(Montréal) Si la pandémie de COVID-19 a provoqué une accélération marquée de l’adoption du commerce en ligne chez les consommateurs, le portrait est bien différent du côté des petites et moyennes entreprises (PME) à l’échelle du pays, souligne une étude de la Banque de développement du Canada.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

Celles-ci risquent donc de passer à côté d’avenues de croissance, estime le document intitulé « Atteindre la rentabilité sur le web : comment être compétitif en commerce électronique » et publié mercredi.

Voici un tour d’horizon de certaines conclusions :

46 %

Moins d’une PME sur deux prévoit se tourner vers le commerce électronique au terme de la crise sanitaire, ce qui ne représente qu’une progression de trois points de pourcentage par rapport à la période précédant l’arrivée du nouveau coronavirus.

Ce constat préoccupe le vice-président à la recherche et économiste en chef à la BDC, Pierre Cléroux.

« On ne reviendra pas en arrière, a-t-il laissé tomber au cours d’un entretien téléphonique. Le virage du commerce électronique ne se fait pas avec assez de PME. Elles sont en train de rater cette occasion alors que les grands détaillants et les entreprises déjà présentes en ligne vont continuer d’en bénéficier. »

Selon Statistique Canada, les ventes en ligne de 2020 vont surpasser celles de 2019, qui avaient totalisé 305 milliards.

Si les données n’ont pas été ventilées selon les provinces, les tendances demeurent similaires à la fois pour les compagnies et les consommateurs d’un endroit à l’autre, d’après M. Cléroux.

85 %

Il s’agit de la proportion des Canadiens qui achetaient en ligne avant la pandémie de COVID-19. Selon la BDC, au moins la moitié ont effectué un nouveau type d’achat sur le web depuis le confinement printanier, et ce, dans « tous les groupes d’âge ».

Ces nouvelles habitudes devraient demeurer chez 86 % des personnes âgées de 18 à 35 ans, à 84 % du côté de la catégorie allant de 35 à 54 ans et à 76 % chez les 55 ans et plus.

Les ventes en ligne ne se limitent pas seulement au commerce de détail, précise l’étude de la BDC. La catégorie englobe également, par exemple, l’achat de forfaits touristiques, de services professionnels et de transactions auprès d’entreprises manufacturières.

25 %

En dépit du contexte, moins d’une PME sur quatre a l’intention d’inscrire le commerce électronique en tête de sa liste de priorités. Pour M. Cléroux, plusieurs facteurs expliquent cette conclusion.

« Seulement 15 % des entrepreneurs croient que les ventes en ligne vont continuer à progresser de la sorte au terme de la pandémie, a-t-il dit. Il y a peut-être une mauvaise compréhension. Je pense que l’on sous-estime les bénéfices. Plusieurs croient aussi que le déploiement d’une plateforme électronique coûte beaucoup plus cher que ce qu’il en est vraiment. »

Sans minimiser les investissements nécessaires, celui-ci a ajouté que la facture était beaucoup moins salée qu’il y a une décennie.

5

L’expérience client (46 %), le développement de compétences (33 %), la rentabilité (31 %), les délais de livraison (27 %) et le financement des investissements (23 %) sont les cinq principaux défis identifiés par les entrepreneurs lorsque vient le temps de parler de commerce en ligne, selon l’étude.

Le document propose également cinq pistes de solution : la compréhension de son secteur d’activités, les préférences de ses clients, la réévaluation de ses relations d’affaires et de son modèle d’affaires, le développement de compétences à l’interne et la définition d’objectifs.

1000

La BDC — qui offre du financement et des services-conseils aux entreprises — a rédigé son étude en sondant un millier de propriétaires de PME à travers le pays en juin dernier, après le choc de la première vague.

Est-ce que le confinement automnal pourrait convaincre certaines compagnies qui doutent toujours des avantages du commerce électronique ? Très possible, selon M. Cléroux.

« Je pense que la réaction des consommateurs va être la même qu’au printemps, a-t-il estimé. Une des raisons pour laquelle ils achètent en ligne, c’est qu’ils ne veulent pas aller dans les magasins. La deuxième vague va inciter un plus grand nombre de consommateurs à (faire leurs emplettes) sur le web pour Noël. »