« REER » jaune

« On passe plus de temps à magasiner... (Photo Alain Décarie, archives La Presse)

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« On passe plus de temps à magasiner des vêtements, des voitures ou des voyages vers le sud qu'à prévoir la période vulnérable de son dernier quartile de vie », écrit l'auteur.

Photo Alain Décarie, archives La Presse

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Pierre-Yves McSween

Comptable professionnel agréé et professeur d'administration au Cégep régional de Lanaudière, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

La saison des REER se termine cette semaine. Tel un parent deux jours avant Noël, le Québécois générique opte pour la facilité annoncée par son vendeur de retraites. Pourquoi fait-il cela ?

La retraite reste un concept curieux et spécifique à l'humain. Son modèle d'affaires diffère de celui des animaux : il vit trop longtemps et en trop grand nombre. Alors, on ne cumule pas des provisions pour l'hiver, mais bien de la « capacité d'échange » pour le reste de sa durée de vie utile. Pendant les bonnes années, on cumule, investit et s'endette pour finalement souhaiter un compteur à zéro en fin de parcours. Drôle de vie, non ?

L'accumulation de capital devient une règle du jeu. En s'organisant et en se multipliant, l'humain est victime de sa propre structure opérationnelle sociale. De nos jours, vivre en autosuffisance est un exploit difficile d'accès : il faut du capital pour s'acheter un lopin de terre, car il appartient déjà à quelqu'un. Pour assurer ses vieux jours, le contribuable joue au jeu de l'épargne, même contre son gré.

Les 20 à 25 premières années de sa vie, on se conditionne à se créer une valeur marchande de base, une façon de faire sa place dans la chaîne du capital. Puis, on passe entre 30 et 40 ans à cumuler des ressources pour brûler le butin durant une vingtaine d'années à la retraite. En somme, en raison de sa durée de vie, l'humain est forcé d'avoir confiance en ce système d'échange : troquer du travail actuel contre des ressources futures au moment où son corps ne pourra plus suivre le rythme effréné des accumulateurs de capital.

Certains ne tiennent pas compte de ce cycle par incapacité, déni, inconscience, révolte ou simplement pour vivre davantage le moment présent. On passe plus de temps à magasiner des vêtements, des voitures ou des voyages vers le sud qu'à prévoir la période vulnérable de son dernier quartile de vie.

Trouver l'équilibre

Ainsi, le quidam entre en succursale, le conseiller en placements regarde son profil d'investisseur et lui propose quelques titres déjà déterminés par les stratèges de son institution. Il ne conseille pas le client, il vend. Vendre plus, toujours plus : fonds, cartes de crédit, assurances, marges de crédit, etc. Son client n'est pas un investisseur, c'est un volume d'affaires : une atteinte d'objectifs.

Soulagé d'avoir cotisé à son bien-être futur, l'épargnant sort de la succursale. Est-il conscient qu'il vient d'acheter un titre de dette ou une infime participation dans plusieurs compagnies en rémunérant une panoplie d'intermédiaires ?

Qu'à cela ne tienne, pour lui, acheter un placement en REER s'apparente au processus d'acquisition d'une barre de chocolat au dépanneur du coin.

Comme si c'était une option après tout le reste. Certains se diront « ma maison, c'est ma retraite ». Pourtant, se loger a un coût. Les futurs retraités seraient surpris de constater qu'il serait parfois moins coûteux de demeurer dans leur maison que de payer les loyers des résidences de retraités.

En outre, dans notre social-démocratie, le travailleur faisant l'effort de contribuer à sa retraite finira par payer pour ses voisins vivant au jour le jour. Difficile de trouver le juste équilibre entre profiter de la vie et prévoir. Chose certaine, faire ni un ni l'autre mène à l'abime programmé.

Au bout du compte, quand viendra le temps de se faire laver à la débarbouillette une fois par semaine, le Québécois moyen rira-t-il jaune ?

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