Les surplus durables d'Hydro-Québec

Le temps froid a favorisé une hausse de... (Photo David Boily, archives La Presse)

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Le temps froid a favorisé une hausse de la demande et des prix de l'électricité, ce qui a augmenté les profits d'Hydro-Québec.

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Pierre-Olivier Pineau

Professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

On a beaucoup parlé des surplus d'Hydro-Québec en faisant référence à de l'énergie qu'Hydro aurait en trop. Ce dont on va maintenant parler, cependant, ce sont de ses surplus financiers. Comme le montre le rapport annuel 2014 d'Hydro Québec, dévoilé hier, l'année a été exceptionnelle sur le plan de la profitabilité, pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, les premiers mois de 2014, comme ceux de cette année, ont été très froids et les prix de l'électricité à l'exportation ont été très élevés. Ils se sont aussi maintenus à des niveaux plus élevés tout au long de l'année. Ainsi, à New York, le prix moyen est passé de 3,5¢ US/kWh en 2013 à 4,5¢ US/kWh en 2014, tandis qu'au Vermont, il est passé de 5,5¢ US/kWh à 6,4¢ US/kWh.

En ajoutant à cela une baisse de la valeur du dollar canadien, les profits à l'exportation ont augmenté de 176 millions, même si les quantités exportées ont baissé de 16%. Hydro-Québec a aussi bénéficié d'une croissance des ventes au Québec (encore le froid) et d'une hausse tarifaire de 4,3% depuis le 1er avril dernier, ce qui a ajouté 166 millions de profit. On a ainsi de très bonnes nouvelles financières pour tous le Québec, puisque la plus grande partie de ces profits de 3,4 milliards (contre 2,9 milliards en 2013) est versée au gouvernement.

Pour beaucoup de Québécois, ces profits seront une raison de plus pour demander que le gouvernement, dans sa nouvelle politique énergétique, n'augmente pas davantage le prix de l'électricité. En effet, si Hydro-Québec est déjà profitable, pourquoi devrait-on «pénaliser» les consommateurs en les faisant payer davantage? On a déjà vu cette question surgir à la suite de la tenue d'une table d'experts réunis pour discuter d'efficacité énergétique (faire payer plus pour les «grosses maisons»), et elle sortira à nouveau à la fin mars, lors de la seconde table ronde d'experts convoqués par le gouvernement pour parler d'énergies renouvelables, notamment d'hydroélectricité et de sa tarification.

Espérons que le Québec saura faire preuve d'assez de maturité pour aborder ce débat rationnellement. Dans le contexte budgétaire actuel, il serait déraisonnable de se refuser cette source de revenus sous prétexte «qu'on paie déjà assez» et qu'Hydro-Québec est «déjà assez profitable». Pourquoi? Tout simplement parce que notre électricité a plus de valeur que le prix de vente actuel et que nous avons des gains d'efficacité importants à réaliser. Trop de bâtiments québécois sont mal isolés et des millions de kilowattheures fuient par nos maisons-passoires.

Un programme de rénovation sur 10 ans, avec étiquetage obligatoire de la performance énergétique des bâtiments, serait une formidable occasion de réaliser des économies d'énergie tout en stimulant l'économie. L'incitatif financier pour déclencher un tel mouvement serait une hausse des prix de l'électricité, mais évidemment de l'information et de l'aide pour l'investissement devraient être rendues disponibles. Aussi, une attention particulière devrait être portée aux ménages à faible revenu, pour ne pas qu'un tel mouvement de gain énergétique ne les bouscule.

Toute l'énergie économisée au Québec pourrait être exportées à travers de nouvelles infrastructures, déjà en planification, et déplacer une partie des combustibles que nos voisins utilisent, qui sont plus problématiques et plus chers que notre hydroélectricité: charbon, pétrole, gaz de schiste et nucléaire. Notre gain économique se ferait donc avec un gain écologique. N'est-ce pas exactement ce qu'une politique énergétique devrait viser? Plus de richesse, avec moins d'impacts environnementaux, dans le respect des enjeux sociaux.

Les surplus d'énergie d'Hydro-Québec pourraient ainsi vite être absorbés par nos voisins, mais les surplus financiers, eux, pourraient s'avérer être fort durables. Il faut oser et bien planifier. Mais comme les Québécois l'ont montré dans la construction des grands barrages, ils sont capables de faire les deux.

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