The Grand Seduction: l'art de l'équilibre

Une scène aussi belle que mémorable, des villageois... (Photo fournie par Films Séville)

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Une scène aussi belle que mémorable, des villageois font semblant de jouer au cricket pour frapper l'imagination du nouveau médecin.

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Un village de pêcheurs au chômage. Un projet d'usine dans l'air. Et un médecin demandé pour sceller le projet. Ça vous dit quelque chose? Bienvenue à Tickle Head, Terre-Neuve, où le docteur Paul Lewis aboutit bien malgré lui. Et à qui la population locale fera courbettes et cajoleries dans l'espoir qu'il s'y installe définitivement. Onze ans après l'original, voici The Grand Seduction, version anglo-canadienne du film de Jean-François Pouliot et de Ken Scott.

Le pari était risqué. Faire une comédie à partir des malheurs d'un petit village de pêcheurs miné par le chômage. Avec La grande séduction, les artisans ont relevé le défi. Avec The Grand Seduction, ils se disent assurés d'avoir fait un doublé. Et c'est beaucoup en raison du travail de l'acteur Brendon Gleeson.

«Brandon est arrivé sur le plateau, la première journée de tournage, en Murray. Et il est resté Murray jusqu'à la fin. Ça a donné le ton à tout le film», assure Roger Frappier, dont l'entreprise (Max Films) a produit les deux oeuvres à 11 ans d'intervalle. «Brendan était comme un leader dans une partie de hockey. Avec lui, les gens ont pris le tournage très au sérieux. Brandon est un bon vivant, il rit, il fait des farces, etc. Mais Murray est taciturne, plus concentré, etc. De le voir ainsi transformé chaque jour était extraordinaire.»

Murray French (Gleeson) est l'équivalent du personnage de Germain Lesage qu'interprétait Raymond Bouchard dans l'oeuvre originale de Jean-François Pouliot (réalisation) et Ken Scott (scénario). Il est celui qui prend la destinée du village en main à la suite de la fugue nocturne du maire et de sa famille.

«Mon personnage se meurt. Il essaie de se convaincre que son âme est intacte, mais il se meurt, à l'image de sa communauté. Et il décide de se battre pour sa survie, résume le comédien irlandais, de passage à Montréal pour la promotion du film. J'ai vu la version française. J'ai écrit à Raymond Bouchard en lui disant qu'il avait fait un très bon travail, mais que je ferais différemment. Nous avions l'occasion d'explorer la manière d'être des gens de Terre-Neuve comme il l'a fait avec ceux du Québec.»

Durant l'entrevue, M. Gleeson emploie souvent les mots «respect» et «culture», deux termes intimement liés ici. Pour lui, il était primordial de faire ce film en respectant les Terre-Neuviens et principalement les pêcheurs qui ont vu leurs revenus charcutés par les moratoires.

«En Irlande, nos droits de pêche ont été vendus, rappelle le comédien. Le gouvernement a été injuste avec les pêcheurs. Même chose à Terre-Neuve. L'industrie a perdu de sa force. C'était facile de s'identifier à cette histoire. Mais les gens étaient quand même sceptiques. Ils nous ont bien accueillis et nous ont donné le bénéfice du doute. Nous étions en probation!»

S'il y a un comédien qui connaissait l'importance de l'équilibre à maintenir entre rire et respect, c'est Mark Critch, acteur d'origine terre-neuvienne qui incarne le directeur de banque Henry Tilley (Benoît Brière) dans le film.

«Il importait beaucoup à Brendan que le ton soit parfait, que le respect soit là. Quand j'ai vu à quel point ça comptait pour lui, cela m'a enlevé beaucoup de pression», dit M. Critch.

Pareil, pas pareil

Si on fait exception de Brendan Gleeson, The Grand Seduction a une facture extrêmement canadienne. On y trouve des acteurs de tous les coins du pays, de Taylor Kitsch qui interprète le docteur Paul Lewis (David Boutin) à Liane Balaban dans le rôle de Kathleen (Lucie Laurier) en passant par Gordon Pinsent en Simon, vieux loup de mer que jouait Pierre Collin en français.

La réalisation a été confiée à Don McKellar d'après un scénario coécrit par Michael Dowse et Ken Scott. À la production, Roger Frappier s'est associé à la productrice terre-neuvienne Barbara Doran.

Et si le nom du village de Tickle Head est fictif, le spectateur sait que l'histoire se passe à Terre-Neuve. Ce qui a beaucoup de sens pour Liane Balaban.

«Certains films canadiens essaient d'être généralistes. C'est une erreur. Si on perd sa spécificité, on perd aussi l'universalité de son propos. The Grand Seduction assume que l'histoire se passe dans une petite communauté de Terre-Neuve avec des Terre-Neuviens», dit-elle.

Habitué des grandes productions hollywoodiennes (X-Men, Battleship, John Carter), Taylor Kitsch a de son côté apprécié la modestie du plateau de tournage.

«Même si c'est plus difficile de tourner sur place, on a plus de résonance, dit-il. J'ai fait des films où le tournage d'une seule scène coûtait 25 millions de dollars, sur un plateau grand comme le Yankee Stadium. Imaginez tous les détails à vérifier avant qu'on crie: «Action!»Alors que dans un film comme The Grand Seduction, il y a cette part d'inconnu qui nous fait nous sentir davantage dans le bain. Dans une scène, notre bateau se détachait et sortait de l'angle de la caméra [rires]. De petites choses comme ça nous plongent davantage dans le moment présent.»

Pour le producteur Roger Frappier, cette mouture du ROC est à la fois jumelle et très différente de l'histoire originale.

«L'humour n'est pas le même, estime-t-il. Et la réalité n'est pas ancrée dans le village de la même façon. Dans la version anglaise, la réalité de la non-pêche est plus présente que dans le film francophone. Le niveau de l'humour est aussi complètement différent. Et ça fonctionne!»

Au spectateur de juger puisque le film sortira en salle sur 5 écrans en anglais et 20 en français au Québec.

Ils ont dit...

Mark Critch (Henry Tilley)

«Je suis le banquier du village et un des rares qui possèdent un emploi. De plus, mon personnage est un peu nerd, alors il se sent soudainement faire partie de la communauté lorsque les gens du village le débauchent. J'ai voulu jouer mon personnage d'une façon différente de celle de Benoît Brière. Par exemple, lorsqu'il sonne les cloches. Il ne s'envole pas au bout du cordon!»

Liane Balaban (Kathleen)

«Dans mon esprit, il allait de soi que Kathleen tienne à ses valeurs. Elle ne croit pas au projet de l'usine, ne veut pas séduire le docteur Lewis et ne veut pas se faire dire quoi faire. Je m'identifie à cette femme. Mais lorsque j'ai vu le film, j'étais fâchée de voir Kathleen refuser de sortir avec le médecin. Pourquoi fermer la porte au nez d'un homme aussi gentil et charmant?»

Brendon Gleeson (Murray French)

«La version québécoise de La grande séduction célébrait, à mon avis, la culture québécoise. Et cette version anglophone célèbre la culture de Terre-Neuve. C'était quelque chose d'important pour moi. Je pense qu'à travers ce film et ces personnages très réalistes, nous avons pratiquement mieux cerné la vie dans les petits ports de Terre-Neuve que l'aurait fait un documentaire.»

Taylor Kitsch (Le Dr Paul Lewis)

«Paul Lewis est un personnage qui tient tout pour acquis. Or, lorsqu'il est forcé de s'installer dans le petit port de pêcheurs, il doit faire face à ses propres fautes. Après avoir résisté à la culture locale, il en vient à comprendre ce qui est vraiment important dans la vie. Je n'ai pas vu la version originale avant le tournage parce que je voulais conserver ma propre vision des choses.»




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