Suzanne Clément: comédienne nomade

Suzanne Clément est à l'affiche du plus récent film de Philippe Falardeau,... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Suzanne Clément est à l'affiche du plus récent film de Philippe Falardeau, Guibord s'en va-t-en guerre. Elle est aussi de la distribution du film canadien Early Winter, présenté en première mondiale à la Mostra de Venise, et de Taulardes, film français dans lequel elle incarne une prisonnière aux côtés de Sophie Marceau. Entretien avec une artiste nomade, qui loue un appartement «au mois» à Montréal.

La dernière fois qu'on s'est croisés, c'était à Paris. Ça fait jet-set... jusqu'à ce que je précise que c'était à l'épicerie.

Chez Monoprix! C'est un peu comme se croiser au Jean Coutu...

Au rayon des shampoings. C'est dire comme tu y as tes habitudes! Tu travailles ici et en France. Je m'intéresse à la perspective que tu peux avoir, avec ce recul, sur le Québec. À ta vision de nomade. C'est vrai que tu ne restes pas beaucoup en place...

Je travaille dans plusieurs pays. Est-ce que ça fait de moi une nomade? Probablement.

Est-ce ta nature profonde ou c'est le travail qui a fait de toi une nomade?

Pour moi, ça va tout ensemble. J'aime changer de personnage, changer d'accent, changer d'univers. Est-ce que ce sera comme ça toute ma vie? Ce qu'il en reste? Je ne sais pas.

Ce qu'il en reste?! Tu parles comme si t'avais 70 ans!

(Rires) C'est parce que je ne suis pas capable de dire: «Je suis comme ça.» Ça fige trop les choses.

Ce n'est pas ton genre...

C'est aussi mon côté nomade. Particulièrement ces dernières années, j'ai trouvé un plaisir à aller vers des personnages différents. Le danger nous amène à nous dépasser, je trouve. C'est plus déstabilisant d'être sur un tournage où l'on ne connaît personne, en France, et de jouer dans une langue qui n'est pas tout à fait la sienne.

Tu joues des Françaises en France.

Oui, jusqu'à maintenant. Il y aura peut-être un rôle avec des origines québécoises, quelqu'un qui n'est plus dans son pays depuis longtemps. Ça vient toucher un peu à qui je suis. C'est toujours intéressant dans un personnage. Ça ancre les choses dans le réel. Mais j'ai autant de plaisir à jouer une Française.

Tu dis que c'est comme jouer dans une autre langue...

Oui. Ce n'est pas notre langue. Même si c'est devenu facile pour moi de «switcher». J'y étais il y a deux semaines et j'ai tout de suite retrouvé l'accent parisien.

Et tu retrouves aussi facilement l'accent québécois? Certains développent une espèce d'accent hybride.

Il y a juste ma nièce qui entendait, à 7 ans, un accent français quand je parlais. Sinon, je n'ai jamais eu de difficulté à retrouver mon accent. Ce n'est pas par désir d'actrice que j'ai commencé à prendre l'accent parisien. Ça a commencé dans la rue, au Maroc bizarrement, avec une volonté d'être facilement comprise. Je voyageais seule, ce qui est déjà assez complexe au Maroc, et je me suis mise à prendre un accent français. Quand je suis rentrée à Paris, je l'ai gardé. C'est devenu comme un personnage. On est un autre personnage quand on parle une autre langue. Il y a une rapidité dans la «tchatche» parisienne, une vivacité de parole. Je ne faisais pas ça avant. Est-ce parce que j'avais une pudeur, une crainte de me travestir comme Québécoise? Je me pose la question.

Il y a souvent une impression au Québec que lorsqu'on prend l'accent français, on se dénature et on trahit quelque chose de ses origines. Tu as craint ça?

À partir d'un certain moment, je ne me suis plus posé cette question-là. J'ai tassé ça complètement. C'est comme un exercice de style qui m'amène ailleurs. C'est vrai qu'en entrevue, en France, ça a pu m'arriver de me demander quelle langue choisir. Mon agente française me suggérait de parler sans mon accent québécois, pour montrer que je peux jouer avec un accent français.

Après, ça se retrouve sur YouTube et des Québécois se disent que tu as un accent emprunté!

On ne m'a jamais fait la remarque. Parce que je n'ai aucune difficulté à reprendre mon accent québécois quand je suis ici. Je ne comprends pas que ça puisse être une difficulté.

Et pourtant, ça semble l'être pour certains.

Peut-être pour ceux qui s'installent longtemps en France. Je fais toujours l'aller-retour. Je suis, oui, nomade!

Quand on part en voyage un certain temps et qu'on rentre au Québec, on se rend compte à quel point on s'intéresse essentiellement à notre nombril ici. C'est particulièrement vrai des médias, non?

Ce n'est pas toujours mieux en France. La France colonialiste existe encore, notamment à notre égard. L'autre jour, un Français disait, devant moi: «Mais ils ont quand même de belles choses au Québec!» Je lui ai répondu: «Quand même!» Il ne se rendait même pas compte que son discours était un peu condescendant. Mais il y a toute une nouvelle génération qui est très différente de ça.

J'étais dans un café avec un ami, cet été à Saint-Denis, en banlieue de Paris, et le serveur, qui voulait être sympathique, nous a dit: «Vous devez vous ennuyer de la poutine, tabernacle!» Il faisait 36 degrés...

Ça nourrit aussi mon désir de parler sans accent québécois à Paris. Ça m'évite ce genre de commentaire! (Rires)

Ce qui est encourageant, c'est que des films québécois comme ceux de Xavier [Dolan] trouvent un écho en France sans compromis sur notre accent et en conservant leur authenticité québécoise.

C'est vrai. L'engouement pour Mommy a été incroyable. Pour eux, Xavier incarne vraiment un vent de fraîcheur. Et la transgression de règles établies.

Tu as aussi habité un moment à Los Angeles...

J'y suis restée deux fois un mois et demi environ. À attendre surtout. Il ne s'est pas passé grand-chose!

Tu espérais que les choses débloquent aussi pour toi là-bas?

J'ai un agent au Canada anglais qui m'a conseillé d'y aller. Comme j'aime voyager, je me suis loué une auto et je me suis promenée. C'est une ville fascinante.

Et en rentrant, tu n'as pas eu ce sentiment de retrouver un «P'tit Québec»?

(Rires) Tu veux vraiment que je dise ça dans notre entrevue? Pour qu'on puisse écrire: «Suzanne Clément trouve que le Québec est petit»?

Non, pas toi! Je trouve que lorsqu'on prend du recul, on constate qu'on a souvent le nez collé sur les mêmes choses.

C'est un peu partout comme ça, je pense. Il y a beaucoup de stress en France. Quand je reviens, j'ai l'impression de mieux respirer.

Les Français gèrent encore la décolonisation, comme tu dis, avec tous les sentiments de culpabilité et les problèmes qui y sont liés.

Le défi est énorme! D'autant plus qu'il y a un choc entre la religion musulmane et l'Occident qui s'exprime difficilement en France. Il y a de grosses tensions. Ce sont celles qui font le plus peur, à moi la première. C'est peut-être petit chez nous, mais c'est très doux, vivre au Québec. Je suis choyée de pouvoir travailler dans plusieurs endroits et de vivre plusieurs vies.

Quand tu reviens ici, tu reviens chez toi...

Oui. C'est beaucoup d'énergie, tout ça. Je n'ai pas de racines en France. Je n'ai pas une maison à la campagne avec un chien, un mari et trois enfants. J'ai été plus sur la corde raide ces dernières années. J'ai misé sur un cheval là-bas, et ça fonctionne, mais ça prend du temps. Je n'ai plus 20 ans, comme tu sais! Je le répète... (Rires) C'est plus difficile de revenir sur une décision après 40 ans. Faire ce genre de pari à mon âge, ce n'est pas si simple. C'est très précaire, mais c'est ce qui me motive, et pas seulement comme actrice.

Guibord s'en va-t-en guerre

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