Le médecin d’urgence Jean-Simon Fortin et le professeur de l’UQAT en programme de création et de nouveaux médias David Paquin ont cofondé l’entreprise de jeux thérapeutiques numériques en réalité virtuelle Paperplane Therapeutics en 2019.

Publié le 6 déc. 2021
Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

Qui ?

Actuellement, un de leurs outils, DREAM, initialement développé pour des interventions très douloureuses sur des patients comme le débridement de plaies des grands brûlés, le retrait de broches intra-osseuses ou les réductions de fracture, est utilisé pour les enfants qui vont se faire vacciner contre la COVID-19 au CISSS de Laval, aux CIUSSS du centre-ouest-de-l’Île-de-Montréal et de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et au Stade olympique.

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Le DJean-Simon Fortin, cofondateur de Paperplane Therapeutics

Le produit

Dans le cadre de la vaccination, par exemple, les enfants se font proposer de porter un casque, de manipuler une manette et de plonger dans un monde lumineux dans lequel volent ballons et diamants, le temps qu’ils se font piquer. « L’idée m’est venue en terminant mon cours de médecine en 2013, raconte Jean-Simon Fortin. Je me suis intéressé à la douleur des enfants. J’avais fait un projet de recherche sur la réalité virtuelle comme outil de distraction. Mes recherches m’ont mené vers David Paquin en 2015. »

Après avoir fait un prototype, ils ont rencontré Sylvie Le May, professeure à l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, à Montréal. « Nous avons fait une étude-pilote pour vérifier que ça avait un réel impact sur la réduction de l’anxiété et la douleur et ce fut le cas, poursuit le DFortin. Une étude clinique est en cours pour déterminer précisément la réduction des taux de la douleur et de l’anxiété. Nos solutions sont enregistrées auprès de Santé Canada comme instruments médicaux de classe 1. »

L’innovation

DREAM ainsi que les autres produits développés par Paperplane, tant pour les enfants que pour les adultes (IMAGINE, INSPIRE), sont conçus entièrement pour un usage médical et pour des procédures douloureuses.

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Les jeux thérapeutiques numériques en réalité virtuelle misent sur la distraction, méthode « reconnue comme un outil pour gérer la douleur », explique le Dr Jean-Simon Fortin.

« C’est basé sur la distraction, explique le DFortin. La distraction est reconnue comme un outil pour gérer la douleur. On envoie l’enfant dans un monde imaginaire. Le jeu est fait pour être très confortable, qu’on n’ait pas mal au cœur ni mal à la tête en jouant et qu’il y ait toujours quelque chose à faire pour maintenir l’engagement. Tout le monde y trouve son compte. C’est un jeu neutre, avec un contenu qui peut intéresser tant les gars que les filles. L’innovation se base sur la Gate Theory (théorie du portillon) qui avance qu’un stimulus est interprété à son maximum s’il se présente seul. Mais si plusieurs stimuli se présentent simultanément, le cerveau ne peut interpréter qu’une fraction de chaque stimulus. »

La façon de présenter l’expérience est en lien avec des besoins spécifiques du monde médical. On peut jouer juste avec une main. Il n’y a que la tête qui bouge. Le champ visuel est restreint à 180 degrés. Le contenu est non violent. « C’est un jeu très intuitif, qui s’adapte à l’âge de l’utilisateur, sans échec ni frustration, dit le DFortin. Une tablette pour le clinicien permet de voir ce que l’enfant voit et de contrôler l’expérience. »

Paperplane vend des licences annuelles à moins de 10 000 $ pour DREAM.

L’avenir

Paperplane souhaite adapter DREAM pour des situations plus complexes, pour des patients couchés sur le dos, comme chez le dentiste, par exemple.

Pour assurer un élan à Paperplane, Jean-Simon Fortin prendra une sabbatique de la médecine en 2022. « Comme il y a un fort potentiel pour nos produits, il faut y mettre du temps, dit-il. Je veux y aller à fond. »

J’aimerais que DREAM soit dans tous les centres de vaccination, que tous les jeunes y aient accès. Je suis convaincu que ça va avoir une incidence positive sur la vaccination.

Le DJean-Simon Fortin, cofondateur de Paperplane Therapeutics

Des études cliniques pour INSPIRE, destiné par exemple aux patients en chimiothérapie et en hémodialyse, vont aussi s’amorcer en 2022. « INSPIRE est conçu pour une expérience apaisante dans une atmosphère de forêt et de bord de plage, explique le DFortin. Nous travaillons à mettre des capteurs de respiration au niveau du casque afin d’ajouter des exercices de respiration profonde qui auront également un impact sur la réduction de l’anxiété des patients. »

Près de 500 000 $ ont été investis jusqu’à présent pour le développement de DREAM. Paperplane compte six employés. « On va probablement engager beaucoup en 2022 », pense Jean-Simon Fortin.