The Lobster: conversations croisées

Avec Colin Farrell, Rachel Weisz est la tête d'affiche... (Photo fournie par A24)

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Avec Colin Farrell, Rachel Weisz est la tête d'affiche de The Lobster, le premier film en anglais du cinéaste grec Yorgo Lanthimos.

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L'automne dernier au festival de Toronto, il était prévu que Rachel Weisz et Yorgos Lanthimos discutent séparément avec le représentant de La Presse. Les circonstances ont fait en sorte que les deux artistes se sont présentés ensemble à l'entrevue. Une dynamique plus particulière s'est installée.

Rachel Weisz a apprécié les films de Yorgos Lanthimos au point qu'elle a pris l'initiative de lui écrire pour lui signifier son intérêt. Avec Colin Farrell, elle est la tête d'affiche de The Lobster, le premier film en anglais du cinéaste grec. 

À l'image des longs métrages précédents, particulièrement Dogtooth (finaliste aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère en 2011), The Lobster se démarque grâce à son originalité et à son humour, très grinçant, de même que grâce à la dénonciation d'un monde où même les règles de l'amour découlent d'une idéologie totalitaire. Au Festival de Cannes l'an dernier, cette oeuvre singulière a obtenu le prix du jury.

Rachel, quelle fut votre première réaction à la lecture du scénario ?

Rachel Weisz : Yorgos m'avait dit qu'il écrivait un scénario, mais il ne m'avait donné aucun indice quant au sujet. À la lecture, j'ai beaucoup aimé l'histoire, mais, honnêtement, je ne savais pas du tout comment incarner le personnage qu'il m'offrait. Et Yorgos, tu n'as pas vraiment essayé de me convaincre non plus !

Yorgos Lanthimos : Je ne fais jamais ça.

RW : Je me suis dit : O.K. C'était Noël ; je suis partie en vacances. Et pourtant, cette histoire me hantait toujours. J'ai réécrit à Yorgos en lui précisant que même si je ne savais pas encore comment faire, j'avais quand même envie de jouer le personnage.

YL : Et c'était très bien comme ça.

Yorgos, vous préférez que vos acteurs arrivent sans idées préconçues à propos de l'histoire et du personnage qu'ils ont à jouer ?

YL : Je ne veux pas imposer de limites, ni aux acteurs ni à moi-même. S'il y a trop de descriptions, ça peut nous restreindre. J'écris toujours mes scénarios avec mon complice Efthymis Filippou. Comme il s'agit de notre premier film en anglais, nous avons quand même ajouté quelques phrases explicatives, au profit des gens qui ne nous connaissent pas.

RW : Mais tu es d'accord que ton scénario est quand même écrit d'une façon qui rend impossible une préparation à l'avance pour le comédien. C'est une lecture fascinante, mais l'acteur ne peut s'appuyer sur rien pour construire son personnage. En même temps, c'est un net avantage, car tout reste ouvert sur le plan physique, de l'âge, ou d'autres caractéristiques de cette nature. Mon personnage aurait très bien pu être un homme.

YL : Il l'a été dans l'une des premières versions ! Vrai qu'il est difficile de se faire une idée précise de ce que sera le film à la lecture. Même moi, je n'en ai aucune idée. Quand j'écris, je ne pense pas à la réalisation ni aux lieux de tournage ni au choix des acteurs. J'essaie de me concentrer sur chacune des étapes, une à la fois.

Rachel, vous avez signifié vous-même à Yorgos votre envie de travailler sous sa direction. Qu'est-ce qui vous attire autant dans son cinéma ?

RW : L'imaginaire de Yorgos est exceptionnel. Dogtooth m'a ravie. Les règles narratives sont changées. Son univers est complètement décalé et fascinant, mais Yorgos emprunte une approche naturaliste, sans aucun effet. Cela donne quelque chose de très pur, d'incroyablement émotif. Et ça fait peur en même temps.

Yorgos, diriez-vous que l'idée de personnages prisonniers d'un système de pensée complètement absurde serait au coeur de votre cinéma ?

YL : Pour Dogtooth, j'ai pensé à ces enfants complètement coupés du monde extérieur et j'en ai discuté avec Efthymis, qui n'avait jamais écrit auparavant. Dès que ce fut terminé, nous sommes tout de suite passés au projet suivant. Les idées proviennent toujours de nos discussions informelles. Pour The Lobster, par exemple, nous sommes partis de l'idée de ces célibataires qu'on force à se rendre à un endroit. C'est tout. On construit ensuite autour de ce point de départ. Comme on aime pousser les choses à l'extrême, ça donne une autre façon de révéler certains aspects de la nature humaine.

RW : Et d'où provient l'humour absurde alors ?

YL : Je crois que c'est simplement une conséquence. On pousse et on révèle des choses assez communes sur le monde qui nous entoure. Sans même qu'on le cherche, l'humour absurde surgit de lui-même. Il ne découle pas d'une volonté précise.

RW : Mais tu aimes bien qu'il soit là. Qu'il s'impose de lui-même.

YL : Oui. C'est ce qui m'intéresse. C'est à travers ces situations que se révèle l'absurdité de certaines conventions ou de certains de nos comportements.

RW : L'aspect absurde qu'on retrouve dans le film est quand même différent de celui qu'on retrouve chez Ionesco, n'est-ce pas ? Les personnages font des choses ordinaires. Ils n'ont pas de comportements étranges.

YL : Euh, si. Parfois, quand même !

The Lobster (Le homard en version sous-titrée française) est à l'affiche présentement.

«« Oui nous avons eu un prix à Cannes. J'en ai été très heureux, mais j'ai tendance à oublier ce genre de choses. Mon esprit est toujours branché sur le prochain film ! »

- Yorgos Lanthimos»


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