Ils avaient accepté l’offre d’achat de Google pour participer à l’incursion du géant technologique dans la conception de jeux vidéo. L’aventure n’aura été que d’environ deux ans, mais pour les deux cofondateurs du studio québécois Typhoon et trois de leurs proches collaborateurs, c’est en quelque sorte un mal pour un bien.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Ubisoft, WB Games Montréal, Electronic Arts… Reid Schneider (chef du studio et producteur exécutif), Alex Hutchinson (directeur de la création), Yannick Simard (directeur technique), Marc-Antoine Lussier (directeur de la conception technique) et Erick Bilodeau (directeur artistique) auraient pu retourner dans de « grosses boîtes » où ils ont auparavant œuvré lorsqu’ils ont appris que Google cesserait de développer ses propres jeux pour sa plateforme infonuagique Stadia, en février dernier.

Mais pour les concepteurs du jeu Journey to the Savage Planet, lancé au début de 2020, il y avait un sentiment de travail inachevé. C’est ce qui a ouvert la voie à la création de Raccoon Logic, leur nouveau studio dont le lancement sera officiellement annoncé ce mercredi.

« L’esprit, c’est que cela soit la dernière compagnie pour laquelle on travaille, explique Yannick Simard, en visioconférence avec La Presse en compagnie de ses partenaires. Nous voulions créer l’endroit où nous, on va prendre notre retraite. »

Le studio indépendant ne recommencera pas à zéro. Ses cinq cofondateurs ont été en mesure de récupérer la propriété intellectuelle de Journey to the Savage Planet, qui, avec ses 2 millions de joueurs, est une « excellente carte de visite pour se faire connaître », souligne M. Simard.

De plus, Raccoon Logic a été en mesure d’obtenir un investissement de la firme technologique chinoise Tencent, qui sera un actionnaire minoritaire. Il n’a toutefois pas été possible de connaître l’ampleur de la contribution financière, mais des pourparlers entre les deux parties avaient déjà eu lieu à l’époque de Typhoon.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR RACCOON LOGIC

Raccoon Logic a été en mesure d’obtenir un investissement de la firme technologique chinoise Tencent, qui sera un actionnaire minoritaire.

Tout le monde a été surpris du soudain changement de Google avec Stadia, a expliqué M. Lussier. Le géant des moteurs de recherche avait justifié sa décision par des « coûts exceptionnels ». Les studios de Montréal et de Los Angeles n’avaient même pas eu le temps de livrer des jeux exclusifs.

Jade Raymond, qui avait été choisie pour tenir les rênes de Stadia, avait quitté Google.

« Google avait plus de moyens que n’importe qui, relève M. Lussier. C’était la première fois qu’on avait un studio first party [qui appartient à un fabricant de consoles] à Montréal. On avait une chance de participer à quelque chose d’unique. Quand c’est tombé à l’eau, on aurait pu retourner chez Warner, Ubisoft et ailleurs. On aurait retrouvé nos vieilles pantoufles avec de grosses compagnies, sans les avantages de Google. »

Un modèle « plus petit et plus agile »

Pour fonder Typhoon, tout le monde avait choisi de quitter des entreprises de plus grande envergure afin d’essayer quelque chose de « plus petit et plus agile », raconte M. Lussier. Les cinq partenaires ont donc décidé de renouer avec ce modèle.

Pourquoi Raccoon Logic ? Plusieurs éléments expliquent ce choix, mais les cinq cofondateurs désiraient refléter une volonté d’aller à « contre-courant » et de ne « pas toujours respecter les règles », un peu comme le font les ratons laveurs, dit M. Simard.

D’ici la fin du mois, le studio devrait compter environ 20 personnes en incluant ses dirigeants. Ceux-ci ont du pain sur la planche, puisqu’il faut à la fois s’occuper de Journey to the Savage Planet, planifier l’aménagement du bureau situé à proximité de l’angle du boulevard Saint-Laurent et de la rue Rachel et réfléchir aux prochains chantiers du studio.

Mais si plusieurs scénarios semblent sur la table pour le nouveau studio, ses cinq cofondateurs continuent à verser dans l’humour, comme c’était le cas chez Typhoon.

Rectificatif:
Une version précédente de cet article mentionnait qu’il y avait cinq cofondateurs du studio Typhoon. Ils sont plutôt deux : Reid Schneider et Alex Hutchinson.