La faute à la testostérone du Parlement ?

Ce n'est pas parce qu'on partage près de... (Photo thinkstock)

Agrandir

Ce n'est pas parce qu'on partage près de 98 % de notre génétique avec les bonobos et les chimpanzés qu'on a le droit de se comporter comme des grands singes, écrit Boucar Diouf.

Photo thinkstock

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Boucar Diouf

Il est absolument surprenant de voir qu'après l'affaire Massimo Pacetti et Scott Andrews, qui a défrayé la chronique en 2014, une nouvelle sortie de la députée conservatrice Michelle Rempel relance le débat sur la présence de mâles bonobos sur la colline parlementaire à Ottawa.

Combien de temps faudra-t-il encore à certains homo sapiens pour réaliser que ce n'est pas parce qu'on partage près de 98 % de notre génétique avec les bonobos et les chimpanzés qu'on a le droit de se comporter comme des grands singes ?

Nous ne sommes pas des bonobos. Pour cause, la nature nous a pourvus d'un énorme cerveau qui représente 2 % de la masse de notre corps et consomme jusqu'à 20 % de notre énergie. Une puissante machine qui a réussi à s'affranchir partiellement du dictat des hormones, y compris de celui de la testostérone.

Nous ne sommes pas non plus simplement des automates qui obéissent à nos gènes, comme l'ont déjà laissé croire certains évolutionnistes. Dans notre gros cerveau, la nature a pris le temps de nous installer des neurones dits miroirs qui travaillent à brouiller la frontière émotionnelle entre nous et la personne en face. Ce câblage neuronal particulier nous permet de mieux comprendre la douleur de l'autre et de développer des comportements empathiques, bref, de ne pas entre autres se comporter comme une brute devant sa collègue juste parce qu'elle n'a pas de testicules.

Si j'évoque la testostérone dans ce texte, c'est parce qu'on entend souvent dire que la politique est un jeu réservé aux mâles dominants qui transpirent cette hormone. Pour les tenants de ce discours, je recommande l'édifiant bouquin intitulé Cerveau, sexe et pouvoir. Il s'agit d'un pertinent condensé dans lequel Catherine Vidal, spécialiste française des neurosciences, explique comment, dans sa construction, le cerveau humain incorpore toutes les influences de l'environnement, de la famille, de la société et de la culture. Une plasticité qui crédite à chacun de nous sa propre façon d'activer son cerveau et d'organiser sa pensée et ses comportements et par conséquent d'être imputable en tout temps.

La testostérone qu'on aime bien décrire comme l'hormone mâle par excellence a le dos très large.

La violence, l'agressivité, l'avidité sexuelle, la lutte pour le pouvoir, tout est dans la croyance populaire une histoire de testostérone. Il faut d'ailleurs rappeler à tous les adorateurs de cette molécule que pour être active dans le corps humain, une bonne partie de la testostérone doit être convertie en oestradiol, qui est une hormone dite femelle. Preuve que la nature a voulu la frontière entre les genres bien poreuse.

C'est pour cette raison que, très tôt dans le développement du foetus, l'appareil génital se forme à partir d'un tissu embryonnaire primitif capable de se transformer à la fois en ovaires ou en testicules. Nous descendons tous d'un androgyne foetal susceptible de se muter en fille ou en garçon selon que le chromosome «Y» est présent ou non. Ainsi, biologiquement parlant, on n'a pas le droit de considérer l'autre comme faisant partie du «sexe faible» tout simplement parce qu'elle n'a pas de testicules.

Tout laisse croire que Platon n'avait sans doute pas tort dans son banquet : nous descendrions, au départ, d'un être androgyne. Souvenons-nous que dans cette fable qui remonte à l'aube de l'humanité, Zeus dans une grande colère aurait décidé de séparer notre ancêtre androgyne en deux individus : un homme et une femme. Depuis cette époque, rongé par la nostalgie, chacun passe sa vie à chercher celui qui devait être son double dans le but de former un couple et retourner à sa fusion originelle.

Pour ceux qui refusent les principes fondamentaux de l'égalité racontés indirectement dans ce texte, il reste les lois, des chartes et des prisons pour réduire au silence le bonobo qu'ils nourrissent et font grossir et s'épanouir dans leur corps. Je parle des Marcel Aubut de ce monde, mais aussi de ces quelques Cro-Magnon de la colline parlementaire qui n'ont pas encore compris que le respect et la sensibilité font la grande différence entre aimer les femmes et aimer les femelles.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer