Fanny Ardant: la grâce de l'instinct

Dans le nouveau film de Nadir Moknèche, Fanny Ardant incarne une femme qu'un... (Photo Urs Flueeler, archives AP)

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Photo Urs Flueeler, archives AP

(PARIS) Dans le nouveau film de Nadir Moknèche, Fanny Ardant incarne une femme qu'un fils retrouve après 25 ans d'absence, sans au départ se douter qu'en fait, cette femme est son père. Pour l'actrice, ce rôle était très attirant.

Elle entre dans la pièce et tout s'éclaire d'un coup. Le sourire est engageant, la poignée de main est sincère et le regard est franc. Fanny Ardant, tenue chic et classique alliant rétro et post-modernisme, ne joue pas le jeu du service après-vente. Elle est là, entière, curieuse de toutes les rencontres, y compris avec les journalistes.

On doit d'ailleurs à cette curiosité son intérêt envers un scénario écrit par un cinéaste qu'elle ne connaissait pas. Sa rencontre avec Nadir Moknèche (Goodbye Morocco) dans un café a scellé le sort de Lola Pater.

«J'ai tout de suite aimé Nadir, explique l'actrice. Je me suis remise entre ses mains, d'autant qu'il connaissait bien le sujet. Finalement, je ne suis pas du tout une actrice professionnelle, dans le sens que j'aime les êtres pour tout ce qu'ils apportent, et je m'en nourris. On m'a souvent demandé si le fait d'incarner une femme ayant déjà été un homme constituait un défi particulier, mais je ne vois pas du tout les choses comme ça. Tout appartient à l'être humain!»

Une histoire père et fils avant tout

Au-delà de la nature transgenre du personnage, le coeur du récit de Lola Pater repose principalement sur une relation entre un père et son fils. Le cinéaste a puisé dans son histoire personnelle - il a perdu son père dans un accident à l'âge de 3 ans - pour écrire un scénario dans lequel un fils devenu adulte retrace un père dont l'image ne correspond plus du tout à celle qu'il avait en mémoire. Précisons que le jeune homme est incarné par Tewfik Jallab, vedette avec Karine Vanasse de Malek, le prochain film de Guy Édoin.

«Le plus étrange, en fait, a été de tenir compte du passé masculin du personnage, particulièrement son rôle de figure paternelle, fait remarquer Fanny Ardant. Étant mère de trois filles dans la vie, il y a des choses que je ne ferais jamais, comme, par exemple, donner une claque quand le fils lui parle mal. Mais que ferais-je si jamais l'une de mes filles me sortait de sa vie? Dans l'histoire du film, l'enjeu est plus énorme, bien sûr, car le fils ne s'attend pas du tout à ce que cet homme, qu'il n'a pas vu depuis si longtemps, ait changé de sexe. Lola est une femme qui a tout voulu. Et je dis: pourquoi pas? J'aime son insolence, sa liberté, sa fragilité aussi. Ce personnage est très riche.»

À l'instinct

Fanny Ardant a abordé le personnage de Lola comme elle le fait avec tous les autres: à l'instinct. Elle aime se mettre au service d'un metteur en scène, n'hésite pas à essayer plein de choses, se révèle «docile» sur un plateau.

Dans le nouveau film de Nadir Moknèche, Fanny... (Photo fournie par Axia Films) - image 2.0

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Photo fournie par Axia Films

«Je ne me suis jamais documentée sur les rôles que je joue, dit-elle. C'est comme ça. Quand j'ai joué Maria Callas, je n'ai pas eu envie de me faire une idée sur elle à travers les biographies de X, Y ou Z. En revanche, j'ai voulu entendre sa voix, écouter ses disques. Pour Lola, Nadir m'a présenté un cahier dans lequel il y avait plusieurs photos, des femmes qui n'ont rien à voir avec l'image de panthère du Bengale qu'on prête parfois aux hommes qui deviennent femmes. Ce qui m'excitait le plus était de savoir qu'il était possible pour nous tous de filer en douce. Je ne sais trop comment l'expliquer, mais il se dégage une belle douceur de ce film.»

De singulière façon

Venue du théâtre, Fanny Ardant a été révélée au monde il y a plus de 35 ans grâce à La femme d'à côté, l'avant-dernier film de François Truffaut, de qui elle fut la dernière compagne. Depuis, l'actrice a mené sa carrière à sa façon, très singulière, sans ne jamais rien prévoir ni calculer.

«On ne sait pas pourquoi on choisit ce métier. En tout cas, moi, je ne saurais vous dire. C'est plus fort que vous. J'ai toujours pensé que ce qui est beau doit être partagé. Je me souviens qu'adolescente, je réveillais ma soeur pour lui lire des passages d'un texte parce que je me disais que si je le lisais seulement pour moi, à voix basse, ce texte ne pouvait pas exister. Tant qu'il y aura cette chose passionnante, sacrée, excitante, je continuerai à faire ce métier.»

Un souvenir heureux

Ayant aussi à son actif trois longs métrages à titre de réalisatrice (le plus récent est Le divan de Staline avec Gérard Depardieu), Fanny Ardant fait une distinction très nette entre les deux métiers.

«Très jeune, déjà, je disais à l'intérieur de moi: faites de moi ce que vous voudrez. J'étais de nature obsessionnelle et j'ai eu la chance d'être vue par des gens qui pouvaient me distraire de l'obsession. Donc, ce sont deux choses complètement différentes pour moi. Le souvenir que je garde d'un tournage correspond au moment de ma vie où je l'ai fait. Si j'ai été heureuse, on ne peut pas m'enlever ce plaisir, peu importe la carrière qu'aura le film ensuite. Avec Nadir, avec aussi tous mes partenaires, particulièrement Tewfik - j'aurais aimé avoir un fils comme lui -, je peux dire que Lola Pater m'a rendue heureuse.»

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Lola Pater prendra l'affiche le 9 février. Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.

Fanny Ardant et Gérard Depardieu dans La femme... (Photo fournie par MK2 Diffusion) - image 3.0

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Fanny Ardant et Gérard Depardieu dans La femme d'à côté, de François Truffaut

Photo fournie par MK2 Diffusion

Fanny Ardant en cinq films

La femme d'à côté (1981), François Truffaut

Les cinéphiles du monde entier ont découvert la nouvelle muse de François Truffaut grâce à ce film incandescent, où Fanny Ardant et Gérard Depardieu brûlent d'un amour sans issue. L'actrice fut aussi de Vivement dimanche!, le tout dernier film de celui dont elle fut la dernière compagne. Les deux films qu'elle a tournés avec Truffaut lui vaudront des sélections aux Césars dans la catégorie de la meilleure actrice.

Mélo (1986), Alain Resnais

Autour du trio que forment Pierre Arditi, Sabine Azéma et André Dussollier, Fanny Ardant tire son épingle du jeu dans cette adaptation cinématographique d'une pièce d'Henri Bernstein, dont Alain Resnais revendique l'aspect vieillot et théâtral.

Pédale douce (1996), Gabriel Aghion

Reconnue pour ses qualités de tragédienne, Fanny Ardant se distingue dans cette comédie populaire qui attire plus de 4 millions de spectateurs en France. Elle obtient le César de la meilleure actrice grâce à son personnage de restauratrice dont la clientèle est essentiellement constituée d'hommes gais.

8 Femmes (2002), François Ozon

Dans ce thriller où tous les rôles féminins sont magnifiés, Fanny Ardant joue à fond la carte de la vamp, devant qui tout le monde succombe. Sa composition lui vaut une quatrième sélection aux César dans la catégorie de la meilleure actrice.

Les beaux jours (2013), Marion Vernoux

En incarnant une femme qui, de façon complètement inattendue, tombe amoureuse d'un homme plus jeune, Fanny Ardant trouve ici l'un de ses plus beaux rôles. D'allure décontractée, portant des jeans et arborant une longue chevelure blonde, l'actrice se glisse dans la peau d'une jeune sexagénaire, libre d'esprit, dans un film où la question de la fidélité est abordée de façon sensible et mature. Autre sélection aux Césars.




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