Dans les nuages à l'abri du fisc

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« Nous sommes le 99 % », le slogan du mouvement Occupy Wall Street

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Boucar Diouf

Humoriste, conteur, biologiste et animateur, il collabore régulièrement à la section Débats.

J'ai écouté cette semaine le formidable documentaire sur l'évasion fiscale en deux épisodes présenté à RDI et intitulé Évasion fiscale : le prix à payer, et je dois avouer que même pour un analphabète de la finance, cela m'a permis de comprendre pourquoi le mot austérité est le plus populaire dans le langage politique d'aujourd'hui et que le néolibéralisme est devenu la grande mode. J'ai appris que le temps où la grande industrie payait sa juste part de taxes et d'impôts semble bien loin. J'ai compris que nous vivons désormais dans un monde où c'est le pouvoir économique qui télécommande le politique, et non l'inverse.

J'ai surtout compris pourquoi l'État providence est aujourd'hui critiqué et méprisé comme s'il était la source de tous nos maux. Quand les politiciens nous disent que notre panier de services est trop lourd, on devrait être nombreux à répondre que c'est normal parce que les plus forts ne veulent plus pousser. Flanqués des meilleurs avocats et fiscalistes de la planète, ces puissants amènent même les politiciens à permettre que soit présenté comme de l'efficacité fiscale ce qui est de l'évitement fiscal. Ainsi, bien avant iCloud, une certaine finance internationale savait faire voyager l'argent et les informations par la troposphère. Comme ses activités sont planétaires, les gigantesques profits qu'elle génère passent par-dessus nos têtes, pénètrent ce nuage et aboutissent dans les paradis fiscaux.

Les leaders politiques du monde se donneront bientôt rendez-vous à Paris pour trouver des solutions au réchauffement climatique. Les mêmes chefs d'État qui ne jurent que par la croissance économique parleront de tout sauf du noeud du problème. Si la Terre se réchauffe, c'est aussi en partie parce que la richesse y est concentrée entre les mains d'une minorité qui en veut toujours plus. Alors, pour soigner ce mal de terre, il faut une certaine redistribution de la richesse, mais surtout questionner le gigantisme industriel engendré par la mondialisation des économies. Chaque accord commercial international est une opportunité offerte à ces géants de venir manger le gagne-pain de ceux qui sont plus petits et rapatrier toutes ces richesses dans ce nuage où ils sont les seuls à avoir le mot de passe.

En plus de cette indispensable guerre aux paradis fiscaux, la survie de cette Terre passera par un grand virage vers la croissance inclusive et l'économie de proximité.

Il y a quelques mois, Oxfam nous apprenait que désormais, 1 % de ces gens les plus riches de la planète possèdent un peu plus de 50 % de toutes les richesses de la Terre. Une information qui confirmait les mêmes préoccupantes inégalités qui avaient inspiré le slogan du mouvement Occupy Wall Street : « Nous sommes le 99 % ! » L'élastique des inégalités entre ces richissimes et les damnés de la terre a atteint sa limite d'extensibilité et à moins d'un changement majeur, le toujours plus gros cramera la démocratie avant même de réchauffer la planète.

Combien de temps encore résisteront les murailles de protection des richissimes contre ces oubliés que la droite américaine, adepte du cannibalisme social et allergique à l'« Obamacare », propose de laisser crever plutôt que de payer un peu plus d'impôts ? Victimes du capitalisme sauvage, ces serfs des temps modernes s'attaqueront tôt ou tard à ce néo-féodalisme où financiers, oligarques et banquiers sont devenus les tout-puissants seigneurs qui vampirisent les plus vulnérables.

Entendons-nous bien, je ne suis pas contre l'enrichissement, je dis simplement que tout le monde doit payer sa juste part d'impôts pour garnir l'indispensable panier de services. Dans le cas contraire, une révolte planétaire semble imminente, car il faut un jour freiner l'avidité de ces profiteurs sans scrupule qui oublient parfois qu'à la fin, il ne leur restera plus que la maigre surface de terre suffisante pour les enterrer.

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