Michel Boujenah: le risque des bons sentiments

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(Paris) Pour son troisième long métrage à titre de réalisateur, le célèbre humoriste français a porté à l'écran le roman de Pascal Ruter, publié il y a cinq ans. Et il revendique haut et fort le droit aux bons sentiments.

C'est d'abord l'histoire de Marie (Alix Vaillot), une jeune musicienne ayant des problèmes de cécité. Et qui ne veut pas que ça se sache. C'est aussi l'histoire de Victor (Jean-Stan Du Pac), un camarade de classe, fou amoureux d'elle, qu'elle a sciemment choisi parce qu'elle sait que, d'une certaine façon, elle pourra le manipuler à sa guise. Fille d'un père ultra-protecteur, qui n'envisage aucunement une carrière de violoncelliste pour elle, Marie n'a pourtant qu'un seul but: passer le concours d'entrée au Conservatoire.

Rencontré récemment lors des Rendez-vous du cinéma français à Paris, un événement organisé par Unifrance, Michel Boujenah affirme avoir eu des images de son film en tête dès la lecture du roman de Pascal Ruter. Mais il a inversé les points de vue. Le coeur en braille se concentre en effet davantage sur le personnage de Marie.

«On me critique parfois à cause des bons sentiments qu'il y a dans mes films, mais cette fille n'est quand même pas particulièrement sympathique au départ! indique le réalisateur. Je trouvais qu'il y avait dans ce récit de vrais sujets. Il y a d'abord l'histoire d'amour entre les deux, mais aussi cette conviction qu'un rêve ne doit jamais être abandonné, même si ça fait parfois du mal aux autres. Et si jamais ça ne fonctionne pas à l'arrivée, ça fait quand même beaucoup moins mal que si on ne tente rien!»

Le coeur en braille raconte l'histoire de Marie (Alix... - image 2.0

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Le coeur en braille raconte l'histoire de Marie (Alix Vaillot), une jeune musicienne ayant des problèmes de cécité, et de Victor (Jean-Stan Du Pac), un camarade de classe, fou amoureux d'elle.

Un film pour tous

Se disant lui-même «lent» de nature (il n'avait rien tourné depuis près de 10 ans) et rongé par le doute, Michel Boujenah estime que ce projet s'est finalement révélé évident. 

«Dès que je me mets à réfléchir, je doute de tout. De mes capacités, de mes envies.»

«Je suis un contemplatif, dit-il. Et je suis méditerranéen. Il ne faut pas me bousculer, il ne faut pas m'obliger. J'y vais doucement. Fixer un choix m'est difficile. Jusqu'au jour où la chose s'impose d'elle-même. C'est ce qui est arrivé avec le livre de Ruter. Des fois, ça lâche, mais pas cette fois-ci.»

Le coeur en braille sera d'abord lancé mardi au Festival international du film pour enfants de Montréal (FIFEM). S'il dit être ravi de pouvoir toucher le jeune public, le réalisateur affirme ne cibler aucun groupe de spectateurs en particulier.

«Je raconte les choses comme je les ressens, précise-t-il. Les parents aiment le film et leurs enfants aussi. J'ai plein de bons sentiments en moi. Et cela n'est pas une tare. Faut-il me mettre en prison pour ça? Je ne suis pas con. Et le public non plus. J'adore les films de Frank Capra. Pourtant, Mr. Smith Goes to Washington sortirait aujourd'hui qu'il se ferait probablement massacrer!

«L'histoire du Coeur en braille aurait pu mal se terminer, poursuit-il. J'aurais pu faire un film plus noir, plus dur, qu'une partie de la critique aurait encensé. Mais le fait est que dans la vie, tout le monde a envie que les histoires se terminent bien. On fait aussi du cinéma pour donner de l'espoir. On n'est pas là seulement pour transcrire le monde tel qu'il est. Ça ne veut pas dire qu'on nie la réalité.» 

Un tendre...

Est-ce à dire que l'accueil critique parfois tiède que reçoivent ses films remet en question son approche de cinéaste? Pas du tout.

«Ces attaques ne m'atteignent plus, dit le réalisateur, aujourd'hui âgé de 64 ans. Je suis vieux. Bien sûr, nous sommes tous pareils. On veut la reconnaissance de tous. Mais ce serait très déplacé de ma part de me plaindre, car j'ai été très gâté. Et ma vie n'est pas finie. Peut-être qu'un jour, les gens diront finalement que mon approche est tendre. Je suis tendre, parfois à mon grand regret. Mais je le suis.»

Dans un monde empreint de cynisme, où les rapports entre êtres humains semblent être de plus en plus brutaux, Michel Boujenah trouve refuge dans la création.

«Il faut une grosse armure, c'est vrai. Mais j'ai mes rêves, mon imagination, l'écriture, la scène. Sur scène, c'est moi qui mène. Le monde est construit à ma façon, même si je suis bien conscient que dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça. Faire de la scène, c'est ma vie. Je ne pourrais pas arrêter. Comme je n'ai pas eu le temps d'écrire un nouveau spectacle, je songe à proposer mes "meilleurs moments", tirés des 12 spectacles que j'ai écrits jusqu'à maintenant. Un peu comme les chanteurs qui intègrent leurs chansons plus anciennes à leur répertoire.»

Un prochain long métrage

L'humoriste est aussi à la recherche d'un sujet pour un quatrième long métrage. Il estime cette période aussi stimulante qu'angoissante.

«Je continue de réaliser des histoires parce qu'il reste souvent un décalage entre ce qu'on a dans la tête et le résultat qu'on obtient. On garde toujours l'ambition d'être satisfait d'un film au point où l'on pourrait ensuite décider d'arrêter, sans regret. Je serais très malheureux de faire un film tous les deux ans comme on joue à la roulette. Ça, je ne peux pas.»

Le coeur en braille sera présenté les 7 et 9 mars au Festival international du film pour enfants (FIFEM), en présence du réalisateur. En salle le 10 mars.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.




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