Antoine Bertrand: l'état de grâce

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En 2016, Antoine Bertrand a enchaîné deux séries à la télé, tourné Votez Bougon, a dû dire non à Michael Haneke et au tandem d'Intouchables (Éric Toledano et Olivier Nakache) et s'est retrouvé à devenir le partenaire d'Omar Sy dans l'un des plus grands succès populaires du cinéma français de l'année. Pas étonnant que le comédien prenne ça un peu plus cool cette année...

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Antoine Bertrand incarne un dandy français qui se lie d'amitié avec le personnage d'Omar Sy dans Demain tout commence.

photo fournie par mars films

Quand nous l'avons rencontré jeudi matin, Antoine Bertrand affichait une forme splendide. Il rentrait tout juste de Paris, dernière étape d'un long voyage de deux mois qui l'aura mené du Portugal à la France, en passant par l'Espagne, le Sénégal, l'Italie et l'Angleterre. « Je n'ai pratiquement pas parlé à personne depuis deux mois, excuse-moi si j'ai un peu de mal à m'exprimer ! », prévient-il en riant.

Que du bonheur et du repos au fil de ce voyage dont la dernière étape fut marquée, quand même, par quelques rencontres de nature professionnelle. Car en France, Antoine Bertrand a maintenant un nom. En prêtant son talent à la comédie Demain tout commence, l'acteur québécois s'est retrouvé à donner la réplique à Omar Sy, l'une des personnalités préférées des Français. Et le film - léger détail - a attiré plus de trois millions de spectateurs là-bas.

« J'ai reçu des appels avant que le film sorte, et après aussi, commente-t-il. Des affaires de fous ! Tout ça découle du succès de Starbuck en France, mais on a commencé à m'appeler seulement six ans plus tard ! »

Plus souvent non que oui...

Tout s'est mis à bouger en même temps. Au point où, alors qu'il tournait la série Les pays d'en haut et le film Votez Bougon, il a dû refuser une offre de... Michael Haneke ! Le double lauréat de la Palme d'or du Festival de Cannes, grâce au Ruban blanc et à Amour, aurait souhaité qu'Antoine Bertrand se glisse dans la peau du fils d'Isabelle Huppert dans son nouveau film, Happy End.

« Je crois qu'il était à la recherche d'un type de physique bien précis. Mais j'étais déjà tellement pogné à la gorge que je me suis même refusé d'y penser. J'ai su par la suite qu'un Allemand qui ne parle pas un mot de français a été choisi, et que sa voix sera doublée par celle de Pierre Niney ! Éric Toledano et Olivier Nakache m'ont demandé aussi. Mais j'ai dû dire plus souvent non que oui parce que j'étais trop pris l'an dernier. Je suis parfaitement conscient que si je dis non trop souvent, à un moment donné, le téléphone ne sonnera plus. »

Quand la proposition de faire un essai pour Demain tout commence est arrivée, Antoine Bertrand a d'ailleurs bien failli passer outre encore une fois.

« J'étais en plein tournage de Boomerang, explique-t-il. Comme je croyais n'avoir aucune chance - ils ont dû solliciter tous les acteurs de France -, je n'avais pas l'intention de le faire, faute de temps. Mais comme il s'agit d'une grosse production, j'ai organisé quelque chose très vite. J'ai joué trois scènes du film et c'est le gars qui me donnait la réplique qui a tout filmé avec mon iPhone. Finalement, ça a donné quelque chose de pas si pire. Le lendemain, je me suis même dit : c'est donc ben long, pourquoi ils n'appellent pas ? J'ai reçu l'appel 30 minutes après, et je me suis mis à danser. Ça m'a donné confiance parce qu'ils m'ont vu dans les pires conditions possible et ils m'ont choisi quand même ! »

Fort de charisme

Aux yeux du réalisateur Hugo Gélin, rencontré à Paris au début de l'année, Antoine s'est imposé d'emblée, même si ses essais avaient été faits, au dire de l'acteur, de façon « un peu boboche ».

« Dès que je l'ai vu, j'ai tout arrêté, dit-il. C'était lui. Sans équivoque. Je cherchais quelqu'un dont le charisme est fort, car, à côté d'Omar, tu ne peux pas exister autrement. Omar bouffe tout dès qu'il entre dans une pièce. Et Antoine aussi, dans la seconde. »

« J'ai vu tout de suite que les deux pouvaient former un vrai duo. Après, j'ai su qu'Antoine avait interprété le rôle d'Omar dans Intouchables au théâtre. Il a eu l'élégance de me le dire seulement après ! »

Sans arrogance, mais sans fausse modestie non plus, l'acteur est bien conscient de ce qu'il peut dégager à l'écran.

« Mon corps parle fort tout de suite, fait-il remarquer. Je suis aussi capable de renvoyer la balle. Il faudrait vraiment me mettre un ogre en face de moi pour que je me fasse bouffer. Omar est quelqu'un de très généreux. Nous avancions côte à côte ensemble, plutôt que de nous livrer un combat de coqs. »

Dans Demain tout commence, Antoine Bertrand incarne une espèce de dandy français, qui rencontre par hasard un homme - pour qui il en pince au début - qui se retrouve à devoir élever la petite fille qu'une femme lui a laissée dans les bras en lui apprenant qu'il en était le père. Une famille se forme, composée du père (Omar Sy), de l'ami (Antoine Bertrand) et d'une fillette (Gloria Colston). Jusqu'au jour où, huit ans plus tard, la mère revient dans le décor...

« On n'a pas d'image préconçue de moi en France, souligne Antoine Bertrand. C'est le meilleur des deux mondes. J'ai toujours aimé ça, être l'underdog. Je retrouve donc là-bas ce que j'étais au début de ma carrière au Québec, mais plus fort de 15 ans d'expérience. »

Un film avec Juliette Binoche?

À l'instar d'Anne Dorval, l'acteur compte jouer dans des films français de façon ponctuelle, si l'occasion se présente, mais il n'entretient pas l'ambition de faire carrière outre-Atlantique.

« Je sens que j'ai été apprécié et je me suis fait de bons amis en France. Ma victoire, c'est ça. Moi, je veux surtout avoir du fun dans la vie. »

L'acteur retournera probablement dans l'Hexagone à l'automne afin de rejoindre le plateau du prochain film de Marion Laine (À coeur ouvert), dans lequel il aurait Juliette Binoche comme partenaire.

« Le film est toujours en attente de financement, mais on devrait en principe le tourner au mois d'octobre, explique Antoine Bertrand. Il s'agit d'une comédie dramatique dans laquelle je jouerais un personnage corse, mais il est question que le scénario - qui est super - soit remanié pour faire de ce personnage un Québécois. Cela me plairait bien, car je ne suis jamais meilleur que dans ma langue. Je me considère vraiment chanceux ! »

Demain tout commence prendra l'affiche le 7 avril.

La France les a aussi adoptés

Une production québécoise au rayonnement international leur a d'abord permis de se faire connaître du milieu du cinéma français. Et le premier film tourné ensuite en France s'est avéré être un succès.

MARIE-JOSÉE CROZE

Elle est de loin l'actrice québécoise la plus sollicitée du cinéma français. Après avoir obtenu un prix d'interprétation à Cannes en 2003, grâce au film de Denys Arcand, Les invasions barbares, Marie-Josée Croze a tout de suite pu s'imposer dans l'Hexagone, autant dans le cinéma d'auteur (Ordo de Laurence Ferreira Barbosa) que dans celui à vocation plus populaire (Mensonges et trahisons de Laurent Tirard). Depuis, elle enchaîne pratiquement les tournages là-bas. Parmi les films les plus marquants : Ne le dis à personne (Guillaume Canet), Le scaphandre et le papillon (Julian Schnabel), Je l'aimais (Zabou Breitman), Liberté (Tony Gatlif), Un balcon sur la mer (Nicole Garcia), Au nom de ma fille (Vincent Garenq).

MARC-ANDRÉ GRONDIN

Révélé grâce à C.R.A.Z.Y. (Jean-Marc Vallée), l'acteur québécois a vite été adopté par les Français. Sa composition dans Le premier jour du reste de ta vie, un film que Rémi Bezançon a tourné en 2008, lui vaut le César du meilleur espoir masculin. Très polyvalent, pouvant emprunter l'accent avec beaucoup d'aisance et de naturel, l'acteur travaille alors beaucoup là-bas. Dans la comédie Bouquet final, il donne la réplique à Gérard Depardieu. On le voit aussi dans Bus Palladium (Christopher Thompson), Le caméléon (Jean-Paul Salomé), Insoupçonnable (Gabriel Le Bomin), L'homme qui rit (Jean-Pierre Améris). Aujourd'hui très pris par la série télévisée L'imposteur, Marc-André Grondin n'a pas de projets français à son programme à court terme.

NIELS SCHNEIDER

Le ticket d'entrée pour le cinéma français qu'a obtenu l'acteur franco-québécois lui a été donné grâce à Xavier Dolan et ses Amours imaginaires. Cette année, Niels Schneider a reçu exactement le même trophée que celui qui a été remis à Marc-André Grondin il y a huit ans, soit le César du meilleur espoir masculin. Diamant noir, un film dont il est la vedette principale, lui a valu cette distinction. Maintenant réinstallé en France, l'acteur se distingue autant dans les productions plus confidentielles (L'âge atomique d'Héléna Klotz, Désordres d'Étienne Faure, Les rencontres d'après minuit de Yann Gonzalez, Opium d'Arielle Dombasle) que dans celles destinées à un plus large public (Une rencontre de Lisa Azuelos, Gemma Bovery d'Anne Fontaine). Les Québécois auront bientôt l'occasion de voir Niels Schneider dans Dalida, le biopic réalisé par Lisa Azuelos.

ANNE DORVAL

Mommy ayant beaucoup marqué les esprits, Anne Dorval reçoit désormais plusieurs propositions venues de l'Hexagone. La première qu'elle ait acceptée est celle que lui a faite Katell Quillévéré en vue de son adaptation (remarquable) de Réparer les vivants. L'actrice québécoise a aussi tourné récemment à Paris Jalouse, une comédie de David et Stéphane Foenkinos (La délicatesse). Si de beaux projets se dessinent pour elle présentement en France, qu'elle compte accepter, bien sûr, Anne Dorval reste toutefois bien ancrée dans sa réalité. « Ma vie est ici, ma famille, mes amis, ma maison. Je n'ai pas le goût d'aller m'installer là-bas. J'ai plutôt envie d'y aller sporadiquement et d'en apprécier l'expérience », nous confiait-elle récemment.




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