Les 5 défis de M. Couillard

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L'électricité qui sera produite au chantier de la rivière La Romaine pourrait être vendue à profit.

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Pierre-Olivier Pineau

Professeur à HEC Montréal, l'auteur est titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie. Il collabore régulièrement aux pages Débats.

Maintenant que le gouvernement va s'occuper « des vraies affaires », le secteur de l'énergie devrait sans doute être abordé plus en profondeur que durant la campagne électorale. C'est important, parce que cinq dossiers vont être déterminants, autant pour l'économie québécoise que pour le mandat de Philippe Couillard.

1 - Le pétrole

Plusieurs enjeux pétroliers vont continuer de remonter régulièrement à la surface : la concrétisation de l'inversion du pipeline 9B d'Enbridge, la production de pétrole en Gaspésie, les forages exploratoires sur Anticosti, l'étude du projet Énergie est de TransCanada. Le gouvernement devra se positionner dans chaque cas. Des retombées significatives sont liées à ces projets, mais les critiques pleuvront. Les principales objections seront environnementales et, pour y répondre adéquatement, M. Couillard devra s'assurer de tenir un des seuls engagements environnementaux qu'il a pris : réussir la mise en place du marché du carbone, qui vise une réduction de 20 % de nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020.

2 - Le marché du carbone

Ce marché du carbone est un défi énergétique parce que 73 % de nos émissions viennent de l'énergie - essentiellement le pétrole du transport. Si cette initiative remarquable, lancée sous Jean Charest et mise en place sous Pauline Marois, devait dérailler, cela porterait une atteinte profonde à la crédibilité du gouvernement en développement « souhaité » durable. Trois éléments seront centraux : que la hausse du prix de l'essence soit acceptée, que des alternatives attrayantes soient disponibles et que les Québécois endossent les mécanismes de ce marché, notamment les transferts financiers possibles du Québec vers la Californie. Beaucoup de travail est à faire.

3 - L'électricité

Ce ne sont pas les surplus qui vont constituer un défi, mais plutôt la transformation d'un secteur qui gagnerait à être mieux intégré avec ses voisins. Concrètement, ce sont trois nouvelles lignes à haute tension qui sont en voie d'être approuvées aux États-Unis (New York, Vermont, New Hampshire). Chacune pourrait transporter l'équivalent de la production de La Romaine et vise une mise en service autour de 2018. Cette électricité québécoise a toute les chances de pouvoir être vendue à profit, notamment parce qu'elle contribue à réduire les émissions de GES et qu'elle aide à réduire la dépendance au gaz naturel et au nucléaire.

Le gouvernement québécois a cependant du leadership à démontrer pour faire reconnaitre les avantages de notre électricité hydraulique, mais aussi d'autres sources renouvelables. Par ailleurs, la nécessité d'augmenter le prix de l'électricité au Québec, pour les consommateurs résidentiels et commerciaux, reviendra sur la place publique. Tous ceux qui ont l'efficacité énergétique et la santé des finances publiques à coeur soutiendront cette hausse.

4 - Le gaz naturel

Le Parti libéral s'est engagé durant la campagne à rendre cette source d'énergie plus accessible, notamment sur la Côte-Nord. Mais il lui faudra aussi gérer la progression du transport de marchandises propulsé au gaz naturel, la possibilité d'exploiter le gaz de schiste et celle d'intégrer le biométhane dans le réseau de Gaz Métro. Des ajustements à la Régie de l'énergie seront nécessaires pour ce dernier dossier.

5 - La biomasse

Au-delà du biométhane, c'est toute la biomasse québécoise qui reste à mieux valoriser : granule pour le chauffage, éthanol provenant du bois ou des déchets, le potentiel du Québec est énorme. Le gouvernement devra savoir favoriser l'émergence de cette filière, bien dotée en ressources naturelles et entrepreneuriales, surtout pour dynamiser l'économie de plusieurs régions.

***

Si l'économie et l'emploi sont les priorités du gouvernement, cela devra passer par une plus grande cohérence énergétique, favorisant un meilleur usage de nos ressources. Et si vraiment Philippe Couillard veut nous rendre plus prospères, il n'oubliera pas de s'attaquer à l'aménagement du territoire, au bâtiment et au transport, pour rattraper le retard que nous avons pris dans ces secteurs, qui placent notre société parmi les plus énergivores de la planète.

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