Le climat et l'énergie dans le brouillard

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« Les émissions de GES venant en grande partie de la consommation d'énergie, une explication possible du retard pourrait se trouver dans le fouillis des données énergétiques québécoises et canadiennes », avance l'auteur.

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Pierre-Olivier Pineau

Par sa présence à Paris, le premier ministre Couillard poursuit une longue tradition du Québec d'être chef de file sur le climat, tant sur son territoire que sur les scènes canadienne et internationale.

Nous sommes à l'ère de l'information en continue et des mégadonnées.

Nos téléphones intelligents peuvent nous localiser en tout temps, nos achats sont connus dans leurs moindres détails par les grandes chaines de distribution - grâce aux cartes de crédit et de fidélité. Depuis l'installation de ses compteurs de nouvelle génération, Hydro-Québec sait à chaque 15 minutes quelle est votre consommation d'électricité. Notre gouvernement s'engage à atteindre des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) aussi précis que 37,5%, pour 2030, comme s'il mesurait aussi finement ces émissions.

Pourtant, et c'est un grand paradoxe, nous accusons un retard au Québec et au Canada dans la connaissance de notre production et consommation d'énergie, tout comme dans celle de nos émissions de GES.

Commençons par les GES, puisqu'il y a actuellement des négociations à Paris sur ce sujet. Le Québec, qui se présente comme un «chef de file de la lutte contre les changements climatiques», n'est toujours pas en mesure de présenter un bilan de ses émissions pour 2013, alors que le Canada a publié son bilan pour 2013 en avril dernier et qu'une province comme la Colombie-Britannique fournit aussi ses émissions pour 2013. Alors que nous visons une réduction de 20% de nos émissions en 2020 sous le niveau de 1990 et que nous sommes la seule province à avoir cette contrainte, nous sommes en retard dans la mesure de nos émissions.

Sans cette connaissance, comment bien anticiper le travail qu'il reste à faire ?

Les émissions de GES venant en grande partie de la consommation d'énergie, une explication possible de ce retard pourrait se trouver dans le fouillis des données énergétiques québécoises et canadiennes. Statistique Canada, par exemple, n'offre qu'un bilan «préliminaire» de la production et de la consommation d'énergie de 2013 pour les provinces canadiennes. Ce bilan exclut toute la biomasse (notamment le bois, utilisé en industrie et pour le chauffage) et ne détaille en rien les contributions des énergies éolienne, solaire et géothermique. Alors que ces énergies sont censées jouer un rôle croissant dans notre système énergétique, que l'on doit décarboniser, il est extrêmement difficile d'avoir l'heure juste, ou même approximative, sur leur utilisation au Québec. 

Le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles, qui à une époque présentait ces données énergétiques, semble avoir arrêté de s'en préoccuper : ses plus récentes informations portent sur l'année 2011. Il faut glaner des informations auprès d'Hydro-Québec et des producteurs d'éthanol et de biogaz pour se faire une idée de la production d'énergie renouvelable québécoise - en omettant une grande partie de la biomasse forestière, dont la mesure de l'usage à des fins énergétiques n'est estimé officiellement par personne.

Du côté des hydrocarbures, la situation n'est guère plus reluisante. Deux bases de données de Statistique Canada donnent des chiffres différents sur les importations de pétrole au Québec. Certains produits pétroliers utilisés à des fins non-énergétiques (comme diluants, par exemple) sont officiellement comptabilisés dans les usages «énergétiques» par Statistique Canada, sans explication. Transports Canada ne cherche plus depuis 2012 à collecter les données sur le transport maritime d'hydrocarbures. Ne cherchez pas à savoir combien de wagons de pétrole ont roulé en sol québécois : cette information est tout simplement impossible à obtenir. Si les ventes d'essence vous intéressent, heureusement que la Régie de l'énergie publie tous les trois ans des données régionales, sinon ce serait impossible de savoir que Montréal est la championne de la diminution des ventes : - 10% entre 2010 et 2013, alors que pour l'ensemble du Québec le recul n'est que de 0,4%.

Difficile d'avancer dans le brouillard. C'est pourtant ce que nous faisons sur les questions énergétiques et climatiques, tout en espérant que les pouvoirs publics assumeront bientôt leurs responsabilités dans la mise en commun d'informations importantes.

Cette semaine, Pierre-Olivier Pineau et Johanne Whitmore publient L'État de l'énergie au Québec - 2016, leur contribution à une meilleure compréhension du secteur.

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