L'imperfection parentale

J'ai bien commis quelques bêtises dans mon enfance, notamment tenter... (Photo Thinkstock)

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Mélanie Dugré

Avocate, elle collabore régulièrement à La Presse Débats.

J'ai bien commis quelques bêtises dans mon enfance, notamment tenter d'empoisonner la voisine d'en face en lui servant une soupe aux vers de terre. Si je n'ai jamais reçu de fessée pour mes bourdes, j'ai toutefois un vif souvenir de mon père qui me serrait le bras, quelques pouces au-dessus du coude, en augmentant graduellement la pression de son étreinte, jusqu'à me faire lever les yeux du sol et promettre de ne plus recommencer. Je ne crois pas pour autant avoir été victime de châtiment corporel et ces réprimandes sont devenues des clins d'oeil au passé entre mon père et moi.

Les techniques d'éducation ont beaucoup évolué au cours des dernières années, ramenant à l'agenda le sujet de la fessée. Le débat fait à nouveau rage en France en ce moment, alors que le Conseil de l'Europe vient de reprocher à la loi française de ne pas interdire ce châtiment corporel, comme c'est le cas dans 27 des 47 pays membres. Si 67% des Français affirment avoir déjà administré la fessée à leurs enfants, cette proportion chute à 35% chez les Québécois, en date de 2012, alors qu'elle était de 45% en 1999, selon un rapport de l'Institut de la statistique.

Au chapitre législatif, l'article 43 du Code criminel, entré en vigueur en 1892, prévoit que les parents et enseignants sont fondés à employer la force pour corriger un enfant, pourvu que la force ne dépasse pas la mesure raisonnable dans les circonstances. En 2004, la Cour suprême, dans un jugement partagé à six voix contre trois, a refusé d'invalider cet article, établissant toutefois certaines limites à la correction et réitérant le caractère raisonnable, critère abstrait et subjectif, s'il en est un, que doit revêtir la force utilisée.

Devant l'ardeur récente avec laquelle la Cour suprême passe la vadrouille dans la législation canadienne, on peut penser qu'une décennie plus tard, elle pourrait, et devrait, avoir une opinion fort différente sur la question. On sait en effet désormais que les corrections physiques, résultats d'un sentiment d'impuissance et d'exaspération du parent, créent de l'insécurité chez l'enfant, minent son estime de lui-même et augmentent le risque qu'il intègre la violence dans son mode de fonctionnement.

Vivement donc qu'on se débarrasse de cet article de loi archaïque et qu'on sensibilise les parents aux techniques de discipline constructives. Néanmoins, interdire les châtiments corporels est une chose, mais imposer un «guide du parent parfait» en est une autre. À ce chapitre, je plaide moi-même coupable pour occasionnellement adopter certains comportements parentaux qualifiés de «violents» par l'Institut de la statistique.

Il m'arrive en effet de hausser significativement le ton pour me faire entendre de mes petits singes hurleurs ou de leur balancer un juron bien senti pour leur exprimer ma colère. J'admets qu'il ne s'agit pas là de nobles méthodes d'éducation, mais je m'insurge contre l'idée qu'il faille évaluer la compétence parentale en fonction du nombre de décibels crachés ou de jurons prononcés.

Non seulement être parents exige des nerfs d'acier, lesquels nous font défaut certains jours, mais le message social qui nous est constamment transmis est que nous devons aujourd'hui «réussir» nos enfants, au même titre que notre grossesse, notre accouchement, notre carrière, notre couple et notre régime d'épargne retraite.

Certains principes élémentaires et droits fondamentaux des enfants doivent évidemment être respectés, mais le succès parental ne saurait être déterminé par un arbitraire standard de qualité. Alors que nos valeurs, mais aussi nos forces et faiblesses d'êtres humains, influencent notre façon d'éduquer nos enfants, la discrétion, la diversité et l'imperfection parentale méritent plutôt d'être célébrées.

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