Le jeu du législateur : vos réponses... et les miennes

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Gérard Bouchard

Historien et sociologue, l'auteur est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les imaginaires collectifs, il collabore régulièrement à La Presse Débats.

Dans mon texte du 4 avril, je proposais aux lecteurs et lectrices de se prêter à un test difficile destiné à situer leur niveau de tolérance face aux propos dénonçant les principales valeurs québécoises.

En d'autres mots: qu'est-ce que le législateur devrait permettre ou interdire? Je remercie vivement les 271 d'entre vous qui ont transmis des réponses. Voici comment elles se répartissent pour chacune des situations à traiter. À la fin de chaque ligne, on trouvera mes propres choix. La mention «Surv.» entre parenthèses signifie que dans certaines circonstances, l'État pourrait selon moi être autorisé à exercer une surveillance étroite.

Les réponses des lecteurs sont très intéressantes et elles mériteraient de longs commentaires; je dois m'en tenir à quatre.

Premièrement, d'importants éléments de consensus se dégagent de l'ensemble; ils révèlent un état d'esprit à dominante libérale, plutôt permissive. Deuxièmement, les désaccords importants se concentrent surtout sur les situations 3 à 5, là où ils étaient attendus. Ces questions sont complexes et il n'y a pas encore eu de vrai débat sur le sujet. Troisièmement, les réponses relatives à la situation 6 surprennent un peu, pour les raisons que j'énonce plus bas. Enfin, la part de l'indécision est remarquablement mince (1-2%).

Commentaire de mes réponses

On ne doit pas considérer mes choix comme les «bonnes» réponses. Je les présente uniquement à des fins de comparaison, pour nourrir la réflexion, ce qui était le but du test. Je considère aussi comme provisoires certaines de mes positions. J'autoriserais les dénonciations dans les situations 1 à 5 parce qu'elles relèvent de la liberté d'expression. En démocratie, le débat public est la condition qui permet aux lois et aux chartes d'évoluer pour s'adapter aux contextes changeants et mieux servir les citoyens.

J'interdirais les dénonciations dans les situations 8 à 10 étant donné que toute activité scolaire au sens propre tombe sous la responsabilité de l'État, ce qui lui confère un devoir de regard. En plus, sauf exception, l'État ne peut pas imposer au moyen de la charte un ensemble de valeurs et de droits et, en même temps, autoriser qu'ils soient combattus dans le système d'enseignement.

Enfin, aux échelons primaire et secondaire, on ne peut pas attendre de l'élève qu'il fasse preuve d'une maturité et d'un esprit critique suffisants pour bien apprécier tous les enjeux du débat. Par ailleurs, on peut légitimement lui imposer un enseignement conforme aux choix démocratiques effectués par la société et qui ont force de loi.

Je fais exception pour l'enseignement universitaire parce qu'à ce niveau, l'étudiant(e) est supposé(e) pouvoir faire des choix éclairés. Entre aussi en ligne de compte le principe de la liberté universitaire. Quant à l'échelon collégial, il me pose problème. Interdire, ici, supposerait que les étudiants n'ont pas la maturité nécessaire (ce qui est probablement le cas d'un certain nombre). Mais une telle mesure serait contradictoire car notre société reconnaît aux élèves des cégeps la capacité de voter. Sur ce point, donc: indécision. La réflexion continue...

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