La La Land: une lettre d'amour à Hollywood

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Le réalisateur Damien Chazelle en compagnie des deux acteurs principaux de La La Land, Emma Stone et Ryan Gosling. Le film, qui a obtenu sept sélections aux prochains Golden Globes, sort en salle le 25 décembre.

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(TORONTO) Ryan Gosling se souvient très précisément du jour et de la scène. Il vivait à Los Angeles et, en attendant d'être découvert, acceptait toutes les auditions que lui lançaient les directeurs de casting. Pour cette audition en particulier, il avait passé la nuit à répéter. Le lendemain, il était fin prêt et c'est avec fébrilité qu'il entama l'audition. Au moment fatidique, alors que les larmes lui montaient aux yeux et qu'il allait entreprendre une tirade pétrie de pathos et d'émotion, le téléphone de la directrice de casting sonna. Celle-ci prit l'appel et, avec un manque criant de délicatesse, se commanda un sandwich tout en indiquant au pauvre acteur en larmes de continuer l'audition comme si de rien n'était.

«On ne m'a jamais rappelé, mais j'attends toujours», ironisait Ryan Gosling dans la suite du Ritz à Toronto où il était venu faire la promotion de La La Land en septembre dernier, abandonnant pour quelques heures Denis Villeneuve et le plateau de Blade Runner.

Vêtu d'une chemise fleurie jaune sous un complet bleu indigo, aussi réservé qu'Emma Stone peut être exubérante, Ryan Gosling s'est souvenu d'avoir raconté cette anecdote au réalisateur Damien Chazelle, qui a immédiatement voulu la récupérer pour une scène de La La Land. Mais c'est plutôt sa partenaire Emma Stone dans le rôle de Mia Dolan, une serveuse qui tente de percer comme actrice, qui a hérité de cette scène d'audition hilarante.

Le grand favori

Au Festival international du film de Toronto (TIFF), en septembre dernier, La La Land, un film qui s'inspire des comédies musicales du passé pour mieux réinventer le genre, était déjà un grand favori. Emma Stone venait de remporter le prix d'interprétation féminine à Venise pour son interprétation de Mia Dolan. Certains n'hésitaient pas à prédire à ce film, qui a déjà obtenu sept sélections aux Golden Globes, la position de tête dans la course aux Oscars.

Reste qu'au TIFF, le réalisateur Damien Chazelle semblait surtout soulagé d'avoir pu mener à terme ce projet conçu sept ans plus tôt.

«Je ne vous cache pas que ce projet a été difficile à réaliser et qu'il a connu plusieurs permutations», a-t-il raconté aux journalistes dans sa suite au Ritz. 

«Au début, j'avais l'argent, mais pas ma distribution. Après, j'avais ma distribution, mais plus d'argent. À un moment donné, tout était tellement bloqué que, par pure frustration, je me suis mis à écrire un autre film», a expliqué Damien Chazelle, qui n'a que 31 ans et qui parle couramment français, étant à moitié Français par son père, un ingénieur informatique marié à une Américaine.

Ce film né de la frustration de ne pouvoir réaliser sa comédie musicale, c'est Whiplash, un long métrage louangé par la critique, qui a valu à J.K. Simmons, dans le rôle d'un prof de musique tyrannique, l'Oscar du meilleur rôle de soutien.

«La La Land est en partie inspiré de mes interrogations sur le succès et de mes propres échecs, mais au final, c'est une lettre d'amour à Hollywood et aux vieux musicals que j'ai vus quand je vivais à Los Angeles et qui ressemblaient plus à la vraie vie que ceux d'aujourd'hui», précise Damien Chazelle, réalisateur.

Le choix de Ryan Gosling et d'Emma Stone semble s'être imposé tout naturellement au réalisateur. «Je ne voulais pas pour mes rôles principaux des acteurs professionnels de Broadway, mais, au contraire, des acteurs néophytes et un peu vierges sur ce plan-là, qui auraient à la fois une certaine maladresse et une certaine fraîcheur dans leur jeu. J'adorais la voix rauque d'Emma Stone tout comme j'adore les films avec des actrices qui ne sont pas des chanteuses, mais qui chantent, comme Audrey Hepburn ou Marilyn Monroe. Je ne voulais surtout pas des chanteurs à la American Idol ou avec des voix modifiées par Auto-Tune.»

La La Land, c'est des chansons, des chorégraphies, des couleurs éclatantes, mais c'est aussi la rencontre de deux univers parallèles: celui du jazz, un art qui se perd et qui se marginalise, et celui du cinéma, un art devenu une immense industrie. 

À travers ces deux arts, le pianiste qui rêve d'avoir son propre club de jazz et l'actrice qui aspire aux grands rôles vont se remarquer, se rapprocher, s'aimer, se perdre et se retrouver avant d'être confrontés autant à des choix de carrière qu'à des choix de vie.

L'amour ou l'ambition, voilà en somme la question que pose ce film enchanteur qui ressemble à un conte de fées sans en être un.

Dans La La Land, l'univers d'une serveuse qui... (Photo Dale Robinette, fournie par Lionsgate) - image 2.0

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Dans La La Land, l'univers d'une serveuse qui aspire à une carrière d'actrice (Emma Stone) croise celui d'un pianiste qui rêve d'avoir son propre club de jazz (Ryan Gosling).

Photo Dale Robinette, fournie par Lionsgate

Des néophytes doués

Pour rendre son pianiste de jazz crédible, Ryan Gosling a suivi une formation intensive de piano jazz de trois mois avec un prof. «Je ne suis pas devenu un pianiste de jazz professionnel pour autant, mais je me débrouille», affirmait-il.

Pourtant, à ce sujet, Damien Chazelle offre une autre version: «Ryan est complètement fou. Il savait jouer du piano, mais le piano jazz, c'est une autre histoire. Il a donc suivi des cours, mais j'avais quand même prévu un double pour les pièces de jazz plus complexes, au cas où il ne serait pas capable de les rendre au tournage. Or, je n'en ai pas eu besoin. Ce que vous entendez en surimpression, et ce que vous voyez à l'écran, c'est Ryan d'un bout à l'autre», s'extasie Damien Chazelle.

Dans les faits, Ryan Gosling n'est pas exactement un amateur sur le plan musical.

L'acteur canadien a commencé à danser et à chanter à 11 ans dans le Mickey Mouse Club aux côtés de Justin Timberlake, de Britney Spears et de Christina Aguilera. Parallèlement à sa carrière d'acteur, il a composé des musiques de film et il a même formé en 2009 avec son copain Zach Shields le duo folk Dead Man's Bones, où les deux jouent plusieurs instruments.

Quant à Emma Stone, la soi-disant néophyte, en 2014, elle a remplacé sur Broadway l'actrice Michelle Williams dans une reprise de la comédie musicale Cabaret sous la direction du grand Sam Mendes. Les critiques ont été unanimes à saluer son talent et son charisme.

Malgré sa musique, ses lumières, ses couleurs et ses enchantements, La La Land est à l'image d'une époque où les contes de fées n'existent pas et où l'ambition finit par passer avant l'amour.

L'histoire ne dit pas si Damien Chazelle a dû renoncer à l'amour pour pouvoir faire des films à Hollywood. Chose certaine, au rythme où vont les choses, son hommage à la cité des anges lui vaut déjà la consécration et lui vaudra fort probablement aussi plusieurs sélections aux Oscars.

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La La Land prend l'affiche aujourd'hui.




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