Le modèle norvégien

Le barrage McCormick, à l'entrée ouest de Baie-Comeau,... (Collaboration spéciale, Steeve Paradis)

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Le barrage McCormick, à l'entrée ouest de Baie-Comeau, appartient à Hydro-Québec à 60 % et à Alcoa à 40 %.

Collaboration spéciale, Steeve Paradis

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Pierre-Olivier Pineau

Professeur à HEC Montréal, l'auteur est titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie. Il collabore régulièrement aux pages Débats.

Si l'on parle régulièrement du modèle norvégien pour le pétrole, c'est plutôt celui de l'hydroélectricité qui est pertinent pour le Québec. Nous sommes en effet, comme la Norvège, doté d'une puissance hydroélectrique exceptionnelle: celle-ci produit 120 térawattheures (TWh) d'hydroélectricité pour une population de 5 millions d'habitants, alors qu'au Québec nous produisons 190 TWh avec une population de 8 millions. À titre de comparaison, l'Inde avec son 1,2 milliard d'habitants produit 130 TWh d'hydroélectricité. La Chine, premier producteur mondial d'hydroélectricité, a 4 fois notre niveau de production... et une population 160 fois plus grande!

La production québécoise et norvégienne d'électricité renouvelable, sans gaz à effet de serre et à bas coût, est un atout majeur dans nos deux économies, surtout lorsqu'on considère la petite taille de nos populations. Aussi, tout comme le Québec, la Norvège a privilégié un contrôle public pour développer et opérer ses centrales hydroélectriques: 90% de la capacité de production est sous contrôle public en Norvège, exactement comme au Québec.

La ressemblance s'arrête ici. Et c'est sans doute de cette différence que le Québec pourrait s'inspirer pour tirer le plein profit de son hydroélectricité. Il y a 180 producteurs d'hydroélectricité en Norvège et un nombre équivalent de distributeurs. Le plus grand producteur norvégien est possédé par l'État, comme chez nous, mais il ne représente qu'un tiers de la production, contre 90% pour Hydro-Québec. Ce sont les municipalités norvégiennes qui contrôlent plus de 50% de la production d'hydroélectricité, et qui profitent donc directement de cette richesse.

Dès 1991, les Norvégiens ont compris les vertus des échanges. Ils ont donc libéralisé cette année-là le secteur de l'électricité. Aujourd'hui, tous les consommateurs norvégiens, à quelques exceptions près, payent leur électricité non pas selon le coût de production (comme au Québec), mais selon la valeur de l'énergie, au prix du marché.

C'est un modèle qui a tellement été convainquant, que la Suède, la Finlande et le Danemark ont tour à tour adopté un système similaire. Dans ces pays de la social-démocratie, le libre marché en électricité a convaincu tout le monde! Une explication possible de cette adhésion est le fait que la concurrence ne s'est jamais accompagnée de privatisation: ce sont les compagnies d'État et municipales, avec plusieurs compagnies privées, qui vendent selon les lois de l'offre et la demande. Ce marché unique de l'électricité lie maintenant non seulement les pays nordiques, mais aussi les pays Baltes, l'Allemagne et les Pays-Bas.

Lorsque les coûts de production sont bas, comme c'est le cas en hydroélectricité, l'approche de marché pour fixer les prix fait augmenter la facture pour les consommateurs. De plus, l'électricité en Norvège est taxée à 20% pour les industries et à 33% pour les ménages. Au Canada, les taxes moyennes sur l'électricité sont de 11% pour l'industrie et de 8% pour les ménages. En 2013, les Norvégiens ont ainsi payé environ 15¢/kWh, le double de ce que nous payons au Québec. Leur énergie leur appartient pourtant tout autant que la nôtre, ils y ont tout autant investi dès le début du XXe siècle.

Quelle inspiration le Québec pourrait-il trouver dans ce modèle? Une manière de tirer le maximum de la principale richesse naturelle dont nous sommes dotés, pour permettre de mieux financier les services publics; une ouverture sur les marchés voisins pour mieux gérer la production d'électricité, notamment éolienne (comme au Danemark), en maximisant les échanges; une saine ouverture à la concurrence, sans renier la propriété publique des principaux acteurs.

Bref, le Québec pourrait aller chercher des milliards de dollars de revenus en plus, sans nuire aux ménages à faibles revenus et à la compétitivité, en encourageant plutôt la productivité et l'efficacité énergétique. Dans le contexte fiscal et économique dans lequel nous sommes, ignorer les solutions du modèle norvégien serait une erreur. L'occasion est d'autant plus belle que nous devons nous doter, en 2015, d'une nouvelle politique énergétique.

L'auteur présente le 25 avril une communication intitulée «Le développement de l'hydroélectricité: une perspective comparative Québec-Norvège» au colloque René Lévesque, les ressources naturelles et le développement économique, à la Grande Bibliothèque de Montréal.

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