Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

Qui

Alexandre Boucher Doddridge et Anthony Bisson ont fondé Solutions horticoles HerbiaEra en 2018. Ces deux bacheliers en génie des systèmes électromécaniques marient technologies et agriculture à domicile… pour que même les gens qui n’ont pas le pouce vert puissent faire survivre leur basilic et leurs tomates cerises de cuisine. Si, de son propre aveu, Alexandre est un « tueur » de verdures, Anthony s’occupe de 100 plantes chez lui et est un fan d’agrumes. « Je jardine chez mon père où j’ai une serre intérieure », dit ce dernier.

« On se complète, ajoute Alexandre Boucher Doddridge. Anthony a baigné dans l’agriculture pratique et mes parents sont agroéconomistes. Ça fait une belle combinaison. Anthony est plus dans le développement technologique et moi, dans le développement global de l’entreprise. »

Le produit

PHOTO FOURNIE PAR HERBIAERA

HerbiaEra a créé une jardinière d’intérieur technologique baptisée HerbiaEra CS1 (pour Cultiver Simplement avec 1 substrat).

Appuyés par la Chaire de recherche de l’Université de Rimouski à leurs débuts, qui les a mis en lien avec des organismes et des programmes d’aide, ainsi que par une récolte de plus de 250 000 $ sur le site de sociofinancement La Ruche, MM. Boucher Doddridge et Bisson ont créé une jardinière d’intérieur technologique baptisée HerbiaEra CS1 (pour Cultiver Simplement avec 1 substrat). Celle-ci permet la production automatisée de végétaux sur un comptoir de cuisine. Le pot aux arêtes de 9 po pèse 3 lb. « C’est compact, explique Anthony Bisson. Mais pas trop afin qu’il y ait une autonomie de trois semaines en eau. »

On cible les gens en condo qui n’ont pas de connaissances en horticulture. On veut offrir un produit clés en main prêt à être utilisé.

Alexandre Boucher Doddridge

Les jardinières viennent avec un substrat de basilic ou de tomates cerises qu’on peut cultiver pendant quelques mois. « On a les valeurs environnementales à cœur », dit Alexandre Boucher Doddridge, sacré récemment entrepreneur de l’année par le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec. « On voyait une occasion de réduire les intervenants, le plastique à usage unique et les pertes alimentaires. »

Les premières jardinières CS1, offertes sur le site transactionnel, seront livrées à l’automne. « On vise d’être l’idée cadeau de Noël ! », lance Alexandre Boucher Doddridge.

L’innovation

PHOTO FOURNIE PAR HERBIAERA

Vue du système conçu pour la jardinière HerbiaEra CS1

L’élément central du CS1 est un bloc de terre cubique sec qui ne s’effrite pas, composé de semences, de nutriments et qui permet la culture par capillarité. Grâce à ce substrat, la plante va chercher tout ce dont elle a besoin pour sa croissance et sa survie de façon passive et autonome. « La nourriture pour la plante est à l’intérieur du substrat », vulgarise Anthony Bisson.

Le propriétaire de la jardinière n’a qu’à remplir d’eau le récipient sous le substrat, au moment indiqué, grâce au système d’alerte de niveau d’eau d’une appli mobile s’il le souhaite. « Un gros problème dans les fines herbes est la gestion de l’eau, explique Anthony Bisson. Avec notre produit, la plante a un apport en eau constant. Elle n’a ni trop d’eau ni pas assez d’eau. »

On ne voulait pas intégrer de pompes, de valves, ni de moteurs à notre produit. On évite ainsi les bris récurrents.

Alexandre Boucher Doddridge

La première étape de ce projet entrepreneurial a été de développer la méthode de culture par capillarité. « Ça demande beaucoup de recherche pour créer le vivant, dit Anthony Bisson. Il a fallu un an et demi d’efforts pour développer la base, le principe des jardinières. Le premier modèle a été précommercialisé à l’été 2020, mais il y avait des problématiques comme le bois qui tordait un peu. On a aussi intégré depuis l’internet des objets au projet. »

L’avenir

Les cofondateurs prévoient commercialiser éventuellement un plus gros produit avec un éclairage horticole et qui s’installe au mur. « La future jardinière permettra de faire quatre fois plus de cultures grâce à quatre substrats », dévoile Anthony Bisson.

Les entrepreneurs visent aussi à augmenter leur catalogue à 30 types de variétés de semences (lavande, piments forts, fleurs comestibles…) d’ici à 2022. « Il faut les tester en culture avant, dit Anthony Bisson. Les chercheurs du centre de recherche et d’expertise Biopterre, extension de notre équipe, y travaillent et c’est très prometteur. »

Le tandem tient à ce que tout soit mené et conçu au Québec depuis le début. « C’est important pour nous de faire une écoconception avec des partenaires locaux même si le produit est destiné à l’exportation », soutient Alexandre Boucher Doddridge.

Plus de 400 000 $ ont jusqu’à présent été investis dans le développement et la commercialisation des produits. « On ne s’est pas versé de salaire avant d’avoir un substrat viable », indique Alexandre Boucher Doddridge.