Alors que les taux d’intérêt ont fondu, plusieurs emprunteurs attendent encore les effets sur leur marge de crédit et leur hypothèque à taux variable. Que se passe-t-il ? 

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Hypothèque variable à sens unique

J’ai signé un prêt hypothécaire en août 2017 au taux variable de 2,05 %. En 14 mois environ, j’ai subi cinq hausses pour me retrouver ainsi à 3,3 %. Maintenant, je constate que MCAP n’a pas appliqué la deuxième baisse de 0,5 point de la Banque du Canada. Est-ce légal ? En quoi est-il avantageux de choisir un taux variable si la fluctuation du taux se fait souvent juste dans un sens ?

Christiane

Encore une surprise vendredi dernier !

La Banque du Canada a réduit son taux directeur de 50 points pour le fixer à 0,25 %. En ajoutant les deux autres baisses de 50 points qu’elle avait décrétées au début de mars, cela porte la réduction à 150 points (150 points = 1,5 %).

Au début de mars, la plupart des prêteurs ont emboîté le pas à la Banque du Canada, dans les jours suivants. Ils ont réduit leur taux préférentiel à 2,95 %, un taux qui devrait bientôt fondre à 2,45 % en raison de la nouvelle baisse.

Automatiquement, cela réduit les paiements des propriétaires qui ont une hypothèque variable, dont le taux est lié au taux préférentiel. Pour vous donner une idée, une baisse de 150 points représente une économie annuelle d’environ 2700 $ sur une hypothèque de 300 000 $ amortie sur 25 ans.

Voilà une belle bouffée d’air pour les ménages dont les revenus sont mis à mal par la COVID-19.

Or, certains prêteurs, comme MCAP, n’ont pas encore suivi la parade. « MCAP prévoit de faire passer son taux préférentiel à 2,95 % à compter du 1er avril 2020 », indique le site web de l’entreprise qui se réserve « l’option de changer [sa] position à [sa] discrétion ».

Ce n’est pas illégal. Mais c’est fâchant pour les clients qui se font confisquer la baisse de taux. Dans le cadre d’un contrat à taux variable, le prêteur s’engage à faire fluctuer son taux en fonction de son taux préférentiel.

Avant la pandémie, il était possible d’obtenir une hypothèque à taux variable 100 points en dessous du taux préférentiel. Cet écart est garanti pour les contrats en cours. Mais rien n’oblige le prêteur à arrimer totalement son taux préférentiel à celui de la Banque du Canada.

Lors de la crise du crédit, certaines banques avaient refusé de réduire leur taux préférentiel au même rythme que la Banque du Canada, gardant pour elles l’avantage de la baisse de taux. Verra-t-on le même phénomène cette fois ? À suivre…

Renouveler son hypothèque en temps de crise

Je dois renouveler mon hypothèque d’ici quelques jours. Selon vous, l’idéal serait-il d’attendre encore ou d’accepter à 3,4 % ? Je suis éducatrice en milieu familial, donc mon salaire n’est pas assuré pour les prochaines semaines. Avez-vous des conseils ou des suggestions à me donner ? J’ai un conjoint, mais la résidence m’appartient.

Lucie

C’est une période bénie pour renouveler son hypothèque. Vendredi, il était possible de dénicher un taux fermé à 2,4 % pour 5 ans, bien que les grandes banques étaient plutôt autour de 3 %. Qui sait, les taux diminueront peut-être encore plus au début de la semaine prochaine ?

Si votre situation financière est périlleuse, comme c’est probablement le cas de beaucoup de propriétaires en ce moment, il est préférable d’opter pour la sécurité d’un taux fermé, estime Denis Doucet, porte-parole du courtier hypothécaire Multi-Prêts.

Et peut-être de ne pas trop tarder… Un propriétaire dont la situation financière s’est détériorée pourrait avoir du mal à renouveler son prêt. Légalement, le prêteur peut requalifier son client à chaque renouvellement, même si dans la pratique, il le fait seulement si l’emprunteur a raté des paiements, explique M. Doucet.

Mais en cette période tumultueuse, Ottawa a demandé aux banques de faire preuve de souplesse envers leurs clients. Ceux-ci peuvent demander un report des paiements d’hypothèque pouvant atteindre six mois, et il y a possibilité d’allègement sur d’autres produits de crédit.

Un répit pour les prêts étudiants

Ma fille a une marge de crédit pour étudiant chez Desjardins avec un taux de 4,45 % inchangé malgré les baisses récentes de la Banque du Canada. Est-ce normal ? Il me semble que le taux devrait être ajusté à la baisse automatiquement.

Manon

Ne vous en faites pas. Tout est normal. « Pour ce type de produit, la fréquence de changement de taux (si à la baisse) est le 1er jour du mois suivant », indique la porte-parole du Mouvement Desjardins, Chantal Corbeil. Donc, la baisse de 1,5 % s’appliquera dès le 1er avril, si Desjardins abaisse son taux préférentiel avant le 31 mars.

D’autre part, Québec a accordé un répit aux étudiants qui ont contracté des prêts dans le cadre du programme d’Aide financière aux études du gouvernement. Au cours des six prochains mois, les étudiants n’auront aucun paiement à faire. De plus, aucun intérêt ne sera cumulé ou ajouté à leur dette.