PKP n'a pas changé

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« Malgré l'aura que PKP avait en affaires, aura qui l'a suivi en politique, il doit apprendre qu'il y a un monde de différence entre les deux », croit l'auteur.

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Gaétan Frigon

Président exécutif de Publipage, ex-PDG de la SAQ et de Loto-Québec, l'auteur collabore régulièrement à La Presse Débats.

Quand j'étais jeune, ma mère me rappelait souvent la nécessité de toujours bien réfléchir avant de parler. Je ne l'ai pas toujours écoutée, mais quand même assez pour savoir qu'elle avait raison. Quand je parlais avant de réfléchir, c'était habituellement pour dire des bêtises.

Ce qui m'amène à Pierre Karl Péladeau (PKP) que j'ai bien connu lorsque j'ai oeuvré chez Québecor en tant que premier vice-président, distribution, à la fin des années 80. J'avais mon bureau à côté du sien au siège social de l'entreprise. En principe, il n'avait pas de responsabilités particulières, ce qui signifie qu'il pouvait mettre son nez partout. Ce qu'il faisait d'ailleurs allègrement et, la plupart du temps, avec succès, même s'il ne ramassait pas toujours les pots cassés. Il pouvait entrer dans n'importe quelle division, ou filiale, et tout changer. Et, évidemment, personne n'osait le contredire, moi le premier. Ce n'était pas seulement parce qu'il s'appelait Péladeau, mais aussi à cause de l'autorité naturelle qu'il dégageait.

C'était l'époque des gros sabots, l'époque où les gens disaient en sourdine de PKP qu'il avait les défauts de son père sans en avoir les qualités, l'époque où son discours n'était pas toujours rassembleur. Malgré tout cela, il apparaissait évident que Pierre Karl était le successeur naturel de son père, qu'un jour viendrait avec le temps où les gens diraient de lui qu'il a changé au point d'avoir maintenant les qualités de son père sans en avoir les défauts.

Malheureusement, devant les controverses inutiles qu'il suscite durant la course à la direction du PQ avec ses commentaires à l'emporte-pièce, il semble bien que ce jour ne soit pas encore arrivé, même si l'avance qu'il a prise dans cette course semble le rendre invincible. Autrement dit, ce ne sont pas les autres candidats qui vont le battre, mais bien PKP qui va se battre lui-même s'il continue dans cette direction. Ce serait dommage parce que le PQ a besoin d'un PKP pour se faire botter le derrière et arrêter sa descente aux enfers.

Aujourd'hui encore, nombreux sont ceux, parmi ses adversaires, qui veulent démolir sa candidature en soulignant certains faits passés, notamment les nombreux lock-out que Québecor a initiés sous sa gouverne. Je suis cependant de ceux qui maintiennent que les lock-out en question étaient devenus inévitables compte tenu des positions syndicales trop rigides qui rendaient tout compromis impossible. Et, aujourd'hui, les résultats sont probants: Vidéotron est devenue un modèle de service à la clientèle alors que l'avenir du Journal de Montréal et celui du Journal de Québec sont assurés dans un contexte difficile pour tous les quotidiens de la planète. À ce niveau, il faut donner à PKP ce qui lui revient, même si sa façon d'agir est trop souvent conflictuelle.

Mais aujourd'hui, c'est le passage de PKP du monde des affaires au monde plus subtil de la politique qui est important. Et malgré l'aura que PKP avait en affaires, aura qui l'a suivi en politique, il doit apprendre qu'il y a un monde de différences entre les deux. Il lui faut laisser ses gros sabots et ses déclarations intempestives dans l'antichambre. Il se doit d'apprendre qu'en politique, la forme est aussi importante que le fond.

Nous vivons dans un monde où, la plupart du temps, la perception dépasse la réalité. Et si la perception envers PKP bascule à la suite d'une comédie d'erreurs de sa part, il va alors réaliser la difficulté de revenir en arrière une fois que la réalité aura pris le dessus.

S'il est élu chef du PQ, PKP aura un peu plus de trois ans pour démontrer qu'il peut être un pitbull tout en ayant un discours conséquent. Il ne pourra pas continuer à devoir continuellement s'excuser pour des commentaires erratiques ou malhabiles.

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