Une occasion de briller parmi les meilleurs

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Pierre-Olivier Pineau

Professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

Juste avant Noël, le gouvernement provincial a lancé le site web de la démarche vers la nouvelle politique énergétique québécoise 2016-2025. Très peu de gens ont conscience de cette démarche, tout comme le grand public ne sait pas trop en quoi consistait la dernière «stratégie» énergétique, écrite par le gouvernement Charest. Personne n'a, non plus, proposé de bilan de la stratégie qui se termine.

La politique énergétique 2006-2015 avait six objectifs: 1) renforcer la sécurité de ses approvisionnements en énergie; 2) utiliser davantage l'énergie comme levier de développement économique; 3) accorder une plus grande place aux communautés locales et régionales et aux nations autochtones; 4) consommer plus efficacement l'énergie; 5) devenir un leader du développement durable et 6) déterminer un prix de l'électricité conforme à nos intérêts et à une bonne gestion de la ressource.

Dans notre terre d'abondance hydroélectrique et de bois, qui est aussi très bien servie en sources extérieures de pétrole, la «sécurité des approvisionnements» n'a jamais été un véritable enjeu. Cet objectif a surtout servi de prétexte pour justifier des projets hydroélectriques (la dérivation de la rivière Rupert, La Romaine) et des parcs éoliens régionaux. Ces derniers ont été ce fameux levier de développement économique... en faisant payer tous les consommateurs d'électricité pour ces surplus à venir.

Les communautés locales et autochtones, elles, n'ont guère plus de place aujourd'hui qu'il y a dix ans dans le paysage énergétique. La consommation résidentielle a continué d'augmenter. Notre consommation d'énergie n'est ainsi pas plus efficace maintenant qu'en 2006.

Il est aussi difficile de dire si le Québec est devenu un leader du développement durable. Mais mis à part l'ambitieux marché du carbone qui n'était pas dans la stratégie énergétique, il n'y a aucune indication que le Québec «brille parmi les meilleurs», pour reprendre le slogan libéral d'alors.

Enfin, le prix de l'électricité est trop élevé, selon beaucoup, mais reste bien trop bas pour induire des changements de comportements souhaitables d'un point de vue de l'efficacité énergétique, et pour générer des revenus à la hauteur de la richesse de notre patrimoine hydroélectrique.

En somme, le bilan de la dernière politique énergétique est loin d'être éclatant.

Un processus timide

Que nous promet maintenant la nouvelle démarche annoncée par le gouvernement? Il y aura trois thématiques de réflexion, soit «efficacité et innovation énergétiques», «énergies renouvelables» et «hydrocarbures». On va donc réfléchir sur la vertu et l'inattaquable, pour ensuite envisager un vrai défi: celui de concilier la production d'énergies encore nécessaires (pétrole et gaz) avec l'engagement de lutter contre les changements climatiques.

S'il ne faut pas présumer du résultat des discussions et de ce que le gouvernement écrira à l'automne 2015 dans sa nouvelle politique, on constate tout de même une certaine timidité dans le processus. Aucun bilan tirant des constats francs n'est fait. On commence par les sujets consensuels. On ne lie pas les enjeux de consommation sectorielle (bâtiment, transport, industrie) avec les problématiques d'approvisionnement et d'efficacité économique. Aucune réflexion globale ne semble s'amorcer sur les systèmes énergétiques et les «points chauds» prioritaires à travailler.

En somme, on peut prévoir que le gouvernement reproduira sa politique énergétique sans direction claire: quelques programmes d'efficacité énergétique, des renouvellements de projets d'énergie renouvelable, et un nouvel essai de production d'hydrocarbures.

Ce pronostic a tout de même une chance d'être faux, puisque dans le monde des prévisions énergétiques, la seule chose dont on est certain, c'est de se tromper. Si c'est le cas, la nouvelle politique énergétique pourrait transformer le Québec d'ici 2020 en lui faisant réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20%, en le rendant plus performant et plus riche, parce qu'il produira plus et consommera moins. Et alors nous brillerons parmi les meilleurs.

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