Mes ennemis: le cliché de l'artiste maudit **

La PresseMarc-André Lussier 2/5

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Huit ans après En plein coeur, Stéphane Géhami propose un nouveau long métrage, entièrement produit à l'écart des institutions, réalisé dans l'urgence pour compenser le peu de moyens. Mes ennemis est ce film qui, fin seul, a défendu les couleurs locales dans la compétition du Festival des films du monde de Montréal l'an dernier. Il prend l'affiche cette semaine en autodistribution, plus de deux ans après avoir été tourné.

Louise Marleau, qui n'avait pas eu un rôle important à défendre au cinéma depuis un bon moment, domine l'impressionnante distribution - essentiellement masculine - qu'a su réunir le cinéaste. Frédéric Lemay, Hubert Proulx, Jean-François Casabonne, Francis La Haye, Maxim Gaudette, Étienne Pilon et quelques autres se glissent ainsi dans la peau d'une bande d'écorchés vifs qui, en marge d'une société qui les rejette, se sont regroupés autour de l'artiste déchue qui les accueille.

Le film, dont le cinéaste a coécrit le scénario avec Héloïse Masse, commence avec une scène de rupture à la station de métro Cadillac. Alors qu'une partition de piano se fait entendre à la place des sons ambiants, Cédric (Frédéric Lemay) se fait laisser par sa conjointe. C'est en passant devant une vieille maison, d'où sortent quelques notes de musique, que l'apprenti écrivain, errant maintenant dans la ville, rencontre Isabelle (Louise Marleau). Cette ancienne grande pianiste, aujourd'hui alcoolique et entourée d'une cour de jeunes mâles éclopés de la vie comme elle, invitera l'amoureux transi à séjourner dans sa grande maison délabrée.

Très vite, une dynamique d'affrontement s'installe entre les protagonistes et les rapports se modulent sur un seul mode: intense.

Mes ennemis est un exercice éminemment sincère, personne ne le contestera, mais l'ensemble se révèle très théâtral, très appuyé. 

On trouvera parfois des scènes bien écrites (notamment un monologue qu'Isabelle livre dans un moment d'intimité), mais le récit tombe assez rapidement dans les clichés de l'artiste maudit et incompris. La scène chez l'éditrice (Julie Vincent) qui se retire du projet de roman de Cédric après que ce dernier a soumis une troisième version insatisfaisante est assez éloquente à cet égard.

Les acteurs - ils ont probablement été dirigés en ce sens - sont aussi toujours au bout de leur intensité. Plutôt que de créer un lien d'empathie avec le spectateur, ce parti pris laisse plutôt une impression de complaisance dans la douleur. Une approche plus nuancée aurait sans doute été souhaitable.

Il restera quand même de Mes ennemis la présence de Louise Marleau. L'actrice s'abandonne ici à une performance courageuse dans un film qui, hélas, ne passera pas à l'histoire.

* *

DRAME. Mes ennemis. De Stéphane Géhami. Avec Louise Marleau, Frédéric Lemay, Hubert Proulx. 1h46.

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