J'ai mal à ma bouffe

« Une tragédie orchestrée par l'industrie de la malbouffe... (photo Gary Tramontina, archives The New York Times)

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« Une tragédie orchestrée par l'industrie de la malbouffe se joue chez nos voisins », écrit notre collaborateur.

photo Gary Tramontina, archives The New York Times

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Boucar Diouf

Je voudrais vous raconter quelques impressions vécues pendant mon dernier voyage en famille aux États-Unis cet hiver. Et je ne parlerai pas du sens de l'accueil de leurs douaniers à l'aéroport !

D'ailleurs, suis-je le seul à penser que les douaniers américains sont particulièrement doués pour faire paniquer un voyageur ? Devant eux, même le moine bouddhiste le plus irréprochable finit par douter de son innocence. Le plus difficile est de rester impassible : le moindre signe de nervosité et c'est la palpation publique garantie. La dernière fois, une douanière m'a ausculté avec tellement d'insistance que ma blonde en a été jalouse. Peut-être, je m'étais dit, qu'elle faisait en même temps un stage en massothérapie. En vérité, on me fouille si souvent que je commence à me demander si je ne suis pas victime d'un profilage à cause mon accent gaspésien ! Mais trêve de sarcasme, voici mon histoire.

Pendant mon voyage, j'ai écouté abondamment à la télévision les politiciens parler de toutes sortes de sujets sauf du plus important problème qui menace sérieusement ce pays : les ravages causés par la malbouffe. Je ne parle pas ici du simple surpoids assez fréquent dans nos sociétés, mais surtout de toutes ces personnes qu'on y rencontre sur des fauteuils roulants ou sur des triporteurs, parce qu'incapables de déplacer leur propre corps.

Si ces gens devaient fuir à pied devant l'adversité, comme ces Syriens qu'on a vus avaler des centaines de kilomètres jusqu'aux portes de l'Europe, je me demande s'ils seraient capables d'en franchir deux sans s'écrouler.

Une tragédie orchestrée par l'industrie de la malbouffe se joue chez nos voisins. Et si la tendance se poursuit, trouver des Américains suffisamment en forme pour renouveler les effectifs de l'armée ou de la police, qui sont d'ailleurs déjà éprouvées, deviendra bientôt un casse-tête national.

De nombreux facteurs sont identifiés par les spécialistes dans le développement de l'obésité : la génétique, la contagion sociale, des bactéries de notre flore intestinale, la pollution et le manque de sommeil. Toutefois, aux États-Unis, les grosses portions demeurent l'ennemi à abattre. Mon fils de 8 ans a commandé une pizza dans le menu pour enfants d'un restaurant et il s'est retrouvé devant une assiette qui aurait rassasié quatre garçons de son âge.

C'est là le noeud du problème, dit Brian Wansink, éminent spécialiste des comportements alimentaires :  les grosses portions ont conditionné les Nord-Américains à se gaver. Il en a d'ailleurs fait la démonstration en invitant ses propres étudiants à déguster une savoureuse crème de tomate dans des bols dont certains étaient truqués ; ils étaient reliés à un réservoir qui comblait le déficit de soupe à mesure que l'invité, berné, en avalait. Le chercheur a alors réalisé que certains étudiants assis devant ces bols sans fond avaient mangé jusqu'à 73 % plus de soupe que le groupe contrôle. L'auteur conclut que lorsque vient le temps de manger, beaucoup de Nord-Américains se fient à leurs yeux plutôt qu'aux signaux physiologiques de satiété provenant de leur estomac.

Ce pays, comme bien d'autres, a besoin d'un président qui s'attaquera aux dérives des fabriques de malbouffe, qui semblent avoir le sombre dessein de gaver les plus vulnérables pour en faire des clients pour la vie, ou plutôt pour la mort. La prochaine grande guerre, les États-Unis devront la déclarer à la malbouffe, qui sert à ses enfants des piscines de boisson gazeuse et autres mixtures multisensorielles plus synthétiques qu'alimentaires. En fait, cette guerre aux mélanges de sucre, de sel et de gras devrait être mondiale, car les ravages sont devenus planétaires.

Au Canada, le sucre demeure encore nébuleusement et faussement indiqué sur bien des produits alimentaires qu'on donne à nos enfants. Pourquoi ? L'histoire nous le dira, car je parie que dans un avenir pas lointain, nous assisterons à de grands procès contre cette industrie semblables à ceux qui ont amené celle du tabac à reconnaître les problèmes de santé publique inhérents à ses pratiques autrefois opaques et assassines.

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