L'autre bilan de monsieur Harper

Boucar Diouf reproche au gouvernement conservateur ses compressions... (PHOTO THINKSTOCK)

Agrandir

Boucar Diouf reproche au gouvernement conservateur ses compressions incessantes dans le domaine de la recherche environnementale, notamment dans le Grand Nord.

PHOTO THINKSTOCK

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Boucar Diouf

Humoriste, conteur, biologiste et animateur, il collabore régulièrement à la section Débats.

Il y a quelques années, j'ai invité un ami qui travaillait en recherche au gouvernement fédéral à une émission de télévision et il a eu la mauvaise idée de glisser en ondes que les compressions de monsieur Harper causaient des dommages à la qualité de la recherche.

Quelques jours après la diffusion, il m'a rappelé pour me demander de lui trouver un enregistrement de l'émission, car ses patrons étaient en colère et lui avaient envoyé une lettre de réprimande lui demandant de fermer son clapet. Cet ami qui travaillait depuis si longtemps dans cette institution n'y est plus, et il a développé une grosse amertume pour le gouvernement conservateur de monsieur Harper.

Ça, c'est l'autre bilan de monsieur Harper. C'est un acharnement idéologique sur la science et les scientifiques qui a fait beaucoup de mal. L'autre bilan de monsieur Harper, ce sont des chercheurs fédéraux muselés par une mesure qui les forçait à transmettre toute demande de renseignements qui leur était adressée à un attaché de presse du gouvernement. C'est cette disposition de surveillance que mon ami avait oubliée devant les caméras.

Il faut lire Science, on coupe, du journaliste Chris Turner, pour réaliser à quel point monsieur Harper a fragilisé dans la recherche canadienne un savoir-faire qui ne reviendra peut-être plus jamais. Les spécialistes des contaminants chimiques, de leurs effets sur la biodiversité, de la protection de l'habitat et de la lutte contre les changements climatiques ont ainsi lourdement souffert de la méfiance parano des conservateurs envers la science. Pour monsieur Harper, les études d'impact des contaminants, incluant les hydrocarbures, sur les écosystèmes semblaient n'être rien de moins que des facteurs de ralentissement économique qu'il fallait étouffer.

L'autre bilan des conservateurs, c'est une longue liste d'institutions de recherche autrefois précieuses qui sont aujourd'hui agonisantes ou mortes. Ainsi, en plus d'avoir massacré la recherche en écotoxicologie au ministère des Pêches et des Océans (MPO), les conservateurs ont poussé le mépris jusqu'à ordonner la destruction d'ouvrages scientifiques et la fermeture de sept des onze bibliothèques qu'utilisaient les scientifiques dans ce ministère. La même façon de faire a ébranlé bien d'autres domaines de recherche à Environnement Canada, à Santé Canada, à Parcs Canada, à Statistique Canada, etc.

L'autre bilan de monsieur Harper, c'est la disparition du programme des 58 lacs expérimentaux (RLE) du Nord-Ouest ontarien, qui, depuis un demi-siècle, permettait entre autres aux scientifiques un monitorage de l'effet des contaminants sur les écosystèmes aquatiques. C'est à des découvertes pertinentes faites dans ces lacs qu'on doit en grande partie la signature du traité canado-américain sur les pluies acides en 1991. L'autre bilan de monsieur Harper, c'est la fermeture programmée du Laboratoire de recherche atmosphérique en environnement polaire (PEARL) sur l'île d'Ellesmere, qui est un centre d'expertise majeure sur les changements climatiques et l'étude de l'ozone stratosphérique. L'autre bilan de monsieur Harper, c'est la fermeture programmée du Laboratoire d'expertise pour l'analyse chimique aquatique (LEACA), à Sainte-Flavie, et des stations de lutte contre les déversements de pétroles en Colombie-Britannique. 

Même l'Amundsen, ce navire amiral de la recherche canadienne sur les changements climatiques, a vu son budget de fonctionnement fondre comme neige au soleil sous monsieur Harper.

L'autre bilan de monsieur Harper, c'est une décennie d'agressions idéologiques contre toutes les disciplines auxquelles il reprochait probablement de se dresser entre l'industrie et l'environnement. C'est une honteuse et rétrograde façon de faire, qui a amené, en octobre 2014, quelque 815 scientifiques de 32 pays à le critiquer ouvertement pour son ingérence manifeste dans la liberté scientifique et la marginalisation de la recherche fondamentale.

J'espère que le gouvernement de monsieur Trudeau redonnera à la recherche scientifique ses lettres de noblesse et aux fonctionnaires et experts fédéraux un nouvel élan de motivation.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer