Charlotte Le Bon: de tout son être

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(LOS ANGELES) Dans The Promise, un film à caractère historique de Terry George, Charlotte Le Bon se retrouve sentimentalement coincée entre Christian Bale et Oscar Isaac alors que l'horreur du génocide arménien ne devient que trop réelle. Conversation avec une actrice qui refuse l'état de dépendance.

Elle séjourne dans la Cité des anges depuis plus d'un mois, mais nous n'en connaîtrons pas vraiment la raison. De nouveaux projets américains se dessinent sans doute pour Charlotte Le Bon, mais l'actrice ne peut encore rien en dire. En revanche, il suffit de jeter un coup d'oeil sur sa filmographie pour constater que les choses se sont produites pour elle à une vitesse quasi supersonique.

Depuis le «test» (c'est son expression) qu'elle a fait il y a cinq ans sur le plateau d'Astérix & Obélix au service de Sa Majesté, alors qu'elle ne savait même pas si elle était mue par un vrai désir d'actrice, la jeune femme a tourné plusieurs longs métrages en France, mais elle a aussi prêté son talent à des films américains, réalisés par des pointures. Dans cette liste figurent notamment Lasse Hallström (The Hundred-Foot Journey, production de Steven Spielberg et Oprah Winfrey) et Robert Zemeckis (The Walk). Aujourd'hui, la plus internationale des actrices québécoises se trouve à tenir le premier rôle féminin de The Promise, un film ambitieux, réalisé par le cinéaste nord-irlandais Terry George (Hotel Rwanda).

«Je sais bien que dans les faits, cinq ans, ce n'est pas si loin, fait-elle remarquer au cours d'un entretien accordé à La Presse. Mais il s'est passé tellement de trucs que j'ai l'impression que 10 années ont passé.»

«Je ne sais pas si la différence entre celle que j'étais et celle que je suis aujourd'hui est due à la carrière ou à la vie, tout simplement.»

Le droit de s'assumer

Dans la catégorie «la vie», il y a eu, entre autres choses, le passage à la trentaine l'an dernier. Cette étape a visiblement compté aux yeux de l'actrice, sur tous les plans.

«Cela est sans doute complètement dans ma tête, mais j'ai vraiment eu l'impression, à 30 ans, que j'avais maintenant le droit de prendre davantage la parole. C'est comme si j'étais plus légitimée de le faire. Comme si je pouvais me donner le droit de m'assumer dans tout ce que je suis.»

Elle se sait née sous une bonne étoile. D'ailleurs, elle estime que la chance dont elle a bénéficié a constitué un facteur très important dans son parcours. Elle cite en guise d'exemple ce coup de fil impromptu qu'elle a reçu alors qu'elle effectuait un road trip en Islande.

Charlotte Le Bon dans The Promise, un film... (Photo fournie par Films Séville) - image 2.0

Agrandir

Charlotte Le Bon dans The Promise, un film de Terry George.

Photo fournie par Films Séville

«Mon agent français m'a alors annoncé que Terry George pensait à moi pour son nouveau film et qu'il voulait qu'on fasse un Skype ensemble. Je l'ai fait directement d'Islande. Une semaine plus tard, je me suis retrouvée à New York pour faire des essais avec Oscar Isaac, histoire de voir si la chimie entre nous deux était bonne à l'écran. À la sortie, j'étais pourtant certaine que je ne décrocherais jamais ce rôle-là, que j'avais fait de la merde de A à Z.»

«Pour tout dire, je me suis trouvée tellement mauvaise que j'ai appelé ma mère [la comédienne Brigitte Paquette] pour lui dire que, peut-être, j'allais arrêter tout ça. J'avais l'impression que tout était fini pour moi.»

Si tout devait s'arrêter demain sur ce plan, Charlotte Le Bon en serait fort probablement attristée, bien sûr, mais l'exercice de ce métier n'a jamais constitué pour elle une question de vie ou de mort. 

«J'espère sincèrement que ça n'en sera jamais une pour moi, précise-t-elle. Ce métier, tellement difficile, fait en sorte que tu es complètement dépendant du désir des autres. Cet état de dépendance me rend folle. Je ne l'accepte pas. C'est pourquoi il est très important pour moi de continuer mon travail d'artiste à côté, de développer parallèlement une autre carrière dans le graphisme et le dessin. Car je sais que celle-là va toujours m'appartenir. Alors que l'autre peut très bien s'arrêter demain.»

Une envie qui s'aguise

La citation pour le César de la meilleure actrice dans un second rôle grâce à sa performance dans Yves Saint Laurent - c'était il y a deux ans - a un peu atténué le sentiment d'imposture qui l'a toujours envahie. Charlotte Le Bon n'hésite d'ailleurs pas à dire que Jalil Lespert, avec qui elle a récemment tourné Iris, est le seul cinéaste qui, jusqu'à maintenant, a su exploiter le côté sombre de sa personnalité. 

«Plus j'avance, plus je vois ce que j'aime et ce que je n'aime plus, les rôles de copines, par exemple. J'ai hâte d'endosser des personnages plus forts, plus étranges. Mon envie s'aiguise au fil du temps!»

Dans The Promise, Terry George a mis en relief l'aspect lumineux de la personnalité de l'actrice. Ana, son personnage, est une Arménienne ayant déjà vécu à Paris, déchirée entre ses sentiments pour un apprenti médecin issu de la campagne (Oscar Isaac) et un journaliste américain (Christian Bale) venu à Constantinople afin de rendre compte de la situation de plus en plus tendue en cette année 1914. 

«Terry voulait qu'Ana soit une femme ayant vécu la Belle Époque à Paris, explique l'actrice. Sur papier, je la trouvais presque trop parfaite et ça me gênait. J'ai eu envie de lui trouver des fêlures. Le fait que le triangle amoureux dans lequel elle est coincée soit trouble m'a permis d'explorer ses failles. Et puis, l'un des grands plaisirs du jeu est de pouvoir vivre par procuration des choses qu'on ne vivra probablement jamais dans sa propre vie, et d'avoir aussi l'occasion d'apprendre. Par exemple, je me suis beaucoup renseignée sur le génocide arménien, dont je ne connaissais pas grand-chose au départ.»

Un film québécois un jour?

Charlotte Le Bon fait partie des rares actrices ou acteurs québécois dont la carrière internationale n'a pas d'abord été lancée par un film d'ici. Installée à Paris depuis sept ans, la comédienne aimerait bien pourtant tourner un jour un film chez elle. 

«On m'a déjà proposé deux ou trois trucs, des comédies essentiellement, mais j'avoue ne pas avoir trop envie de ce style en ce moment. On m'a aussi proposé une série, mais c'était trop difficile à organiser. Je suis très flattée qu'on pense à moi, cela dit. Je suis super excitée quand je reçois des projets de chez nous et j'espère toujours que ça fonctionne. Mais je ne veux pas tourner non plus un film québécois simplement parce qu'il est québécois.» 

____________________________________________________________________________

The Promise est présentement à l'affiche en version originale anglaise.

Les frais de voyage ont été payés par Les Films Séville.




publicité

publicité

Les plus populaires : Cinéma

Tous les plus populaires de la section Cinéma
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer