L’attentisme de la Banque du Canada, qui a préféré mercredi retarder jusqu’au mois de mars avant d’annoncer une première hausse des taux d’intérêt, en a surpris beaucoup. Cette décision permettra toutefois d’arrimer le recentrage de la politique monétaire canadienne à celui des États-Unis, où la Réserve fédérale a aussi annoncé qu’une première hausse des taux d’intérêt en deux ans allait être décrétée en mars prochain.

Publié le 28 janvier

L’objectif mars est donc devenu l’échéancier commun de nos deux banques centrales pour mettre un terme à une politique monétaire fort accommodante mise de l’avant depuis deux ans maintenant afin de permettre aux consommateurs et aux entreprises des deux pays de mieux passer à travers le ralentissement et les perturbations économiques induits par la pandémie de COVID-19.

On sait maintenant, comme l’a bien expliqué mercredi Tiff Macklem, le gouverneur de la Banque du Canada, qu’il faudra s’attendre au cours de la prochaine année à plusieurs hausses des taux d’intérêt, les économistes tablant pour leur part sur de trois à cinq hausses de 0,25 point de pourcentage du taux directeur canadien durant l’année 2022.

Avec une inflation qui galope à un rythme annuel de plus de 4,8 %, la plupart des analystes canadiens anticipaient une première annonce de relèvement du taux directeur de la Banque du Canada dès mercredi, alors que les autorités monétaires ont plutôt préféré préparer les esprits à un travail de plus longue haleine.

Après tout, on n’est pas à un mois près de subir de violents contrecoups provoqués par une trop forte augmentation des prix, d’autant qu’une bonne partie de leur progression récente est attribuable aux différents programmes de stimulation de l’activité économique mis en place par les gouvernements.

On prévoit aussi que le taux directeur de la Banque du Canada devrait revenir d’ici 2023 à son niveau de 1,75 %, soit celui qu’il était avant la pandémie, ce qui nous conduit bien loin des scénarios catastrophes qui ont eu cours dans les années 1980 et 1990 lorsque la politique monétaire canadienne englobait de multiples objectifs, dont celui de protéger la valeur du dollar canadien.

On rappelle souvent la situation folle du début des années 1980, dans la foulée du second choc pétrolier de 1979, lorsque le taux de base des banques canadiennes frisait les 21 %, ce qui a conduit à la sévère récession de 1981.

On oublie qu’au début des années 1990, avec un taux d’inflation nettement moins préoccupant que 10 ans plus tôt, on s’est retrouvé avec un taux directeur de la Banque du Canada au-dessus des 13 % parce que notre banque centrale cherchait à rehausser la valeur du dollar canadien par rapport à la devise américaine.

Pour amener les investisseurs étrangers à acheter des dollars canadiens, la Banque du Canada offrait des taux d’intérêt jusqu’à 200 points de base plus élevés que les bons du trésor américain.

Une politique monétaire raisonnée

Cette politique monétaire agressive n’a rien donné, elle a donc été abandonnée, mais ses effets se sont fait sentir longtemps, jusqu’à ce que le dollar canadien atteigne son creux historique à 61,79 cents US, le 21 janvier 2002, il y a presque exactement 20 ans aujourd’hui.

La situation était rendue telle que le gouvernement libéral de Jean Chrétien avait profité de la tenue du Forum économique mondial qui se tenait à New York, en janvier 2002, en signe de solidarité avec la métropole américaine durement secouée par les attentats du 11 septembre 2001, pour faire mousser la diversité et la vivacité de l’économie canadienne.

Le ministre des Finances, Paul Martin, avait rencontré un parterre de banquiers à Wall Street tandis que le premier ministre, Jean Chrétien, au côté du gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge, avait animé un atelier sur le Canada et sa monnaie dévaluée…

On est loin de cette époque pour le moins bizarre, alors que le dollar canadien est remonté au-dessus des 76 cents US depuis 2004 et qu’il se maintient depuis un an tout juste au-dessous de la barre des 80 cents US avec une belle stabilité.

Aujourd’hui, la situation semble plus tendue aux États-Unis alors que le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a lui aussi préparé la voie mercredi à plusieurs hausses successives des taux en 2022, tout en précisant que ces hausses allaient tenir compte de l’évolution de deux variables principales, l’inflation et le niveau d’emploi.

Pourtant, les dangers de surchauffe économique sont bien plus réels aux États-Unis, comme en ont témoigné, jeudi, les statistiques de la croissance du PIB au cours du dernier trimestre de 2021 avec une progression de près de 7 %.

Pour l’ensemble de l’année 2021, l’économie américaine a enregistré une croissance de 5,7 %. Si ce taux de croissance est le plus élevé qu’ont enregistré les États-Unis depuis 1984, le taux d’inflation de 6,9 % pour l’année 2021 est aussi le plus élevé aux États-Unis depuis 1982. On ne veut justement pas revenir à ces niveaux observés au début des années 1980, et c’est davantage cela qui peut faire peur que les hausses attendues des taux d’intérêt au Canada.

Rectificatif
Une version antérieure de ce texte indiquait que pour l’ensemble de l’année 2021, l’économie américaine a enregistré une croissance de 5,7 %, ce qui a permis aux États-Unis de surclasser la Chine pour la première fois en 20 ans. C’est inexact. Des informations erronées de Reuters ont mené à cette erreur. La croissance chinoise en 2021 a été de 8,1 %. Nos excuses.