Au-delà du vivre ensemble

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« Il est faux de penser que s'intégrer dans une nouvelle culture se fait dans la passivité », estime l'auteur.

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Boucar Diouf

Cette année, les relations entre les parties patronale et syndicales semblent particulièrement tendues puisque les négociations se déroulent dans le contexte des politiques d'austérité et des compressions dans les services publics.

Il y a des termes qui, une fois inventés, deviennent des dogmes que les politiciens répètent. C'est le cas de ce vivre ensemble qui semble aujourd'hui être la chose la plus importante dans les sociétés multiculturelles. Pourtant, à mon avis, le vivre ensemble est un concept aussi creux que cette mondialisation des cultures à laquelle on essaye de nous faire croire.

Les économies se mondialisent, mais pour les cultures, on assiste majoritairement à une simple délocalisation. Il faut être utopiste pour ne pas réaliser aujourd'hui que les grandes villes occidentales sont des composites de petites nations virtuelles ou géographiques qui pratiquent souvent le vivre ensemble sans aucune conscience de ce qui se passe de l'autre côté des forteresses ethnoreligieuses qui leur servent de frontière.

Plus que la tolérance et le voisinage, il faut cultiver la complicité, qui est la seule voix vers un projet d'appartenance commune. Quand on tolère quelqu'un, c'est parce qu'il est juste à la limite de notre seuil d'énervement. Cette tolérance dans l'indifférence, que les biologistes appellent du commensalisme, est souvent la règle quand la phase d'apprivoisement mutuelle est bâclée. Chaque communauté, incluant les « de souche », fait alors son monologue dans son coin, et le gouvernement essaye de faire croire que le dialogue national est bien harmonieux.

Dans une société plurielle qui a de la vision, c'est la symbiose culturelle qui devrait être le but à atteindre.

Je vois une forêt interculturelle où, malgré des racines bien différentes, les fruits, les branches et les fleurs se mélangent, se touchent, s'embrassent et s'enlacent de façon inextricable dans les hauteurs.

Cet idéal nécessite un déplacement des uns vers les autres, car il est faux de penser que s'intégrer dans une nouvelle culture se fait dans la passivité. Elle demande une volonté de la part de celui qui arrive et des initiatives facilitatrices de celui qui reçoit. C'est avec ce mouvement bidirectionnel qu'on bouscule les représentations mutuelles et fait tomber les barrières, un peu comme le contact entre le doigt de l'extraterrestre, E.T., et celui du garçon, Elliott, avait changé la perception qu'on avait de ce visiteur venu d'une autre planète. Quand on invite quelqu'un dans un party où il ne connaît personne, il est important de le prendre par la main et de le présenter à ceux qui sont sur place, m'a dit un jour une enseignante de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Après, c'est à lui de faire le nécessaire pour passer une belle soirée.

L'approche de plus en plus clientéliste de l'immigration par les politiciens a ceci de dangereux : elle fait ressortir le pire des deux côtés. Quand le politique dégaine les mots xénophobie et intolérance en pointant toujours du même côté sans parler de balises ou de compromis, tout le monde se braque et les possibilités de rencontre s'amenuisent. Il est peut-être donc temps de proposer aux gens qui arrivent un véritable projet de vie interculturel plutôt que de les voir comme de simples alliés politiques à fidéliser. Si je faisais partie de cette forte proportion d'immigrants qui n'a que le chômage devant elle ou de ceux qui constituent 25 % de la clientèle des banques alimentaires à Montréal, je demanderais au gouvernement si la véritable inclusion ne passe pas par les bottines plus que par les babines. Sans travail, il n'y a pas d'intégration. Et quand on se positionne comme les garants de l'inclusion, tout en charcutant le financement des organismes d'accueil et d'intégration qui travaillent à améliorer l'employabilité des immigrants, la contradiction n'est pas loin.

Le vivre ensemble fraternel se construit avec tous ceux qui ont le coeur à la bonne place pour oser franchir les premiers remparts qui les séparent de l'autre, jeter un pont vers cette personne et en faire un allié culturel et identitaire. C'est de cette seule façon que nous pourrons rêver d'un succès là ou l'Europe a échoué.




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