Depuis le temps que les consommateurs en rêvent, le moment ne pourrait pas être mieux choisi pour passer à l’action. Allez, un peu de courage politique ! Abaissons les taux d’intérêt astronomiques des cartes de crédit pour aider les familles à passer à travers la pandémie de COVID-19.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Alors que les gouvernements débloquent des milliards pour aider les ménages, il serait bête de les laisser payer de 20 à 30 % d’intérêts sur leurs cartes de crédit parce qu’ils n’ont pas d’autre moyen de payer l’épicerie.

Je ne compte plus les lecteurs qui me reviennent avec cette idée depuis le début de la pandémie.

« Nous sommes nombreux à utiliser les cartes de crédit avec des taux d’intérêt trop élevés. Les institutions financières devraient prendre des dispositions pour bloquer les intérêts ou bien les baisser pour une durée de six mois afin de permettre aux personnes sans ressources de bénéficier d’un répit financier », m’écrivait par exemple Lionel.

La semaine dernière, le premier ministre, Justin Trudeau, leur a donné une lueur d’espoir, en assurant que le ministre des Finances avait eu des conversations avec les banques au sujet des taux d’intérêt sur les cartes de crédit.

Mais le lendemain, il fallait voir le ministre des Finances, Bill Morneau, rétropédaler en conférence de presse : « Nous n’allons pas négocier des taux d’intérêt pour les banques. Les banques vont continuer d’agir de façon commerciale. »

PHOTO KEITH SRAKOCIC, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Plus que jamais, les taux des cartes de crédit sont déconnectés de la réalité, selon notre chroniqueuse.

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Mais le problème est de taille.

Selon la Banque du Canada, 30 % des détenteurs de carte de crédit traînent un solde sur leur carte. Ce faisant, ils paient des intérêts sur leur solde qui s’élevait à 4326 $ en moyenne à la fin de 2019, selon un rapport de l’agence de crédit TransUnion.

Avec le coronavirus dans l’air, pas besoin d’être devin pour prévoir que ces chiffres vont bondir. Des millions de Canadiens ont perdu leur gagne-pain du jour au lendemain. Et selon l’Association canadienne de la paie, près de la moitié d’entre eux (47 %) vivaient d’un chèque de paie à l’autre, sans coussin financier pour faire face à une perte d’emploi.

Malheureusement, la carte de crédit risque d’être leur planche de salut. 

« Ce n’est pas le temps de les étouffer encore plus », lance Élise Thériault, avocate et conseillère budgétaire chez Option consommateurs qui milite en faveur d’une baisse de taux d’intérêt.

Idem pour l’Union des consommateurs qui a demandé aux émetteurs de cartes de crédit « de réduire considérablement les taux d’intérêt de l’ensemble de leurs cartes, et ce, pour toute la durée de la crise et au-delà », dans un communiqué diffusé lundi.

Plus que jamais, les taux des cartes de crédit sont déconnectés de la réalité.

Depuis le début de mars, la Banque du Canada a réduit à trois reprises son taux directeur, qui n’est plus que de 0,25 %. Mais les cartes de crédit, elles, ne bougent pas. Comme toujours, elles restent imperméables aux baisses de taux d’intérêt, ce qui augmente leurs profits.

Pourquoi les taux des cartes ne seraient-ils pas liés à ceux du marché ? Le NPD a déjà promis de limiter les taux d’intérêt des cartes de crédit à 5 % au-dessus du taux préférentiel des banques, ce qui placerait la limite à 7,45 % en ce moment.

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Mais pour l’instant, les émetteurs de cartes de crédit ne sont pas prêts à mettre trop d’eau dans leur vin.

Dans le contexte de la pandémie, les banques offrent à leurs clients d’augmenter la limite de crédit de leur carte. Mais c’est comme leur donner de la corde pour se pendre.

Les banques offrent aussi des « congés » de paiement pour quelques mois. Mais il s’agit d’un cadeau empoisonné puisque les intérêts continuent de s’accumuler à 20 ou 30 % d’intérêt.

Pendant ce temps, les émetteurs continuent d’envoyer au banc des punitions les clients qui ratent leurs paiements. Plusieurs font grimper à 26 % ou 28 % leurs taux lorsque le détenteur dépasse la date limite de paiement deux fois à l’intérieur d’une période de 12 mois.

Dans le contexte actuel, on devrait faire tomber cette règle, pour réduire le stress des Canadiens qui comptent les jours avant d’obtenir le soutien d’urgence des gouvernements.

Ce serait un minimum.

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Entre-temps, si votre carte vous étrangle, voici quelques solutions : 

1. Migrez vers une carte de crédit à taux réduit. 

La carte Essentielle American Express (12,99 %) est l’une des rares qui n’impose aucuns frais annuels. Sinon, la carte Syncro Mastercard Banque Nationale qui coûte 35 $ par année offre un taux particulièrement bas (10,9 %), tout comme la carte Modulo Visa (10,9 %, 50 $) et La Vraie Ligne Or MBNA % (10,99 %, 39 $).

2. Profitez d’une offre de transfert de solde. 

Certaines cartes vous donnent un répit pour quelques mois si vous déménagez vos dettes chez eux. Par exemple, la Visa minima de la Banque Scotia a un taux promotionnel de 0,99 % pour six mois et la Mastercard la Vraie Ligne MBNA, de 0,99 % pour 10 mois.

Mais les transferts de solde réservent souvent de mauvaises surprises, prévient Me Thériault. Parfois, il y a des frais de transfert. Si on rate un paiement, le taux avantageux disparaît. Et si on fait de nouveaux achats avec la carte, on perd graduellement le taux promotionnel.

3. Demandez une consolidation de dettes.

Sauf que lorsqu’on a perdu son emploi, les banques sont assez frileuses. Il faudra voir si elles sont plus souples dans les conditions actuelles.

4. Utilisez votre marge de crédit.

Le taux d’une marge est beaucoup plus bas que celui d’une carte de crédit et l’emprunteur n’a qu’à rembourser les intérêts, ce qui diminue les paiements. Idéal à court terme. Mais si vous n’avez pas la discipline pour rembourser le capital, vous paierez des intérêts pour l’éternité.