L’innovation consiste à financer des projets de régénération des terres endommagées par l’exploitation, avec un véhicule financier visant à terme un rendement annuel de 7 % en plus d’offrir des crédits carbone.

Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

Qui ?

Martin Beaudoin-Nadeau est un ingénieur forestier qui a décroché un baccalauréat avec spécialisation en foresterie internationale à l’University of British Columbia puis une maîtrise de l’Université Laval en 2014. C’est à cet endroit qu’il a également obtenu son Master of Business Administration en 2019.

Auparavant, en 2015, il avait fondé Viridis Terra avec l’objectif de développer des technologies pour restaurer, revitaliser et reboiser à grande échelle des terres dégradées.

On a toujours eu l’approche d’extraire nos ressources sans nous soucier de la régénération. On estime qu’il y a 2 milliards d’hectares de terres dégradées sur la planète.

Martin Beaudoin-Nadeau, PDG et fondateur de Viridis Terra

Jusqu’en 2018, il s’affaire essentiellement à développer ces « phytotechnologies » et se lance dans la commercialisation active à partir de 2020. Outre le Canada, Viridis Terra mène aujourd’hui surtout des projets dans trois pays : Haïti, le Burkina Faso et le Pérou. En février dernier, on a lancé un fonds d’investissement d’impact durable, TreesOfLives. L’entreprise compte une trentaine d’employés.

Le produit

Il y a deux aspects distincts à Viridis Terra. D’abord, les phytotechnologies pour réhabiliter des terres contaminées par l’exploitation pétrolière ou minière, déboisées ou épuisées par une agriculture intensive ou des pratiques peu durables. Le potentiel est vaste : les terres dégradées sur la planète représentent deux fois la superficie du Canada.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Déchets miniers abandonnés

Pour financer ces activités, on a ajouté un volet innovateur, le fonds TreesOfLives, pour lequel les investisseurs privés et institutionnels peuvent acheter des parts par l’entremise des courtiers spécialisés, avec une mise de fonds minimale de 5000 $. Les fonds recueillis sont utilisés pour des projets de revitalisation en collaboration avec les propriétaires des terres. Ceux-ci s’engagent par contrat à remettre 50 % des profits générés par ces terres auparavant inutilisables et s’engagent à une exploitation durable. C’est la première partie du rendement qu’on promet aux investisseurs, que M. Beaudoin-Nadeau estime à 7 % par année à terme.

Il y a un autre rendement : le reboisement et la mise en valeur des terres génèrent une diminution des émissions des gaz à effet de serre, ce qui permet à TreesOfLives d’accorder des crédits carbone à ses investisseurs. Ceux-ci varient selon le projet.

L’entreprise a annoncé récemment une plateforme en ligne où les investisseurs pourront acquérir des parts, sous la supervision d’un courtier, et consulter plusieurs indicateurs sur le rendement.

« On évalue que chaque dollar investi en restauration ramène entre 7 $ et 30 $, explique le PDG de Viridis Terra. Ce sont des bénéfices à moyen et long terme. Ce sont des projections, on vient de lancer TreesOfLives, mais elles sont faites à partir de données prudentes. »

Ce qu’on ne verra pas dans les rendements purement financiers, mais qui a probablement bien plus d’impact, c’est que la revitalisation des sols permet à des communautés d’améliorer leurs conditions de vie. « Nos projets impliquent des populations qui n’ont pas nécessairement les moyens pour ces projets, précise M. Beaudoin-Nadeau. On a déjà été en mesure de démontrer que ces communautés passent du seuil de pauvreté à un niveau de classe moyenne. »

Les défis

Ce modèle d’investissement est complexe et pourrait rebuter certains investisseurs, convient Catherine Clusiau, cheffe du marketing.

C’est tellement nouveau et révolutionnaire, ça inclut le rendement financier, l’impact et la compensation carbone. Souvent, les gens veulent voir les premières années de résultats. Il faut travailler avec nos clients pour changer leur manière de fonctionner.

Catherine Clusiau, cheffe du marketing de Viridis Terra

Viridis Terra emploie d’ailleurs des intermédiaires en France et aux États-Unis pour mener cette sensibilisation.

Outre les défis technologiques différents que représente chaque projet, Viridis Terra doit également s’assurer que la deuxième vie de ces terres soit durable, que les arbres replantés ne soient pas récoltés trop tôt ou que l’agriculture n’épuise plus le sol.

L’avenir

« L’avenir pour nous, c’est de faire 3000 premiers hectares au Pérou, ce qu’on considère comme notre vitrine technologique », indique M. Beaudoin-Nadeau. On veut par la suite lancer d’autres projets dans diverses régions du Pérou et exporter le modèle.

« On veut être au moins dans cinq pays dans les 10 prochaines années. »

Le potentiel est tellement vaste que le PDG souhaite ouvertement que d’autres entreprises comme Viridis Terra offrent des modèles semblables. « Il faut vraiment mobiliser les individus et les entreprises. On a un très gros travail à faire en espérant que d’autres nous suivent. »