Il y a le 1 % des gens les plus fortunés de la planète qui contrôlent 40 % de la richesse mondiale, il y a aussi le club sélect des six plus grandes capitalisations boursières mondiales qui ont chacune une valeur de plus de 1000 milliards de dollars américains en Bourse, dont cinq de celles-ci sont – on s’en doute bien – des entreprises de technologie. La richesse ne fait pas que se concentrer toujours davantage, elle donne l’impression d’avoir de plus en plus tendance à se sectoriser.

Publié le 8 janvier

Est-ce vraiment l’effet d’une tendance ou plutôt la poursuite du gonflement d’une bulle spéculative comme celle que l’on a déjà vécue à la fin des années 1990 et qui s’est lamentablement déballonnée de mars 2000 à mars 2003 ?

Difficile à prévoir, mais la dernière poussée des Big Tech semble irrépressible, comme nous l’a bien démontré cette semaine encore le titre de la société Apple, qui a franchi durant quelques secondes, lundi, la marque des 3000 milliards en valorisation boursière, du jamais vu.

Il faut dire qu’Apple n’est pas à une première près. Il y a trois ans, en août 2018, l’entreprise californienne devenait la première entreprise au monde à afficher une valeur boursière de plus de 1000 milliards.

Deux ans plus tard, en août 2020, Apple récidivait en accumulant cette fois une valorisation de plus de 2000 milliards à la Bourse et, lundi dernier, c’est la marque des 3000 milliards qu’elle a furtivement franchie en cours de séance avant de se replier dans la foulée d’un mouvement de recul plus large des titres de technologie.

N’empêche, il est quand même incroyable qu’une entreprise de la taille et de l’envergure de celles d’Apple réussisse à tripler de valeur en l’espace de trois ans seulement. Déjà, arriver à accumuler une valeur boursière de plus de 1000 milliards est un exploit en soi, et pourtant, Apple n’est pas la seule de son camp.

Au 30 décembre dernier, seulement six entreprises dans le monde ont terminé l’année 2021 avec une valorisation boursière de plus de 1000 milliards. Hormis Aramco, l’entreprise pétrolière d’Arabie saoudite qui s’est classée au 4rang des plus importantes capitalisations de la planète avec une valeur de 1906 milliards, les cinq autres entreprises qui ont réussi l’exploit font toutes partie des Big Tech et elles sont toutes américaines.

Outre Apple, 1re entreprise mondiale avec ses 2923 milliards de valeur, Microsoft est arrivée au 2rang avec 2547 milliards, suivie d’Alphabet (Google) à 1939 milliards, puis d’Amazon au 5rang avec ses 1710 milliards et enfin de Tesla, qui a fermé la marche au 6rang avec une valorisation de 1074 milliards.

Fait à souligner, Meta, société mère de Facebook, une autre incontournable du groupe sélect des Big Tech, arrive au 7rang des grandes capitalisations boursières mondiales avec une valeur de 958 milliards au 30 décembre 2021, mais l’entreprise qui avait réussi à franchir le cap des 1000 milliards en juin 2021 a subi un déclin de la valeur de son titre à partir du mois d’août.

Au royaume des Big Tech

Si ce classement traduit bien l’hégémonie des grandes entreprises de haute technologie sur l’activité économique mondiale, il semble aussi encore surévaluer leur portée dans la réalité effective des choses, comme ç’a été le cas lors de la bulle techno du début des années 2000.

On n’en avait alors que pour les titres de la nouvelle économie. Rappelez-vous Nortel, qui, à son zénith, avait une valorisation de 400 milliards CAN et qui s’est soudainement pulvérisée avant de disparaître.

Une récente publication du Forum économique mondial (forum de Davos) nous rappelle qu’au sortir du krach des titres technologiques, en 2004, lorsque le NASDAQ recommençait à prendre un peu de couleur, seulement une entreprise techno, Microsoft, figurait au sein du palmarès des plus grandes capitalisations mondiales.

En 2004, les plus grandes sociétés en Bourse avaient une valorisation moyenne de 250 milliards. On en retrouvait une dizaine, des conglomérats comme GE, des sociétés pétrolières comme Exxon, les principaux secteurs industriels y étaient représentés. Rappelons aussi qu’en 2004, Apple affichait une valorisation boursière beaucoup plus modeste de quelque 10 milliards, c’était trois ans avant le lancement de l’iPhone…

Aujourd’hui, avec la forte polarisation générée par la valorisation des Big Tech, les investisseurs n’en ont que pour les titres de technologie, comme en témoignent aussi les succès obtenus par les récents premiers appels à l’épargne publique d’entreprises technos émergentes.

Pourtant, comme le souligne le Forum économique mondial, cette sacralisation financière des entreprises technos ne se traduit pas dans l’économie réelle, alors que le taux de productivité du travail des pays du G7, qui progressait de plus de 2 % par année en 2004, n’affiche aujourd’hui qu’une hausse moyenne de moins de 1 % par année.

On constate donc que les avancées technologiques induites par les grandes entreprises du secteur servent essentiellement à leur propre enrichissement et à celui de leurs actionnaires, ce qui peut alimenter les bulles spéculatives plutôt que de nourrir la croissance économique et le développement en général.