Gabriel Arcand: le plaisir du jeu

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Gabriel Arcand est la covedette du plus récent film de Philippe Lioret, dont l'intrigue se déroule au Québec. Lauréat du prix du public au festival Cinemania de Montréal, Le fils de Jean relate le parcours d'un trentenaire français (Pierre Deladonchamps), venu en nos terres pour aller à la rencontre d'un père qu'il ne connaissait pas encore, et de la famille qui l'entoure. Patrick Hivon, Catherine de Léan, Pierre-Yves Cardinal et Marie-Thérèse Fortin sont aussi les têtes d'affiche de cette libre adaptation du roman de Jean-Paul Dubois Si ce livre pouvait me rapprocher de toi.

Au cours d'une entrevue qu'il nous a accordée, le réalisateur Philippe Lioret a expliqué que lorsqu'il a regardé Le démantèlement, il a enfin «vu» l'incarnation du personnage du Fils de Jean, qui n'existait que sur papier à ses yeux jusque-là...

«Je ne connaissais pas Philippe auparavant. Le seul de ses films que j'ai vu est Je vais bien, ne t'en fais pas, un film très bien, qui avait lancé la carrière de Mélanie Laurent. Il est venu me rencontrer ici, en plein hiver. On s'est tout de suite bien entendus. J'ai aussi beaucoup aimé son scénario, même s'il est très loin du roman de Jean-Paul Dubois.»

L'une des grandes qualités du Fils de Jean est d'avoir su éviter l'aspect folklorique dans lequel tombent plusieurs des films français dont l'intrigue se passe au Québec. Il y a, ici, une véritable authenticité.

«On a fait beaucoup de répétitions. Avec Pierre Deladonchamps, nous nous sommes assis, avec tous les membres de la «famille» québécoise, et nous avons passé en revue chaque page du scénario. On reformulait certains trucs, on les réécrivait, on modifiait aussi de petites choses qui nous paraissaient un peu trop «touristiques». Dès que quelque chose ne sonnait pas juste aux oreilles de Philippe, de Pierre ou des nôtres, nous cherchions une solution, car il fallait que le film soit avant tout compris du public français. D'où quelques petites contorsions - comme prononcer le nom de Robert Redford à la française -, mais qui restent quand même dans les limites du naturel.»

Ce film est une coproduction entre la France et le Québec, via la société Item 7. Contrairement à bien des coproductions, où des éléments sont rassemblés de façon plus artificielle, le dosage semble s'être fait de façon plus harmonieuse.

«Je suis très heureux de ce film parce qu'il prouve qu'une coproduction peut être réalisée au service d'un vrai processus de création artistique, plutôt que pour des raisons financières. Le drame que comporte cette histoire est plus important que l'exotisme de la coproduction. On a même enlevé quelques scènes de grands espaces dans lesquelles on voit les personnages pêcher. Il fallait trouver un équilibre, car le personnage n'est pas venu au Québec en vacances, même s'il était sans doute tentant de faire de belles images.»

Êtes-vous conscient de votre personnage de cinéma? De ce que vous dégagez au grand écran?

«Je n'en sais strictement rien. Quand j'ai fait des essais avec Sébastien Pilote pour Le démantèlement, je n'étais pas certain du tout. Il m'a dit: «C'est ça que je cherche!» Mais moi, je ne sais pas ce que ça veut dire. Est-ce ce que tu dégages? Comment tu bouges? Comment tu marches? Je n'ai pas conscience du tout de ce que je peux dégager au cinéma. Cela m'est complètement abstrait. Ce que j'évalue, c'est ma capacité professionnelle à incarner le personnage qu'on me propose et à vivre les situations dans lesquelles il est impliqué. Mais l'image que je dégage auprès des autres, je ne sais pas. Ça se situe dans une marge sur laquelle je n'ai aucun contrôle. En général, c'est cette marge-là qui intéresse les cinéastes!»

Vous vous êtes fait rare au cinéma, et vous n'avez pratiquement jamais fait de télévision. Or, on a pu vous voir coup sur coup dans les séries Mensonges et Au secours de Béatrice. D'où vient ce changement de cap?

«J'ai commencé à faire de la télé à 65 ans. Ça veut dire que j'ai commencé à faire de l'argent à 65 ans. La télé fait en sorte que tu es connu du grand public, beaucoup plus que le théâtre de création ou le cinéma d'auteur. Sophie Lorain est venue me voir au théâtre parce qu'elle voulait me proposer un rôle dans Au secours de Béatrice. J'ai eu une longue conversation avec elle sur le projet, ainsi qu'avec le réalisateur Alexis Durand-Brault. J'aimais leur idée, je la trouvais originale, sur le plan de la réalisation aussi. Alors, pourquoi pas?»

«La télévision me donne une certaine liberté par rapport aux choix qui s'offrent à moi, même si j'ai refusé bien des choses quand j'étais pauvre. C'est comme un trait de caractère. Là, je refuse encore, mais je suis plus «relax» en le faisant! Cela dit, je ne reçois pas autant de propositions intéressantes qu'on pourrait le croire. Au secours de Béatrice prend fin. Je n'ai aucun projet de film à l'horizon. Tout ce qui figure à mon programme l'an prochain est un projet au théâtre.»

Le fils de de Jean... (Photo fournie par Les Films Séville) - image 2.0

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Le fils de de Jean

Photo fournie par Les Films Séville

Quelle a été votre réaction la première fois où vous avez pu voir la version définitive du Fils de Jean?

«C'est toujours un exercice délicat, car, contrairement au théâtre, où l'acteur est pratiquement le seul maître à bord au moment de la représentation, tu es complètement au service du réalisateur. Je trouve que le film est très fidèle au travail que nous avons fait. Il faut dire que dans le cinéma d'auteur, on retrouve habituellement à l'écran ce qui a été tourné. J'imagine que les cas où des acteurs ne reconnaissent plus le film dans lequel ils ont joué doivent davantage se situer du côté des grandes productions ou des films d'action!»

Gabriel Arcand en cinq films

Les Plouffe (1981) de Gilles Carle 

«Y'a pas de place nulle part pour les Ovide Plouffe du monde entier.» Voilà l'une des répliques les plus célèbres - et les plus déchirantes - de l'histoire du cinéma québécois.

Le déclin de l'empire américain (1986) de Denys Arcand 

Son rôle de bum qui vient se joindre à un groupe d'intellectuels pour un souper lui vaut le trophée Génie (l'ancêtre des trophées Écrans canadiens) du meilleur acteur de soutien.

Post Mortem (1999) de Louis Bélanger

En plus de révéler le talent de Sylvie Moreau, cet étonnant premier long métrage de Louis Bélanger donne enfin l'occasion à Gabriel Arcand de retrouver un grand rôle au cinéma. Sa performance lui vaut le Jutra du meilleur acteur.

Karakara (2012) de Claude Gagnon

L'acteur offre une fois de plus une performance magnifique dans ce road movie particulier, au cours duquel un Québécois entreprend le dernier tiers de son existence en effectuant un voyage initiatique au Japon.

Le démantèlement (2013) de Sébastien Pilote

Le jeu dépouillé de l'acteur fait mouche dans ce film où il incarne un fermier d'âge mûr, prêt à tout pour assurer le bonheur de ses deux filles. Ce film a été lancé à la Semaine de la critique du Festival de Cannes.

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Le fils de Jean prendra l'affiche le 23 décembre.




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