Robin Campillo: si loin, si proche...

Une scène de 120 battements par minute... (Photo fournie par Mémento Films)

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Une scène de 120 battements par minute

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(TORONTO) Lui-même militant au sein de l'organisation Act Up Paris au cours des années 90, le cinéaste Robin Campillo a frappé un grand coup au Festival de Cannes en ramenant l'époque de la crise du sida au premier plan, survenue à une époque où l'action sociale se vivait pourtant de façon très différente.

Le titre du film de Robin Campillo évoque la house music, un courant musical très en vogue au cours des années 90, à travers lequel s'exprimaient à la fois la fête et l'inquiétude. 120 battements par minute ramène le spectateur 25 ans en arrière, à une époque où la crise du sida était à son apogée, tout comme, trop souvent, les préjugés qui étaient liés à la maladie.

Au cours d'un entretien accordé à La Presse dans le cadre du festival de Toronto, le cinéaste se disait aussi ravi qu'étonné de la résonance de son film depuis sa présentation au Festival de Cannes, où il a obtenu le Grand Prix, soit le deuxième prix en importance après la Palme d'or.

«En fait, j'ai été surpris dès l'étape de la recherche de financement», explique celui qui, en plus d'avoir coscénarisé plusieurs des films de Laurent Cantet (Vers le sud, Entre les murs), s'est aussi illustré à titre de cinéaste, notamment grâce à Eastern Boys, en lice pour le César du meilleur film et de la meilleure réalisation il y a deux ans.

«À toutes les portes où nous sommes allés frapper, le projet a été accueilli avec enthousiasme», ajoute-t-il.

«C'est comme si nous avions ouvert une petite boîte à musique dont les gens se rappellent la mélodie. On sentait un désir très fort de faire exister ce film.»

Cette mélodie est celle du militantisme, tel qu'il se pratiquait à une époque où les médias sociaux, et le réseautage qui en découle, n'existaient pas. Le récit de 120 battements par minute se concentre ainsi sur les actions d'Act Up, un groupe bien résolu à secouer l'indifférence des instances politiques face à la crise du sida en organisant des coups spectaculaires, destinés à attirer l'attention des médias, principalement la télévision.

«Nous sommes aujourd'hui dans une rupture politique très grande par rapport à cette époque, indique le cinéaste. Voilà peut-être ce qui explique le succès du film. En France, des gens se rappellent l'époque d'Act Up comme le dernier moment de véritable liberté politique. Depuis, tous les mouvements militants ont eu une vie éphémère, car nous sommes enlisés dans un véritable marasme. Nous sommes maintenant confrontés à des problèmes internationaux très graves, face auxquels nous sommes complètement impuissants. Dans ce contexte, il devient difficile d'avoir une vision très juste des choses.»

L'ordre des choses

Robin Campillo estime que cette impuissance vient désormais tuer dans l'oeuf toute mobilisation significative. Selon lui, l'image personnelle des politiciens a pris une telle importance dans notre monde hyper médiatisé que le souci de la communication a tué la politique.

«Je m'interroge beaucoup sur la possibilité de changer l'ordre des choses, concède-t-il. La crise du sida était un enjeu très spécifique. Il était relativement simple de faire pression sur les gouvernements, car la maladie touchait notamment la communauté des homosexuels, qui, déjà bien organisée, avait la possibilité de se lancer dans l'action militante. Aujourd'hui, les groupes les plus pauvres - les migrants, entre autres - sont les plus atteints, mais ils n'ont pas les ressources pour se constituer comme sujet politique. Quand ils protestent, ça ne peut pratiquement pas faire autrement que de virer mal.»

Le vent de conservatisme qui a soufflé sur la France au moment du débat sur le «mariage pour tous» a bien entendu atteint le cinéaste, lui-même marié et père d'une fillette avec son conjoint.

«J'ai l'impression qu'on retrouve nos sens un petit peu, fait-il remarquer. Les militants anti-mariage pour tous sont allés tellement loin, en usurpant bien souvent de façon dégueulasse la religion catholique, qu'on assiste maintenant à un retour du balancier. L'accueil qu'a reçu mon film en France est aussi, je crois, une réaction à tout le discours homophobe qu'on a entendu pendant ce débat.»

«En évoquant notre combat à l'époque de la crise du sida, nous avons libéré une parole, car les arguments sont les mêmes.»

Selon son auteur, 120 battements par minute n'a pas été conçu dans un souci d'universalité, mais il a visiblement su toucher une corde sensible auprès de tous les publics en rappelant la pertinence de s'impliquer sur le plan social.

«Soyons honnêtes, dit le cinéaste. Je ne suis plus du tout en colère comme je l'étais il y a 25 ans, mais j'ai le sentiment que ma fibre militante peut encore resurgir très vite. Il suffit simplement de venir m'agacer sur un truc et je pars au quart de tour. Je ne suis sans doute pas le seul dans ce cas.»

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120 battements par minute prendra l'affiche le 13 octobre.




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