Ma vie de Courgette: ode à la résilience

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En lice aux Oscars dans la catégorie du meilleur film d'animation de l'année, Ma vie de Courgette retrace le parcours d'un garçon de 10 ans qui découvre la vie dans un foyer d'accueil, auprès de camarades aussi «multipoqués» que lui. Aborder la question de la maltraitance et de ses remèdes dans un film d'animation destiné à toute la famille? Absolument. Entretien avec un cinéaste qui n'aurait jamais cru que son film aurait un tel impact.

Depuis son lancement l'an dernier à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, Ma vie de Courgette ne cesse d'accumuler les prix et s'est retrouvé dans la course aux Oscars. Que vous inspire le parcours exceptionnel de votre film?

Je dirais qu'il s'agit d'une parenthèse enchantée. On fait des films pour le public et, de toute évidence, on espère toujours le rencontrer. Mais là, même dans mes rêves les plus fous, jamais je n'aurais pu imaginer un tel parcours. Et je suis bien conscient qu'habituellement, ce genre de chose arrive seulement une fois dans une vie.

Ma vie de Courgette est une adaptation du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une Courgette. Le scénario a été écrit par Céline Sciamma, une cinéaste reconnue pour des films comme Naissance des pieuvres et Tomboy. Comment s'est fait le processus d'adaptation?

J'ai lu ce livre il y a une dizaine d'années. Tout de suite, j'y ai vu des échos de films que j'ai beaucoup aimés quand j'étais très jeune. Ça va des 400 coups à Bambi. J'ai grandi dans une famille de vignerons en Suisse, et mon enfance a été passablement heureuse. Mais j'ai quand même vu autour de moi des histoires qui m'ont beaucoup touché. Je me suis rappelé qu'enfant, je m'étais fait la promesse de tenter d'aider ces gens-là. Il m'a fallu six ans pour rencontrer des producteurs intéressés. Et quatre autres pour faire le film. Le scénario a été construit autour d'une scène centrale, celle au cours de laquelle les chemins de Courgette et de son ami Simon se séparent. Et ils se prennent dans leurs bras. Ensuite, le scénario a pas mal bougé, grâce à Céline Sciamma. Elle a apporté quelque chose d'à la fois simple mais très lumineux. Les sept enfants du foyer ont chacun leur moment.

Est-ce que l'idée de l'animation pour porter ce livre à l'écran s'est imposée d'emblée ? En est-il de même pour l'aspect esthétique du film?

J'ai toujours travaillé dans le domaine de l'animation. Deux de mes courts métrages, Sainte barbe et Au pays des têtes, ont d'ailleurs été coproduits par l'Office national du film du Canada.

Étant illustrateur à la base, mes premiers films étaient faits à partir de dessins. Je travaille maintenant en animation stop motion.

Au départ, Ma vie de Courgette était plus sombre sur le plan visuel. Ensuite, c'est devenu un peu trop Disney. Il m'a fallu un moment pour trouver l'équilibre entre les deux. On dit parfois que je fais du Tim Burton en couleurs. Je prends ça comme un compliment!

Justement, quelles sont vos influences?

Elles sont nombreuses et ne proviennent pas seulement du cinéma d'animation. Bien sûr, The Nightmare Before Christmas m'a beaucoup marqué. Alice, de Jan Svankmajer, aussi. L'esthétique des films de Jiri Trnka dans les années 50 m'a également impressionné. Par ailleurs, j'aime beaucoup le cinéma de Jim Jarmusch, Ken Loach, des frères Dardenne. Comme l'approche que j'emprunte dans Ma vie de Courgette est plutôt réaliste, ma mise en scène relève davantage du cinéma plus classique que du cinéma d'animation. J'ai voulu faire des plans assez longs, me rapprocher des émotions des personnages.

Le film se conclut par une très belle interprétation de la chanson de Noir Désir Le vent nous portera par votre compatriote Sophie Hunger. Pourquoi ce choix?

Quand je réalise un film, je vois assez bien l'ensemble dans tous ses aspects, sauf sur le plan musical. Mon producteur m'a un peu forcé la main en me suggérant d'essayer d'imaginer de la musique à partir des croquis. J'ai pensé à cette chanson. Ça marchait tellement bien qu'on a décidé de la garder. C'est aussi à cette étape que nous avons proposé à Sophie Hunger de composer la trame musicale du film. Qui est très en phase avec l'histoire. Pour la version internationale, on a songé à chercher des équivalences anglophones, mais nous avons finalement décidé de ne rien changer.

Le succès du film et sa sélection aux Oscars vous donnent une excellente visibilité aux États-Unis. Est-ce que la perspective d'une carrière américaine vous sourit?

Je n'étais encore jamais allé là-bas. J'y ai croisé des gens incroyables et j'ai eu droit, vraiment, à un très bel accueil. J'ai aussi été surpris de constater à quel point ces gens éprouvent une vraie passion pour le cinéma européen. J'ai eu l'occasion de visiter les grands studios d'animation, de voir un peu comment ils travaillent. Je ne crois pas que j'aurais pu faire Ma vie de Courgette là-bas, cela dit. Mais si jamais un projet intéressant se pointe aux États-Unis, j'étudierai la proposition, bien sûr. Il y a des contraintes et des avantages dans les deux systèmes. Globalement, je trouve que la diversité du cinéma d'animation, qu'il provienne des États-Unis, du Japon ou de l'Europe, est très stimulante.

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Ma vie de Courgette prendra l'affiche le 3 mars. 

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance




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