A Wrinkle in Time: Disney à l'ère de Trump et de la diversité

(Los Angeles) À première vue, A Wrinkle in Time ressemble à la plupart des films de Disney destinés aux jeunes : une héroïne ou un héros auquel ils peuvent s'identifier, une épreuve à surmonter, un peu de magie, et une fin heureuse qui arrachera sans doute une larme ou deux au spectateur.

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La réalisatrice Ava DuVernay

PHOto Mario Anzuoni, archives Reuters

La réalisatrice d'A Wrinkle in Time, Ava DuVernay,... (Photo fournie par Disney) - image 1.1

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La réalisatrice d'A Wrinkle in Time, Ava DuVernay, et la jeune actrice Storm Reid

Photo fournie par Disney

Pourtant, A Wrinkle in Time est fort différent. D'abord, il porte la touche d'Ava DuVernay. Dès le départ, la réalisatrice de Selma a été très claire : le personnage principal serait interprété par une jeune actrice de couleur et il y aurait une grande place faite à la diversité. 

« Cette volonté a toujours été là, et de ma part aussi, confirme en entrevue la productrice du film, Catherine Hand. Dans les années 70, j'ai assisté à une rencontre de bibliothécaires et la personne assise à côté de moi m'a dit : "Si vous faites A Wrinkle in Time un jour, assurez-vous qu'il y ait des gens de couleur, car c'est important pour les jeunes de savoir que, dans l'espace, il y a des gens qui leur ressemblent." Je m'en suis toujours souvenue. »

Des modèles positifs

Pour la réalisatrice Ava DuVernay, il est clair que ce film est une source de fierté et d'affirmation. Elle le clame régulièrement sur Twitter, où elle est très active. Il faut dire que c'est la première fois dans l'histoire d'Hollywood qu'une femme noire se voit confier un budget aussi important (un peu plus de 100 millions US) pour réaliser un film de fantasy, un genre habituellement réservé aux hommes. Et la réalisatrice s'en est donné à coeur joie : tournage dans les grands espaces de la Nouvelle-Zélande, orgie d'effets spéciaux. « C'était très différent du tournage de Selma, a rappelé Oprah Winfrey, alors qu'il fallait puiser à même nos épargnes pour pouvoir terminer le film. »

A Wrinkle in Time s'avère également un formidable outil pour rejoindre les jeunes filles noires et leur redonner du pouvoir. Aux États-Unis, de nombreuses associations qui travaillent auprès de ces jeunes se cotisent afin que le plus grand nombre possible puisse voir le film.

« Meg est une guerrière. Quand avez-vous vu une jeune fille noire sauver l'univers au cinéma ? », a lancé Ava DuVernay, en conférence de presse.

Outre le personnage de Meg (interprété par Storm Reid), qui est issu d'une union interraciale (sa mère dans le film est noire), il y a aussi le petit frère d'adoption Charles Wallace (adorable et surprenant Deric McCabe), qui a la peau brune. Et c'est sans compter Oprah Winfrey et Mindy Kaling qui, avec Reese Witherspoon, interprètent les personnages célestes qui aideront les enfants dans leur quête.

« J'adorais les films de fantasy et de science-fiction quand j'étais jeune, a confié Mindy Kaling lors de la conférence de presse. Je n'y ai jamais vu de femmes indiennes, de filles à la peau brune. Le fait de participer à ce film devant un écran vert équipée de harnais était tellement amusant. Je me suis sentie enfin accueillie à bras ouverts dans quelque chose qui m'avait ignorée complètement jusqu'ici. »

Un film de femmes

Autre signe distinctif d'A Wrinkle in Time : de la productrice à la réalisatrice en passant par la scénariste et jusqu'à la plupart des rôles principaux, il s'agit indéniablement d'un film de femmes. Les acteurs masculins présents dimanche se disaient ravis de pouvoir jouer dans un projet aussi en phase avec son époque.

« Je suis très fier d'avoir participé à ce film, a déclaré, ému, l'acteur Zach Galifianakis qui interprète le Happy Medium, un personnage fantaisiste du film. C'est important pour un jeune garçon de voir ce film, de voir qu'un garçon peut faire preuve de sensibilité. Dans le climat actuel, les jeunes hommes qui se montrent sensibles sont ridiculisés. J'aimerais qu'on puisse changer cela. Nous avons besoin d'équilibre, il est temps qu'il y ait un équilibre. »

Des propos endossés par l'interprète de Calvin, le jeune acteur australien Levi Miller, 15 ans, qui estime pour sa part qu'il faut en finir avec la masculinité toxique qui prévaut dans notre société.

A Wrinkle in Time propose donc des personnages qui s'éloignent des stéréotypes habituels. Meg, par exemple, est forte en maths et possède un esprit scientifique. Comme bien des ados de son âge, elle est mal dans sa peau et se trouve moche. Pourtant, c'est elle qu'aime le populaire Calvin qui lui répète à plusieurs reprises à quel point il aime ses cheveux (un compliment qui prend une autre connotation puisque la jeune fille a une chevelure crépue).

On sent encore là de la part des auteurs du film une réelle volonté de livrer un message positif aux jeunes Noires). Calvin suivra Meg et son petit frère dans leur périple pour retrouver leur père (Chris Pine), un astrophysicien qui a poussé ses expériences un peu trop loin. Il se trouve prisonnier d'une force maléfique, « la chose noire », sur une planète éloignée que les trois jeunes rejoindront à la suite de plusieurs péripéties. Mais contrairement au scénario classique, Calvin ne prendra pas les choses en main. L'aîné du trio ne deviendra pas le chef naturel de la bande. Il s'abandonnera plutôt au leadership de Meg.

Personnage secondaire, la maman de Meg (Gugu Mbatha-Raw) est quant à elle dépeinte non pas comme la mère traditionnelle, mais comme une scientifique de haut niveau, l'égale du père, qui assume seule l'éducation de ses enfants depuis la disparition de son conjoint. Du Disney féministe ? Pourquoi pas. Quant aux trois personnages célestes, elles incarnent trois images de femmes qui ne sont pas formatées physiquement. Pas de doute, DuVernay, qui revendique régulièrement son statut de femme réalisatrice noire, a relevé le pari de la diversité haut la main. Tous les acteurs présents à la conférence de presse n'avaient d'ailleurs que de bons mots à l'endroit de la cinéaste, qui est assurément la coqueluche de l'heure à Hollywood (le même soir, elle acceptait le prix de la meilleure série dramatique remis par l'American Black Film pour sa série Queen Sugar diffusée sur la chaîne d'Oprah, OWN).

A Wrinkle in Time prendra l'affiche la semaine prochaine, quelques jours après la cérémonie des Oscars, la première de l'ère post-Weinstein. Qui aurait pu prévoir, lorsque la production du film a débuté en 2016, que le film serait présenté à ce moment-ci de l'histoire, alors que les pressions s'accentuent sur Hollywood pour que l'industrie du cinéma inclue davantage de femmes et de gens issus de la diversité ? Et que dire du message sous-jacent du film, qu'il faut avoir espoir même durant les périodes sombres ? Quand même à propos... Quant à ceux et celles qui verront un lien entre l'actuel président des États-Unis et la chose noire maléfique du film, nous rappelons que toute ressemblance avec des personnages réels est « prétendument » fortuite...

Réaliser un rêve d'enfant

L'adaptation d'A Wrinkle in Time, un classique de la littérature jeunesse anglo-saxonne qui a remporté plusieurs prix littéraires au fil des ans, est une histoire en soi. Best-seller dans les années 60, le roman de fantasy de Madeleine L'Engle raconte l'histoire de Margaret, ou Meg, une ado mal dans sa peau qui part avec ses frères à la recherche de leur père, un scientifique passionné, disparu dans une autre dimension. À l'époque, le livre, que bien des Américains ont lu à l'école, avait complètement séduit la productrice du film, Catherine Hand, qui l'a lu à l'âge de 10 ans. Convaincue qu'il fallait absolument faire un film de ce roman qui s'adresse à l'intelligence des jeunes - et qui insiste sur l'importance de s'accepter et de trouver sa place dans l'univers -, la petite Catherine avait écrit à Walt Disney personnellement pour le convaincre. C'était il y a... 50 ans.

Il faut croire que, comme la jeune Meg, Catherine Hand était une enfant déterminée. « Quand Disney est mort, j'étais tellement déçue, confie-t-elle en entrevue avec La Presse. C'était le seul que je connaissais qui faisait des films pour enfants. Alors, je me suis dit que j'allais devoir faire le film moi-même. »

Devenue adulte, la jeune femme a obtenu le feu vert de ses patrons pour acheter les droits du roman, ce qui lui a permis de rencontrer l'auteure. « Il y a eu une réelle connexion, Madeleine et moi, lorsque nous nous sommes rencontrées, raconte Catherine Hand. Des centaines de personnes avaient essayé d'acheter les droits d'A Wrinkle in Time auparavant, mais six mois après notre lunch, elle m'a annoncé que c'était moi qui les aurais. Le temps a passé, le film ne s'est pas fait, mais Madeleine et moi avions développé une vraie relation et elle m'a dit : "Prends le temps de monter ton projet, je ne les vendrai pas tant que tu ne seras pas productrice du film." »

A Wrinkle in Time (Un raccourci dans le temps en version française) prendra l'affiche le 9 mars.

Les frais de ce reportage ont été payés par Disney




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