Hochelaga, terre des âmes: beau, mais froid ***

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C'est un projet ambitieux que ce Hochelaga, terre des âmes de François Girard. Raconter 750 ans de l'histoire de Montréal, à travers différents personnages - certains plus connus que d'autres - qui en ont tracé les contours et permis l'évolution, en illustrant fidèlement plusieurs époques.

Le cinéaste du Violon rouge et de Soie a choisi une structure narrative complexe, faite d'ellipses, pour ce récit campé autour des recherches d'un jeune archéologue mohawk qui défend une thèse de doctorat à l'Université de Montréal, après dix ans d'écueils et une découverte fascinante.

Baptiste Asigny (le rappeur et comédien Samian) se rend à la suggestion de son directeur de thèse (Gilles Renaud) au stade Percival-Molson, où vient de se produire pendant un match de football universitaire un affaissement de terrain spectaculaire. Il y découvrira, pendant un mois de recherches, les vestiges de différentes époques: les rébellions de 1837, la colonisation de la Nouvelle-France et la visite, en octobre 1535, de Jacques Cartier au village iroquoïen d'Hochelaga, fantasme des archéologues québécois.

C'est ce lieu unique, au pied du mont Royal - sanctuaire de générations «d'âmes» de peuples et de cultures diverses -, qui sert de décor à l'ensemble de l'intrigue d'Hochelaga, terre des âmes. On y retrouve, selon les époques évoquées, plus ou moins d'édifices, de huttes ou de campements, grâce à des effets visuels très réussis et aux superbes images de Nicolas Bolduc.

François Girard a choisi plusieurs langues (le français - ancien et actuel -, l'anglais, le mohawk, l'algonquin, etc.) pour ajouter à la crédibilité de ce récit qui replace les Premières Nations au coeur de l'histoire de Montréal et présente des alliances (entre un colon et une Amérindienne, des rebelles patriotes et une aristocrate anglaise, etc.) qui s'écartent des clichés habituels. Hochelaga, terre des âmes fait oeuvre utile, sans conteste.

Hochelaga, terre des âmes... (image fournie par Les Films Séville) - image 2.0

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Hochelaga, terre des âmes

image fournie par Les Films Séville

Le sixième long métrage de François Girard rappelle par les codes du film choral son plus grand succès, Le violon rouge, qui célèbre ses 20 ans (déjà) cette année. 

Bien interprétée, réalisée avec grand soin, fascinante à bien des égards, cette fresque peine cependant à s'élever au-dessus de l'objet cinématographique froid et distant, de la leçon d'histoire didactique livrée par bribes, en manque de liant.

Le prétexte de la découverte archéologique est ingénieux, mais le rapport entre Baptiste Asigny et ses sujets de recherche reste ténu, si bien qu'il est difficile de s'attacher aux différents personnages. Le peu de temps passé en leur compagnie respective ne permet pas de s'intéresser réellement à leurs destins ni de s'émouvoir de leurs difficultés. On saura peu de choses de cet archéologue qui semble si déprimé avant sa grande découverte, de ces patriotes en cavale, des tribulations de Jacques Cartier (Vincent Perez, en mode figuration) ou de ce colon transi d'amour pour une Iroquoïenne.

François Girard, qui fait un retour au cinéma après plusieurs mises en scène à l'opéra et au cirque (il n'a réalisé qu'un long métrage, Boychoir, depuis 10 ans), a choisi, avec son style élégant habituel, une approche de réalisation contemplative et onirique. C'est un pari risqué. Car si les bases de la leçon d'histoire que Girard propose sont riches, son scénario reste en surface des émotions de ses protagonistes, qui auraient profité de plus de profondeur.

Le condensé qu'Hochelaga, terre des âmes fait de 750 ans d'histoire de Montréal - en à peine 1 h 40 - est un peu court. On ne peut s'empêcher d'imaginer ce qu'il aurait gagné avec un mariage plus heureux de vignettes plus conséquentes. Un supplément d'âme, sans doute.

* * * 

Hochelaga, terre des âmes. Drame historique de François Girard. Avec Samian, Emmanuel Schwartz, Sébastien Ricard, Vincent Perez. 1 h 40.

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