Budget 2013: un pari risqué

Le ministre Nicolas Marceau (accompagné de la première... (Photo: PC)

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Le ministre Nicolas Marceau (accompagné de la première ministre Pauline Marois sur la photo) exige un effort énorme pour réduire les dépenses.

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Pierre Paquette
Professeur d'économie au Collège de Maisonneuve, l'auteur a été député du Bloc québécois.

La Presse

La campagne des milieux d'affaires et des agences de notation a porté ses fruits. Manifestement, le discours du budget de Nicolas Marceau était en partie une opération de relations publiques pour amadouer les gens d'affaires. Ce n'est pas tant l'objectif maintes fois réaffirmé par le ministre de rééquilibrer les finances publiques qui les aura temporairement calmés, mais d'autres dossiers comme l'abandon de la révision du mandat de la Caisse de dépôt et le report, après consultation de l'industrie, de l'augmentation des redevances minières.

D'autres raisons militaient pour un budget maintenant. Outre le fait qu'au printemps prochain, les libéraux avec un nouveau chef auraient été moins enclins à le laisser passer. Les efforts budgétaires auraient alors été concentrés à la veille d'une possible élection. En mettant la machine en marche dès maintenant, le gouvernement espère avoir le temps de ramener l'équilibre des finances publiques et de dégager un espace financier pour un budget avant une prochaine élection en 2014 qui refléterait mieux les attentes de la population.

C'est un pari risqué parce que l'effort demandé en termes de réduction de dépenses est énorme. Une croissance globale des dépenses de 1,8% pour l'exercice 2013-2014 revient dans les faits à des compressions budgétaires puisqu'elle ne permet pas de compenser les coûts de système et l'inflation. Il faut saluer la décision d'épargner partiellement la santé, l'éducation, les places en CPE et la culture. On ne connaît pas encore le détail de ces compressions, mais elles vont nécessairement faire mal.

Le gouvernement doit mieux expliquer pourquoi ces sacrifices doivent être faits maintenant et ce que le retour à l'équilibre budgétaire va permettre. L'objectif du déficit zéro n'est pas un projet de société; c'est un moyen pour le concrétiser. Quel est ce projet pour le gouvernement de Pauline Marois, maintenant que le PQ a dû renoncer, en partie ou totalement, à certains de ses engagements?

C'est aussi un pari risqué parce qu'il y a deux variables pour atteindre l'objectif: les dépenses et les revenus. Le gouvernement a annoncé des hausses d'impôts modérées pour les mieux nantis et les banques, ainsi que des augmentations de taxes sur les cigarettes et l'alcool. Il n'y a rien à redire à cela, mais ça sera nettement insuffisant si la croissance économique déjà faible se détériorait.

L'économie québécoise ne pouvant plus compter sur le même niveau d'investissements publics, il faut que le privé prenne le relais. Espérons que les dirigeants des organismes patronaux mettront autant d'énergie à convaincre leurs membres d'investir qu'ils en ont mis à faire la leçon au ministre des Finances. En effet, il n'y aucune raison pour que des entreprises qui dorment sur une montagne de liquidités oisives et qui bénéficient de généreux soutiens de la part de l'État, comme le congé d'impôt pour les grands projets d'investissement, ne se mettent à l'ouvrage.

Le budget Marceau illustre malheureusement trop bien la mince marge de manoeuvre que laisse notre situation de province. Les choix d'un Québec souverain seraient tout aussi difficiles, mais les moyens seraient plus importants et plus variés. La décision du ministre des Finances du Canada de reporter de deux ans l'atteinte du déficit zéro en est un exemple.

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