Médium ou saignant

« La consommation de viande est reconnue par la... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

« La consommation de viande est reconnue par la majorité des biologistes comme un facteur clé de l'évolution de l'espèce humaine », rappelle l'auteur.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Boucar Diouf

Humoriste, conteur, biologiste et animateur, il collabore régulièrement à la section Débats.

Un vieux proverbe nous enseigne que celui qui mange toujours quand il n'a pas faim creuse sa tombe avec ses dents. Aujourd'hui, les scientifiques nous exhibent tellement de dangers dans la nourriture que même manger quand on a faim semble devenu une façon de creuser sa tombe.

La viande rouge qu'on dit cancérigène est maintenant officiellement sur la sellette. Pourtant, chez nos ancêtres lointains, il y avait un végétarien par village et c'était le chasseur le plus incompétent, celui qui revenait à la maison avec des champignons. Ce que je veux signifier par ces exagérations, c'est que la consommation de viande est reconnue par la majorité des biologistes comme un facteur-clé de l'évolution de l'espèce humaine.

Quand j'étais étudiant, on nous racontait que l'intelligence était le propre des prédateurs et qu'il y avait un lien de cause à effet entre la chasse et le développement du gros cerveau humain, la fabrication d'outils et les aptitudes langagières de notre espèce. Aujourd'hui, même si cette théorie de l'omniprésence de la chasse comme facteur incontournable de l'évolution humaine a ses opposants, il est largement admis par les scientifiques qu'entre la viande et le tube digestif humain, la cohabitation remonte à la nuit des temps.

Cette confirmation du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) d'un soupçon qui était depuis 10 ans bien présent dans la littérature scientifique a résonné très fort. Le message est clair : en plus des charcuteries, il faut couper dans le steak, surtout quand il descend du barbecue. Heureusement, le choc est plus facile à encaisser en ces temps où le prix exorbitant de la bidoche a poussé bien des gens à une restriction forcée de sa consommation. Il suffit de se pencher sur le comptoir des viandes d'une épicerie pour réaliser à quel point en manger est devenu un luxe et que, bientôt, certains devront se mordre la langue pour se souvenir du goût de la viande. « Viande à chien que la viande est chère ! », ainsi dirait mon grand-père gaspésien.

Il faudrait d'ailleurs faire une grande étude au Canada pour nous expliquer clairement la logique économique en arrière de cette flambée des prix. À cause de sa mécanisation à l'extrême, les économistes aiment bien nous présenter l'agriculture d'aujourd'hui comme étant une activité de conversion du pétrole en aliments. Alors, ils devraient aussi nous expliquer pourquoi le prix de la viande est si élevé pendant que le baril de pétrole est à son minimum. Sommes-nous devant un mystère économique semblable à celui qui se cache derrière le prix de l'essence à la pompe, qui demeure insensible à la baisse du prix du pétrole ?

Mais je vais revenir sur le côté cancérigène de la viande rouge.

Quelle est la part exacte du mode de production dans ce problème révélé par l'OMS ?

L'élevage industriel et surtout la transformation sans limites des aliments nous amènent progressivement vers de gros problèmes de santé. 

Au-delà de la viande, une frange de l'industrie alimentaire s'est approprié la nourriture saine d'autrefois et y a ajouté plein de cochonneries dans le seul but de faire du profit. Et chaque fois que les scientifiques lèvent le drapeau rouge parce qu'ils ont découvert le pot aux roses, elle s'empresse de développer une ligne de produits « allégés » ou « sans » pour nous les vendre encore plus cher. Ainsi, les versions sans gras trans, sans sel, sans sucre ajouté, sans colorant, sans antibiotique, sans sodium, sans aspartame, coûtent souvent plus cher que leur équivalent régulier.

Cette industrie alimentaire est peut-être la seule à avoir réussi à monnayer l'absence de quelque chose. En matière d'arnaque, il faut avouer qu'on ne pouvait pas être plus inventif. Si la tendance se maintient, elle risque de vivre, dans le futur, des recours collectifs de l'ampleur de ceux qui frappent aujourd'hui l'industrie du tabac.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer