Le virage 4.0 est déjà bien entamé chez Profecta, à Longueuil.

Stéphane Champagne, Collaboration spéciale Stéphane Champagne, Collaboration spéciale
La Presse

On entend souvent parler d’« usine du futur » ou de « quatrième révolution industrielle », mais le concept même d’industrie 4.0 peut sembler bien flou. Pour la PME longueuilloise Profecta, ce n’est plus une vue de l’esprit. Ce fabricant d’étiquettes est très avancé dans son processus de transformation. Mode d’emploi.

En guise de première étape, Profecta a mis en place il y a quelques années un progiciel de gestion intégré (PGI) dans le but avoué d’amorcer un virage numérique tous azimuts. À l’aide d’un PGI (ou « ERP » dans le jargon anglophone), une entreprise collige, analyse, utilise, puis archive toutes les informations relatives à ses activités administratives et opérationnelles.

Ces informations, couplées à d’autres outils technologiques, sont ensuite utilisées pour, entre autres, améliorer les processus de fabrication, effectuer un meilleur suivi auprès des clients actuels et potentiels, connaître en temps réel certaines opérations, voire bonifier les pratiques en ressources humaines.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La PME longueuilloise Profecta est spécialisée dans la fabrication d’étiquettes.

Efficacité administrative

Grâce aux informations colligées à l’aide du PGI qu’elle utilise (baptisé Label Traxx), Profecta a tout d’abord considérablement amélioré sa façon de préparer ses soumissions, notamment en calculant mieux ses prix de revient et ses dépenses.

« Quand je suis arrivé dans l’entreprise il y a trois ans, l’équipe en place avait déjà franchi plusieurs étapes, explique Christian Dollo, directeur général. Ma venue visait à les amener encore plus loin. Ayant déjà travaillé dans quelques grandes organisations où les PGI étaient grandement utilisés, j’ai pu apporter ma contribution qui, à ce jour, a surtout été administrative. »

Efficacité opérationnelle

Selon M. Dollo, l’une des prochaines étapes du virage 4.0 de la PME concerne les processus opérationnels. Des applications ont déjà été développées afin de colliger le plus d’informations possible sur les processus d’opération, les éléments de contrôle, les transferts entre les processus, etc.

« Le but ultime, c’est de connaître en temps réel les coûts et les étapes associés à la fabrication d’un produit ou l’exécution d’une commande. » — Christian Dollo, directeur général de Profecta

« D’ici deux ans, on veut que nos superviseurs soient capables d’être en contact direct et en temps réel avec les automates », ajoute le gestionnaire.

Plus loin encore

Parmi les autres éléments clés à mettre en place, l’entreprise longueuilloise mise également, à terme, sur un environnement sans papier et sur une meilleure transmission des connaissances dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. « On n’émet presque plus de chèques et on imprime de moins en moins de documents. Quant aux ressources humaines, on veut mettre en place de la formation afin d’écourter la courbe d’apprentissage », mentionne Christian Dollo.

Par ailleurs, la PME qui compte 115 employés affirme travailler en étroite collaboration avec Développement économique Longueuil (DEL), en marge de son virage 4.0. « On attend leur rapport d’évaluation », dit Christian Dollo.

Spécialisée dans les étiquettes autocollantes pour les secteurs, notamment, agroalimentaire, pharmaceutique et industriel, Profecta veut, comme toute entreprise qui se respecte, poursuivre sa croissance. Pour l’heure, elle réalise 85 % de son chiffre d’affaires au Québec et 15 % ailleurs au Canada et aux États-Unis. « À court terme, notre objectif est de compléter notre amélioration technologique. Le reste suivra. On ne peut pas courir plusieurs lièvres à la fois », soutient le DG de l’entreprise.

Longueuil et le 4.0

Longueuil planche actuellement sur une « zone d’innovation » avec un financement de 10 millions de dollars accordé par Québec dans son plus récent budget. Longueuil souhaite ainsi attirer des entreprises dans le domaine de l’informatique et de la haute technologie, particulièrement des jeunes pousses vers lesquelles elle orientera son offre de services. Développement économique Longueuil (DEL) a par ailleurs inauguré en mai 2018 un accélérateur d’entreprises qui génère déjà des maillages. DEL espère que la venue de jeunes pousses technologiques dans l’accélérateur aidera les entreprises manufacturières du territoire à adopter le virage de l’industrie 4.0.

— Etienne Plamondon Emond, collaboration spéciale