Critique

El abrazo de la serpiente: une quête fascinante ***1/2

La PresseMarc-André Lussier 3/5

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En contemplant cette oeuvre singulière, finaliste aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère cette année, on ne peut s'empêcher d'évoquer le pari fou qu'a tenu Werner Herzog à l'époque de Fitzcarraldo. On pense aussi à l'univers du romancier Joseph Conrad (qui a inspiré à Francis Coppola son fameux Apocalypse Now) et même, d'une certaine façon, au film de Roland Joffé, The Mission. Autrement dit, viennent à l'esprit toutes ces oeuvres dans lesquelles la jungle devient pratiquement un personnage à part entière, avec ses mystères, ses codes, les dangers qui menacent, la folie qui rôde.

L'approche qu'emprunte le cinéaste colombien Ciro Guerra est toutefois plus dépouillée, plus authentique. Il émane d'ailleurs d'El abrazo de la serpiente une force tranquille dont l'effet est hypnotique. Grâce à de très belles images en noir et blanc, jamais esthétisantes, le cinéaste entraîne le spectateur au coeur d'une quête où s'entremêlent sur deux époques les vertus de la science et de la spiritualité.

Dernier survivant de son peuple, vivant depuis des décennies en solitaire dans les profondeurs de la jungle colombienne, Karamakate (Antonio Bolivar) est un chaman maintenant dépourvu de souvenirs et d'émotions. Sa rencontre avec un botaniste américain (Brionne Davis) changera toutefois le cours de sa vie.

Au fil d'une expédition ayant pour but de trouver de la yakruna, une plante sacrée ayant des propriétés curatives et hallucinogènes, les souvenirs d'une rencontre ayant eu lieu plusieurs décennies auparavant remontent à la surface.

En ce temps-là, Karamakate (Niblio Tores incarne le personnage plus jeune) avait servi de guide à un autre scientifique occidental. Si l'ethnologue allemand (Jan Bijvoet) partageait dans le passé la même quête que le botaniste américain aujourd'hui, le chaman, lui, part plutôt à la recherche de sa mémoire et de son peuple.

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Un film d'aventures... contemplatif

De façon très habile, Ciro Guerra juxtapose les époques et se lance dans une réflexion onirique aussi énigmatique que fascinante. Comme s'il nous proposait un film d'aventures contemplatif, au cours duquel s'enchaînent des épisodes étonnants, parfois violents et fous, à l'image de cette forêt dans laquelle personne n'avait posé de caméra depuis une trentaine d'années.

Ce faisant, le cinéaste évoque aussi un questionnement identitaire lié aux racines profondes de son propre pays. Comme s'il plongeait dans une partie inconnue de son histoire nationale à travers les premières nations qui ont habité le territoire. D'évidence, on peut tracer ici un parallèle avec la réalité québécoise.

On saluera en outre, dans cette quête de vérité, une approche dénuée de tout exotisme. Il en résulte une expérience cinématographique unique.

Notez qu'El abrazo de la serpiente est présenté en version originale, avec sous-titres en français (L'étreinte du serpent) et en anglais (Embrace of the Serpent).

* * * 1/2

Drame. El abrazo de la serpiente. De Ciro Guerra. Avec Jan Bijvoet, Nilbio Torres, Antonio Bolivar. 2h05.

> Consultez l'horaire du film

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