La malchance du Labrador

La centrale hydroélectrique de Muskrat Falls coûtera bien... (Photo Andrew Vaughan, archives La Presse Canadienne)

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La centrale hydroélectrique de Muskrat Falls coûtera bien plus que les 5 milliards annoncés.

Photo Andrew Vaughan, archives La Presse Canadienne

2016 est une année à oublier pour la province de Terre-Neuve-et-Labrador.

Elle savait depuis la signature du contrat de Churchill Falls en 1969 que le prix des 30 milliards de kilowattheures qui arrivent chaque année au Québec diminuerait de 20 % cette année.

De 0,25 ¢/kWh, ce prix déjà ridiculement bas (les 30 premiers kWh par jour coûtent 5,71 ¢/kWh aux consommateurs résidentiels québécois), chute à 0,2 ¢/kWh grâce à une clause de renouvellement automatique du contrat pour 25 ans, jusqu'en 2041. Cette électricité représente environ 15 % de la production québécoise et l'équivalent de nos exportations.

À ce mauvais contrat historique s'ajoutent les déboires catastrophiques du second projet hydroélectrique sur la rivière Churchill : le projet de Muskrat Falls.

Cette centrale de production de 824 MW (soit environ la moitié du complexe de la Romaine), en aval de la centrale des Churchill Falls, avait été annoncée en 2010 pour un coût de 5 milliards.

Dès 2012, on parlait de 6,2 milliards. La construction a commencé en 2013. En 2014, le budget passait à 6,9 milliards, en 2015, à 7,6 milliards. On ne connaîtra pas encore l'estimation pour 2016, mais on sait qu'il sera plus élevé et que la date d'inauguration du projet, prévue pour 2017, sera en 2018... au mieux.

Le gouvernement libéral de Terre-Neuve-et-Labrador, au pouvoir depuis décembre 2015 seulement, a mis des pressions sur Nalcor (l'équivalent d'Hydro-Québec, qui développe le projet de Muskrat Falls) pour clarifier la situation. Cela a mené à la démission du PDG le 20 avril dernier, avec tout son conseil d'administration. Ce PDG a reçu une compensation de départ de 1,4 million, ajoutant un autre élément au scandale financier.

SECOND MALHEUR

Tout cela serait déjà terrible pour une petite province de 500 000 habitants, mais la chute du prix du pétrole a engendré un déficit de 2 milliards pour cette province productrice. À l'échelle du Québec, ce serait l'équivalent d'un déficit de 32 milliards... quand les déficits ici ont tourné autour des 2 milliards.

En quoi toute cette histoire nous touche-t-elle ? Outre le fait que le malheur de nos voisins devrait nous être d'intérêt, par simple humanité, c'est une leçon sur la planification des réseaux d'électricité qu'il faut tirer.

Terre-Neuve-et-Labrador a fait l'erreur de s'engager seule dans un mégaprojet.

Elle n'a pas considéré des réformes tarifaires internes, pour limiter la demande d'électricité qui justifie les nouvelles centrales. La géographie du Labrador est aussi un problème, évidemment : le premier client se trouve à plus de 1000 km ! Il faut donc être certain de son coup à la première pelletée de terre.

Le Québec pourrait cependant rester impassible : ce n'est pas chez nous. Mais deux éléments sont à considérer : Hydro-Québec vise à prendre de l'expansion, et l'hydroélectricité, dans un contexte de changements climatiques et de besoins en électricité propre, sera fort utile.

BON VOISINAGE

Lorsqu'on vise à grandir, essentiellement à l'extérieur de chez soi, il est crucial d'entretenir des bons rapports avec ses voisins. Autrement, on peut facilement être démonisé, comme ça a déjà été le cas - justement par Terre-Neuve quand Hydro-Québec a voulu acheter Énergie Nouveau-Brunswick en 2009. Cette transaction aurait été bonne pour tout le monde - mais elle a échoué pour des raisons politiques.

Ensuite, à moyen terme, il faudra davantage de sources d'électricité propre et fiable, comme l'hydroélectricité. Mieux intégrer les provinces et les États du Nord-est américain permettra d'optimiser les ressources. Les centrales du Labrador seront utiles chez nos voisins de l'Ouest, du Sud et de l'Est. Commencer à planifier cette intégration dès aujourd'hui ne serait pas néfaste pour l'avenir.

Tendre la main à Terre-Neuve-et-Labrador pour construire le réseau de demain, quand elle va mal, pourrait être un bon départ pour une collaboration future qui profiterait à tous. Aux Québécois aussi, notamment en pensant à 2041.




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