(Québec) Ça ne se passe pas comme prévu. La crise sanitaire accaparera davantage qu’anticipé la gestion du gouvernement Legault au cours des prochaines semaines.

Publié le 14 août 2021

Les plans préparés à Québec en juin sont revus. Et on a une impression de déjà vu. Le « défi 28 jours », le « contrat des Fêtes », le Québec qui « résiste aux variants et à la troisième vague »… Les prévisions ne tiennent pas toujours avec cette pandémie.

Avant les vacances, satisfait du rythme de la campagne de vaccination, le premier ministre François Legault parlait de l’« été des rapprochements » et laissait entrevoir un automne des relâchements. On mettait en œuvre le plan de déconfinement. On peinturait le Québec en vert.

Le gouvernement avait dans ses cartons des « assouplissements additionnels » aux consignes sanitaires pour la fin d’août. Il prévoyait l’abandon de l’urgence sanitaire, une rentrée normale à l’école, le retour des travailleurs dans les édifices de bureaux…

Mais une quatrième vague de la pandémie s’est levée, plus tôt que prévu. « Ce sera celle des non-vaccinés », a dit François Legault. Comme on le voit ailleurs dans le monde, cette vague enfle rapidement. Le variant Delta est plus transmissible et plus virulent que les précédents.

Résultat : l’état d’urgence sanitaire sera maintenu plus longtemps au Québec et les assouplissements prévus à partir de la fin d’août sont reportés.

Le Québec n’est pas le seul à devoir corriger le tir. Un exemple : l’Alberta vient de freiner son déconfinement. La levée de nombreuses restrictions sanitaires, qui devait entrer en vigueur lundi, est reportée de six semaines. Les deux gouvernements sont toutefois dans des positions bien différentes : le premier ministre Jason Kenney est très critiqué pour sa gestion de la crise, alors que François Legault a toujours la cote ici.

Une rentrée scolaire à surveiller

Le plan de la rentrée scolaire est révisé lui aussi : les élèves devront finalement porter le masque à l’école dans les aires communes et pour certaines activités. On n’exclut pas de l’imposer aussi en classe si la situation se détériorait.

Cette rentrée entraînera une hausse des contacts et aura un impact sur l’ampleur de la quatrième vague. Les moins de 12 ans ne sont pas vaccinés – aucun vaccin n’a été approuvé pour eux à ce jour, les essais cliniques sont en cours.

Québec travaille toujours sur un guide concernant la gestion des cas de COVID-19 non seulement dans les écoles, mais aussi dans les garderies. Ce sera un test important pour le gouvernement.

Vaccination obligatoire ou non ?

Autre changement à Québec : la cible de vaccination. Il ne faudrait pas se contenter de 75 % des 12 ans et plus adéquatement vaccinés (deux doses) ; il faudrait plutôt viser une fourchette de 80 % à 85 %, selon la Santé publique. La cible de 75 % demeure pour l’instant sur le tableau de bord du gouvernement, mais elle pourrait changer.

Québec envisage « sérieusement » de rendre la vaccination obligatoire pour les travailleurs de la santé, mais il écarte cette mesure pour les enseignants. Ottawa a franchi un pas important vendredi en l’imposant à tous ses fonctionnaires. « Ce n’est pas dans nos intentions pour le moment » de l’imiter, a réagi le gouvernement Legault.

À Québec, comme ailleurs, on se penche également sur l’administration possible d’une troisième dose. Les États-Unis viennent de l’autoriser pour les personnes dont le système immunitaire est affaibli, et Israël a déjà lancé l’initiative.

La zénitude

François Legault est resté à l’écart de la place publique au cours de ses vacances. Il a fait deux exceptions, chaque fois pour faire une annonce avec Justin Trudeau, qui plonge maintenant le pays en campagne électorale.

Pour son retour de vacances, François Legault avait pour l’essentiel une tournée des régions à son agenda. Des ajustements sont apportés là aussi. On le verra parfois tenir des conférences de presse sur la COVID-19 : son gouvernement a annoncé le retour de cet exercice au moins une fois par semaine. On ne s’attendait pas à reprendre ces points de presse aussi rapidement.

Sans croire que la COVID-19 est derrière nous, l’équipe de François Legault préparait depuis de nombreuses semaines pour la rentrée parlementaire du 14 septembre un plan appelé le « nouveau souffle ». L’objectif était d’ouvrir un nouveau chapitre dans le mandat du gouvernement, celui de l’après-pandémie, en quelque sorte.

On envisageait d’inaugurer une nouvelle session parlementaire et de prononcer un discours d’ouverture afin de tracer la voie jusqu’aux élections de l’automne 2022. Ce scénario est mis sur pause, pour reprendre l’expression consacrée durant la pandémie. Il sera peut-être même abandonné, dit-on.

Le gouvernement n’a pas modifié sa feuille de route sur un point : l’instauration d’un passeport vaccinal le 1er septembre. Le Québec est la première province à l’implanter. Le fédéral souhaite que d’autres emboîtent le pas ; l’Ontario rejette cette mesure.

Toutes les ficelles ne sont pas attachées au sujet des modalités de ce passeport. Les partis de l’opposition voudraient avoir leur mot à dire, mais le premier ministre a rejeté l’idée d’une consultation sur le sujet à l’Assemblée nationale. Ce serait risqué parce que l’on offrirait une tribune aux complotistes, a-t-il soutenu, accusant les partis de l’opposition de réclamer constamment des consultations pour « débattre de ci et de ça ».

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

François Legault, premier ministre du Québec

Il a décoché une autre flèche en direction de ses adversaires en leur reprochant d’avoir fait de la qualité de l’air dans les écoles un « débat exagéré ». Et il l’a fait au moment même où l’on constatait que les lecteurs de dioxyde de carbone (CO2) promis par son gouvernement seraient installés dans toutes les classes non pas à la rentrée, mais d’ici la fin de l’année seulement, car le lancement de l’appel d’offres a tardé… Il a poussé le bouchon un peu loin en déclarant que « le Québec doit être un des seuls endroits au monde où l’on parle de ce sujet-là ».

En juin, François Legault promettait d’être « plus zen » à la rentrée, de répliquer plus calmement aux autres partis, d’« écouter les questions puis les prétentions de l’opposition ». C’est plus difficile que prévu…