Le Monopoly de la vraie vie

Contrairement au populaire jeu Monopoly, les inégalités font... (Photo Michael Nagle, archives Bloomberg)

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Contrairement au populaire jeu Monopoly, les inégalités font partie intégrante des conditions financières de tous et chacun, explique l'auteur.

Photo Michael Nagle, archives Bloomberg

Pierre-Yves McSween

L'auteur est comptable professionnel agréé, professeur d'administration au Cégep régional de Lanaudière et chargé de cours à HEC Montréal. Il collabore régulièrement à la section Débats.

Le monde dans lequel on vit est un jeu de Monopoly: le respect et la compréhension des règles du jeu dictent la réussite. Trois éléments distinguent le jeu réel de celui de Parker Brothers: le capital de départ, la planche de jeu disponible et le nombre de joueurs.

Au Monopoly, chaque joueur commence la partie avec un capital équivalent. Dans le monde réel, le capital de départ est inégal et l'écart de richesse entre les joueurs croît de façon continuelle, même en fin de partie. En ayant des sources de revenus discrétionnaires, l'investisseur est à même de réinvestir le capital et d'augmenter son actif net grâce au rendement.

Pendant ce temps, un autre joueur a des revenus couvrant à peine ses dépenses. Structurellement, l'écart se creuse. Et contrairement à une partie ordinaire de Monopoly, où l'on ne peut pas transférer son capital lorsque la partie est terminée, la vie économique humaine permet de bâtir un patrimoine familial au profit du joueur suivant par le biais de l'héritage. Cela lui donne un avantage.

Au Monopoly, on présente une planche de jeu vierge, des règles connues de tous et un nombre limité de joueurs. La population mondiale, elle, est en perpétuelle croissance. Entre 1950 et 2012, le nombre de joueurs est passé de 2,5 milliards à plus de 7 milliards. Il ne suffit que d'imaginer une partie de Monopoly où 20 joueurs auraient déjà bâti des hôtels et des maisons sur chaque terrain: qui voudrait jouer? À moins de tomber sur la case «chance» à chaque roulement de dés, on serait vite éjecté du jeu au profit de ceux déjà en place.

Le jeu de la mondialisation

En 2014, un citoyen nord-américain joue sur la planche locale, mais puise ses ressources sur d'autres planches, où les règles du jeu sont différentes: salaires inférieurs, conditions de travail moins contraignantes, exigences environnementales moins élevées, etc. En somme, on se fabrique une rente en jouant le jeu de la mondialisation.

Pour creuser davantage l'écart entre riches et pauvres, certains joueurs transfèrent même leurs capitaux dans des planches de jeu où la retenue fiscale est inférieure ou nulle.

En imaginant un jeu de Monopoly où les mieux nantis dictent les règles du jeu, on se retrouve rapidement en position d'hégémonie de fait. On a mondialisé les règles du jeu économiques, mais on a oublié les règles du jeu fiscales, sociales et environnementales: les externalités sont éjectées des règles du jeu.

Tenir pour acquis le mode de vie et les circonstances opportunes d'une génération pour établir des règles à long terme démontre l'oubli de l'angle mort. Parce que l'angle mort d'une génération devient le défi de la génération suivante. Les inégalités et l'externalisation de certains coûts auront un jour ou l'autre des conséquences importantes.

Devant l'appel de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à réduire les inégalités dans le monde, on peut se questionner sur les règles du jeu mondiales.

Qui aura envie de jouer à un jeu sur une planche où chaque nouveau joueur aura une espérance de réussite faible? En cas de crise alimentaire ou de concentration extrême des ressources, la population docile n'aurait plus rien à perdre. Des bouleversements sociaux importants pourraient survenir. Qui oserait bâtir un avenir sur un tel coup de dés? Ceux qui ont bénéficié des règles du jeu doivent s'attaquer aux inégalités, non seulement pour les autres, mais aussi pour eux.




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