La mauvaise manière

L'homosexualité est fortement réprimée dans plusieurs pays africains... (Photo AFP)

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L'homosexualité est fortement réprimée dans plusieurs pays africains et musulmans.

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Jocelyn Coulon

L'auteur (j.coulon@umontreal.ca) est directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM de l'Université de Montréal. Il collabore régulièrement à nos pages Débats.

La promulgation cette semaine d'une loi très répressive envers les homosexuels en Ouganda a déclenché l'indignation en Occident. Elle rappelle aussi que la question sur les homosexuels est devenue depuis quelque temps un enjeu de politique internationale.

Avant de donner son feu vert à la nouvelle loi, le président ougandais a tergiversé jusqu'à la dernière minute. Il a subi des pressions énormes de la part des partisans comme des opposants à la loi. De Washington, Susan Rice, conseillère d'Obama, a conversé une bonne heure au téléphone avec le président pour le dissuader de signer. La Grande-Bretagne, le Danemark et la Suède ont menacé de suspendre leur aide si l'Ouganda passait à l'acte. À l'inverse, à peu près tous les secteurs de la société ougandaise et de nombreux gouvernements africains ont encouragé le président à signer.

Ce n'est pas la première fois que la question du respect des droits des homosexuels suscite des tensions entre l'Occident et une bonne partie de la planète. La dernière controverse a opposé la Russie et les Occidentaux au sujet de la loi russe réprimant la distribution d'information sur l'homosexualité aux mineurs.

L'affrontement sur la question homosexuelle s'explique par l'extension en Occident du domaine des droits de la personne et la façon dont ils sont promus, sinon «imposés», dans le monde. Il était inévitable que la reconnaissance des droits des homosexuels en Occident soit la première étape d'un combat qui se transporterait à toute la planète.

Plus d'ouverture, mais encore loin du but.

Aujourd'hui, un nombre grandissant de pays d'Europe, d'Océanie et d'Amérique latine reconnaît ces droits. L'ONU en a fait un cheval de bataille et, pour la première fois dans l'histoire des Casques bleus, une mission de paix, en Sierra Leone, a appuyé un séminaire de sensibilisation aux «droits des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres» dans ce pays. Au Canada, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a fait du respect des droits des homosexuels un élément de la politique internationale du pays.

Ces progrès ne doivent pas faire illusion. L'homosexualité est réprimée dans une bonne centaine de pays et parfois durement. Dans plusieurs États musulmans, la peine de mort est appliquée. En Afrique, des journaux publient des listes d'homosexuels et donnent ainsi le signal à une chasse à l'homme mortelle. C'est exactement ce qui arrive au Cameroun et en Ouganda. En Asie, le paysage est plus contrasté. Alors que l'Inde vient de renforcer sa législation anti-homosexuelle, la Chine s'est abstenue lors d'un vote sur une résolution de l'ONU protégeant les droits des homosexuels. Au Japon, à Taïwan et en Corée du Sud, des projets de lois reconnaissant ces droits sont à l'étude.

Plusieurs États rejettent la notion d'accorder des droits aux homosexuels et rappellent que même en Occident cette question suscite la controverse, comme en témoigne la violence des manifestations contre le mariage homosexuel en France. D'autres soulignent l'hypocrisie des Occidentaux qui critiquent les pays africains, mais restent silencieux face à des pays comme l'Arabie saoudite où les homosexuels sont exécutés.

Mais ce qui choque plusieurs pays, c'est la manière dont les Occidentaux s'y prennent pour faire avancer la cause homosexuelle. L'an dernier, en visite au Sénégal, Barack Obama a placé publiquement son hôte dans l'embarras lorsqu'il a appelé les Africains à respecter les droits des homosexuels. En Grande-Bretagne, le premier ministre David Cameron a officiellement lié l'aide au développement au respect des droits des homosexuels.

Ces discours et ces décisions laissent songeur. Est-ce vraiment la bonne façon de faire avancer une juste cause auprès de pays africains aux prises avec des problèmes politiques et sociaux colossaux? Le président sénégalais a donné une réponse, pleine de tact et de sagesse. Il a dit à Obama que son pays n'était pas homophobe, mais qu'il n'était pas prêt, socialement et culturellement, à dépénaliser l'homosexualité. Pas pour l'instant, a-t-il ajouté. La porte est donc ouverte. Cessons de menacer et de sermonner et agissons en toute discrétion. Avec le temps et la patience, ils y viendront.




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