire de l’appareil n’est pas encore très élégante, concède Sarah Lambert. C’est pourquoi deux jeunes designers industriels se sont joints à son équipe pour concevoir une version esthétique, ergonomique et fonctionnelle.

« Notre première clientèle cible est l’enfant. Ils ont même réussi à incorporer des jeux dans le produit. »

Un de ces jeux consisterait à projeter au sol devant les pieds de l’enfant des images – des nénuphars, par exemple – sur lesquelles il serait incité à poser les pieds.

L’avancement

En novembre, une première preuve de concept a été testée en laboratoire avec une patiente – la petite Nayla, 7 ans. « On est vraiment heureux de voir les résultats, constate Sarah Lambert. Il y a vraiment une meilleure biomécanique de marche. »

Des essais cliniques seront effectués cet hiver avec le Centre de réadaptation Marie Enfant, en collaboration avec l’école spécialisée Victor-Doré.

L’avenir

Ora Médical a obtenu un brevet provisoire pour son système de support partiel de poids.

On a une vision très innovante. On veut être des pionniers dans la réadaptation à distance.

Sarah Lambert, présidente et cofondatrice d’Ora Médical

L’entreprise se prépare à lancer sa première ronde de financement dilutif.

« Si tout va bien, on pourrait commencer à commercialiser à la fin de 2023. Vu qu’il s’agit d’un appareil médical, on a besoin d’aller chercher des homologations auprès de Santé Canada et de la FDA américaine. »

Ora Médical pourra alors prendre contact avec les centres de réadaptation, d’abord au Québec et en Ontario, puis aux États-Unis vers 2024.

L’équipe cherche actuellement une entreprise québécoise à laquelle la fabrication pourra être confiée.

Beaucoup de chemin à parcourir encore, mais le projet est en marche.