Le débat énergétique qui n'a pas lieu

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Malgré l'importance des ressources énergétiques dans l'économie canadienne, notre pays n'est jamais considéré comme un joueur important dans ce domaine sur la scène internationale, estime l'auteur.

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Pierre-Olivier Pineau

Professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, il collabore régulièrement à la section Débats.

Le Canada est le 5e plus grand producteur de pétrole et de gaz naturel du monde. Il est le 3e plus grand producteur d'hydroélectricité et le 7e d'énergie nucléaire. Pour notre pays qui a la 37e plus grande population et la 11e plus grande économie, clairement, l'énergie est importante.

Ces chiffres de production ont régulièrement fait dire au gouvernement Harper que le Canada était une «superpuissance énergétique». Pourtant, sur la scène énergétique internationale, jamais le Canada n'est considéré comme un joueur influent : aucun « major » canadien parmi les sociétés pétrolières ou gazières, aucun impact de la production canadienne sur les cours mondiaux - comme celui qu'a la production de l'Arabie saoudite - et à peu près aucune étude stratégique sur l'énergie au Canada.

Nous ne sommes tout simplement pas dominants dans les enjeux énergétiques. Penser que le Canada est une superpuissance énergétique, c'est très mal comprendre l'état de l'énergie dans le monde d'aujourd'hui.

L'énergie est néanmoins un enjeu majeur pour le Canada. Nous produisons beaucoup plus que nos besoins (presque exclusivement pour satisfaire l'appétit américain). Nous consommons beaucoup plus que la majorité des pays : notre consommation par habitant et notre intensité énergétique (l'énergie utilisée pour générer un dollar de richesse) sont toutes deux plus grandes que la moyenne mondiale, la moyenne des pays de l'OCDE, celle des pays du Moyen-Orient, des États-Unis, de la Suède ou la Norvège.

Comme pour tous les pays du monde, l'énergie est à la fois au coeur de notre mode de vie et de notre empreinte environnementale, notamment pour les gaz à effet de serre.

S'il est un sujet qui devrait passionner les Canadiens, autant pour des raisons économiques qu'environnementales et même sociales, c'est bien la question énergétique.

Comment allons-nous valoriser nos réserves d'énergie? Comment mettre en marché la production? Comment optimiser notre consommation? Comment assurer un approvisionnement équitable en énergie?

Autant de questions déterminantes pour l'avenir de notre pays que personne ne pose. Le seul sujet qui a trouvé un peu de place dans le débat des chefs de jeudi soir dernier, c'est la question du pipeline Énergie Est. À part Gilles Duceppe et Elizabeth May, qui le rejetaient en bloc, tout le monde préférait éviter ce sujet. Personne n'a tenté de répondre aux questions urgentes sur l'avenir énergétique du pays, même si Justin Trudeau a évoqué la nécessité d'une stratégie énergétique pancanadienne.

C'est effectivement d'une telle stratégie dont le Canada a besoin. Autant pour mettre en valeur ses ressources - renouvelables et non renouvelables - que pour gérer sa consommation efficacement. Le transport et les bâtiments, secteurs où nous consommons plus de 60 % de l'énergie, sont hautement influencés par les politiques fédérales : normes de consommation des véhicules, code du bâtiment, support aux infrastructures, absence de politique de transport ferroviaire ou maritime, etc.

Réduire le débat à une question de pipeline, c'est ignorer que les vrais enjeux sont beaucoup plus profonds. Penser électrifier les transports est aussi contre-productif à court terme : les assises de notre surconsommation resteraient les mêmes, on ne ferait que des gains environnementaux marginaux, qui nous coûteraient très cher sur le plan financier.

Dans les dernières semaines de la campagne électorale, peut-être que les partis vont préciser leur vision. Quelle sera la place des hydrocarbures dans l'économie canadienne? Comment moderniser les réseaux électriques, pour les rendre à la fois plus intelligents, mais surtout plus intégrés entre les provinces? Comment réduire notre consommation d'énergie, que ni notre climat ni la taille du pays n'expliquent entièrement? Si les électeurs n'ont pas forcément ces questions en tête, un gouvernement responsable se doit néanmoins d'y répondre.

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