Chic, de l’argent qui tombe du ciel ! Pourquoi ne pas le redonner à un organisme de bienfaisance qui tire le diable par la queue à cause de la COVID-19 ?

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Pour Gilles Lapierre et sa femme, c’est déjà décidé. Comme 6,7 millions d’aînés au Canada, ils ont tous les deux reçu un cadeau de 300 $ non imposable de la part d’Ottawa la semaine dernière.

L’homme de 76 ans ne savait même pas qu’il était admissible à ce coup de main destiné aux aînés qui ont engagé des dépenses additionnelles à cause de la pandémie : extra chez le dentiste, frais de livraison de l’épicerie, etc.

Pour rapidement venir en aide aux aînés, Ottawa a choisi de verser une somme unique, par dépôt direct ou par chèque, à l’ensemble des prestataires de la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), qui est offerte à partir de 65 ans.

Même les bénéficiaires plus fortunés qui doivent rembourser en tout ou en partie la PSV ont donc reçu le cadeau de 300 $ en entier.

Mais le nombre d’aînés dans cette situation est relativement faible. Environ 7 % des prestataires de la PSV doivent rembourser graduellement la rente puisque leurs revenus excèdent 77 500 $. Et seulement 2 % doivent la remettre au complet parce que leurs revenus dépassent 126 000 $.

Pour ces aînés mieux nantis, l’aide d’Ottawa est plutôt superflue. Certains ont même vu leurs dépenses fondre avec le confinement.

« Nous n’avons pas subi de dommages financiers causés par la pandémie. Au contraire, nos dépenses ont été moindres », explique M. Lapierre qui a troqué les voyages et les restos pour des plaisirs simples, comme la marche.

Alors, le couple redonnera l’argent à un organisme de bienfaisance. « On va donner le double, pour tenir compte du crédit d’impôt. Donc, 1200 $ au total », explique M. Lapierre, qui destine son argent à Moisson Montréal.

Chapeau ! Voilà un bel exemple à suivre.

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Les organismes communautaires ont grandement besoin de votre aide, eux qui traversent la tempête parfaite.

« Les dons sont en baisse de 20 à 30 % », rapporte Yannick Elliott, vice-président au développement philanthropique chez Centraide du Grand Montréal.

Les organismes n’ont pas pu mener leurs activités de collecte de fonds (par exemple, bals, tournois de golf). De plus, les mises à pied et le télétravail créent des défis pour les organismes qui recueillent des fonds dans les milieux de travail.

Certains organismes ont aussi perdu des revenus à cause du confinement, comme le Resto Plateau, qui tirait une partie de son financement d’un service de traiteur distribuant des boîtes à lunch aux entreprises.

Tandis que les sources de financement se tarissent, les besoins des organismes communautaires augmentent à cause de la COVID-19. C’est particulièrement vrai pour ceux qui œuvrent dans la distribution alimentaire, l’aide aux femmes violentées, la santé mentale ainsi que le soutien aux sans-abri subissant la canicule et aux aînés vivant dans l’isolement.

Avec la pandémie, Centraide a reçu des demandes de financement additionnelles de la part de 1358 organismes totalisant 36 millions de dollars, mais n’a pu leur offrir que 16 millions en soutien, grâce à des fonds spéciaux.

Pendant ce temps, les bénévoles qui travaillent dans les organismes communautaires sont au bout du rouleau. « Sur le terrain, les gens sont épuisés. S’il y a une deuxième vague, je ne sais pas comment ils vont se rendre jusqu’à Noël », avoue Mario Régis, vice-président au développement social chez Centraide.

Malgré la fatigue et le manque de financement, les organismes ont fait de petits miracles. Dans le quartier Côte-des-Neiges, à Montréal, MultiCaf a transformé du jour au lendemain sa cafétéria communautaire en service de traiteur offrant la livraison à domicile.

« Ils travaillent sept jours sur sept, avec trois quarts par jour, pour respecter la distanciation [physique]. C’est carrément ingénieux », assure M. Régis.

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Si votre budget n’a pas été trop malmené par la pandémie, pourquoi ne pas appuyer un organisme de bienfaisance ? Voici quelques trucs pour maximiser votre don.

1. Réclamez un crédit

Le reçu que vous fournira l’organisme de bienfaisance vous fera économiser des impôts. Le crédit combiné fédéral-provincial se chiffre à 32,5 %, sur votre première tranche de don, et à 48,2 % sur l’excédent (53,3 % dans certains cas). Donc, si vous donnez 1000 $ au cours d’une année, vous récupérerez 450 $, soit 65 $ sur la première tranche de 200 $, et 385 $ sur les 800 $ suivants.

2. Accumulez vos reçus

Or, plus du tiers des contribuables ne paient pas d’impôt au Québec. Pour eux, l’économie d’impôt n’a donc aucune valeur. Mais rien n’est perdu. Il est possible d’accumuler les reçus pendant cinq ans avant de réclamer le crédit. En accumulant vos dons, vous dépasserez la tranche de 200 $ et vous profiterez du taux de crédit le plus élevé.

3. Combinez vos dons entre conjoints

C’est une bonne idée de combiner les dons d’un couple sur une seule déclaration. Cela permet de dépasser la tranche de 200 $ et d’arriver plus vite au taux de crédit le plus payant. Si vous donnez au moins 200 $ chacun, vous irez chercher 31 $ de plus en combinant vos dons.

4. Donnez en actions

Si vous avez des actions dont la valeur a beaucoup augmenté, donnez-les directement, au lieu de les vendre pour ensuite faire un don en argent. En transférant ces actions à un organisme de bienfaisance, vous n’aurez pas à payer l’impôt sur le gain en capital. En plus, vous obtiendrez un crédit sur la valeur des actions.

5. Donnez après votre mort

Enfin, vous pouvez faire un don planifié en donnant par exemple 5 % de votre héritage à un organisme de bienfaisance dans votre testament. Le legs ne vous coûtera rien de votre vivant. À votre mort, vos héritiers recevront quand même 97,5 % de votre petite fortune, en considérant le crédit d’impôt. Il n’y a pas de quoi se plaindre.