La «menace» russe

Comme si la crise ukrainienne n'était pas suffisamment compliquée, le... (Photo Reuters)

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Jocelyn Coulon

Directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM de l'Université de Montréal

Comme si la crise ukrainienne n'était pas suffisamment compliquée, le secrétaire général de l'OTAN, des parlementaires britanniques et quelques experts jettent de l'huile sur le feu en traçant de la Russie une menace plus grande qu'elle ne l'est en réalité. Trente ans après la publication des brochures alarmistes du Pentagone sur la «menace» soviétique, les vieux réflexes de la guerre froide sont de retour.

Au début des années 80, l'administration de Ronald Reagan avait entrepris de justifier son programme de réarmement en publiant des rapports alarmistes sur la puissance militaire soviétique. Il se dégageait de ces publications un portrait effrayant de l'Union soviétique: ses soldats mesuraient au moins trois mètres et étaient équipés des technologies les plus modernes; leurs armes pouvaient tirer plus de balles à la seconde que le révolver de John Wayne; leurs usines produisaient des avions, des sous-marins, chars et des armes nucléaires comme de la saucisse. Cette propagande était obscène, mais ça marchait. Jusqu'à ce jour de décembre 1991 où l'URSS s'effondra comme un château de cartes dans un grand fracas de ferrailles rouillées.

Aujourd'hui, les appareils de propagande sont plus subtils. Depuis le début de la crise ukrainienne, ils distillent auprès d'experts, de commentateurs et de législateurs la plupart du temps ignorants des affaires militaires, quelques bribes d'informations dont la synthèse apparaît dans un rapport tendancieux publié par le Parlement britannique cette semaine.

Les députés ont examiné les forces en présence entre la Russie et l'OTAN. Pour faire bonne figure, ils ont consacré quelques lignes aux faiblesses de l'appareil militaire russe. Puis ils se sont rapidement étendus sur ses forces. Les Russes ont non seulement reconstitué leur défense, écrivent-ils, mais ont une maîtrise parfaite de la guerre asymétrique, celle qui conjugue l'usage de forces spéciales aux actions psychologiques et aux cyberattaques. À côté, l'OTAN est désarmée, selon eux. Leur conclusion coule de source: «À l'heure actuelle, l'OTAN n'est pas bien préparée à faire face à une menace russe contre un de ses États membres.»

La conclusion du rapport parlementaire britannique n'est pas une surprise. Elle s'ajoute aux éléments d'un discours véhiculé depuis quelques mois par des experts et qui tend à faire croire que l'Europe est désarmée, que l'Occident est faible et impuissant devant une Russie pétante de santé et agressive. Encore mercredi, dans les pages du Financial Times, le secrétaire général de l'OTAN, Anders Rasmussen, a tracé le même portrait. Pourtant, il y a un revers à cette médaille, et il est de taille.

Furtivement évoqué dans le rapport britannique, le complexe militaro-industriel russe a aussi ses grandes fragilités. Par exemple, il ne parvient pas à fabriquer de matériel militaire moderne, d'où la nécessité d'acheter des porte-hélicoptères français, et peine à offrir un entraînement de qualité à ses militaires, d'où le fabuleux contrat maintenant annulé avec les Allemands, et qui devait servir à construire un centre en Russie pour y former 30 000 soldats par an.

Quant aux faiblesses supposées des Occidentaux, donnons ici la parole à un homme qui s'y connaît, le général Philip Breedlove, commandant des forces américaines en Europe. Devant le Congrès, plus tôt cette année, il disait ceci: «Nos alliés européens possèdent les mêmes capacités ou presque que nous dans plusieurs domaines de la guerre interarmées, y compris pour ce qui est des opérations de chasse tactique, de la guerre navale de surface et des opérations spéciales. Nulle part ailleurs au monde n'existe-t-il un bassin comparable d'alliés prêts au combat, qui ont fait leurs preuves, et pouvant être déployés aux côtés des forces américaines.» En un mot, la Russie reste faible et l'Occident continue à dominer.




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