La grande peur de l'Occident

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« Le premier ministre hongrois a défendu sa politique xénophobe en affirmant que les réfugiés menaçaient "les racines chrétiennes" de l'Europe », rappelle l'auteur.

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Le débat sur la crise des réfugiés prend un tour sordide. La photo du petit Syrien mort échoué sur une plage a bouleversé le monde. Mais, qu'on ne s'y trompe pas. Une grande partie de l'Occident a peur de ces réfugiés. Pour une raison bien simple : ils sont très majoritairement musulmans.

La marche des réfugiés syriens, irakiens ou libyens vers un monde meilleur n'est pas une nouveauté. Depuis la guerre criminelle menée contre l'Irak en 2003 par les États-Unis et la Grande-Bretagne, la calamiteuse intervention en Libye en 2011, la déstabilisation de la Syrie et la montée en puissance du groupe État islamique, tout le Moyen-Orient est plongé dans le chaos. Quelque dix millions de Syriens et d'Irakiens sont déplacés dans leur propre pays et des millions d'autres ont trouvé refuge au Liban, en Jordanie et en Turquie. Il était inévitable qu'un jour ou l'autre, quelques centaines de milliers cherchent leur salut en Europe ou en Amérique.

L'éruption soudaine de la crise des réfugiés en plein coeur de l'été a surpris. On ne l'aurait pas vu venir ? Rien de plus faux.

Comme l'écrit dans Le Monde de samedi dernier le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, cela fait des années que les pays européens ont été avertis « que leurs systèmes d'asile et d'immigration étaient inadaptés ». Au lieu de les réformer, l'Europe a laissé faire. Résultat : « le véritable problème n'est pas l'arrivée de réfugiés, mais la réponse désordonnée, presque hystérique, à cette situation », écrit le Commissaire. Dans certains pays où les demandes d'asile n'ont pas augmenté ou même ont chuté, on se barricade, on déploie l'armée pour fermer les frontières, on stigmatise les réfugiés.

Et cette réponse désordonnée et hystérique prend chaque jour un visage hideux. Ainsi, le premier ministre hongrois a-t-il défendu sa politique xénophobe en affirmant que les réfugiés menaçaient « les racines chrétiennes » de l'Europe.

En France, le maire de Roanne en a rajouté sur le même thème. Il s'est dit prêt à accueillir des réfugiés, mais seulement si on pouvait s'assurer qu'ils étaient des chrétiens et non des terroristes déguisés. L'État doit enquêter pour vérifier la confession des réfugiés. « Il suffit de leur poser deux ou trois questions sur le christianisme pour vérifier », a-t-il dit, oubliant sans doute que le terrorisme n'a pas de religion, comme en font foi les membres de l'IRA, en Irlande du Nord, de l'ETA, au Pays basque espagnol, ou des Brigades rouges en Italie, tous bons chrétiens, du moins baptisés, et vrais tueurs.

De ce côté-ci de l'Atlantique, le premier ministre Stephen Harper a aussi joué de cette musique sur un registre plus prudent, néanmoins plein de sous-entendus. « On doit connaître qui sont ces personnes, et nous nous engageons à protéger notre sécurité dans ce processus », a-t-il dit, histoire de rappeler aux électeurs d'où ces gens arrivaient. En fait, dit François Audet, de l'Observatoire sur les crises et l'aide humanitaire de l'UQAM, le Canada sélectionne depuis longtemps les Syriens chrétiens au détriment des musulmans.

Parmi tous ces bons chrétiens, l'une sauve l'honneur : la chancelière allemande, Angela Merkel. Son pays accueillera cette année 800 000 réfugiés et dépensera 15 milliards de dollars pour leur installation. Pour ouvrir les portes, elle a repoussé les arguments sur le christianisme et la sécurité, et a simplement invoqué notre commune humanité.

Aujourd'hui, le terrorisme est essentiellement l'arme de l'islamisme. Cependant, la haine de l'islam et des musulmans est une construction politique et intellectuelle relayée par des médias complices. Depuis 15 ans, l'opinion publique est conditionnée à voir dans l'islam le fondement idéologique de l'islamisme et dans chaque musulman un meurtrier en puissance.

Dès lors, la crise actuelle ne porte pas sur le nombre de réfugiés à accueillir, mais sur la volonté de le faire. À quelques exceptions, les Occidentaux ne l'ont pas, car ils ont peur. Le Christ en serait bouleversé.

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